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Mardi 02 Juin 2026
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Les cités universitaires, entre faible capacité d'accueil et délabrement

Les cités universitaires sont un véritable atout pour l’intégration sociale des étudiants, mais aussi pour leur réussite.
Malheureusement, en l’absence d’un environnement adéquat, habiter dans un internat devient presque un cauchemar.

Plusieurs milliers d’étudiants dans les universités, en classes préparatoires, en BTS…, s’inscrivent chaque année dans les cités universitaires ou les internats des écoles. Cette «résidence secondaire» des étudiants devrait leur offrir la possibilité de poursuivre la formation qu’ils ont choisie sans contrainte géographique, dans un cadre favorable à leur réussite et à leur épanouissement. Malheureusement, ceci ne peut être possible à cause des différents problèmes dont «souffrent» les étudiants pensionnaires dans les internats et cités universitaires.

«Je ne pourrai jamais me sentir comme chez moi dans un tel endroit. Avant de venir ici, je n’aurais jamais cru qu’un jour je pourrai vivre dans un “trou” de 8 ou 10 m² avec trois autres filles. En plus, nous passons notre temps à nous disputer, ce qui ne nous aide pas du tout à nous concentrer sur nos études», déplore Rania, 19 ans, étudiante en classe préparatoire à Casablanca. Le manque de confort dans les chambres fait partie des principaux reproches des étudiants. En général, les chambres sont très petites et sont destinées à accueillir quatre, voire cinq personnes avec des lits superposés, de petites tables en guise de bureaux et des mini placards, sans oublier les murs de séparation des chambres dans les dortoirs qui n’atteignent pas le plafond, ce qui constitue une violation de l’intimité des étudiants et les empêche de travailler.

«Le manque d’hygiène est un autre problème auquel nous faisons face au sein de l’internat. Les femmes de ménage ne font pas leur travail tous les jours. Les toilettes sont très sales ainsi que les douches. D’ailleurs, nous avons huit douches, mais une seule est utilisable. Souvent, il faut faire la queue pour y accéder. Aussi, nous manquons affreusement de sécurité. Tout le monde peut faire rentrer qui que ce soit au sein du “pensionnat”. Il n’y a presque aucun contrôle», déplore Sara, 21 ans, étudiante à l’ENSA de Marrakech.
Outre l’état délabré de ces résidences, les étudiants se plaignent souvent du déficit de chambres dans les cités universitaires, ce qui les oblige souvent à chercher à louer. «J’ai résidé durant deux ans dans la cité universitaire qui englobe l’ENCG de Settat, la FST de Settat et la faculté de droit. Ma première année s’est bien passée, même si on était un peu à l’étroit (4 étudiants dans une petite pièce) et que les repas étaient très moyens. Mais les vrais problèmes ont commencé pendant la deuxième année lorsque les étudiants de la faculté de droit ont commencé à protester pour pouvoir bénéficier de place au sein de la cité universitaire, sachant qu’elle était déjà pleine.

À ce moment-là, le doyen de l’université était obligé d’accepter, et la cité était en sureffectif. Nous nous retrouvions parfois à 8 étudiants dans la même chambre, ce qui était très difficile, surtout lorsqu'il fallait se concentrer pour les examens. C’est pourquoi, j’étais obligé de louer un appartement avec quelques collègues», témoigne Hamza, 22 ans, étudiant à l’ENCG de Settat.

La question de l'insuffisance de la capacité d'accueil est due principalement au nombre limité des cités universitaires, dont la dernière a été construite en 1995, et au nombre des étudiants qui ne cesse de croître. La capacité totale actuelle des 20 cités que compte le Maroc est de 50.000 lits environ. Si on compte aussi la capacité des résidences publiques Dar Attalib et Dar Attaliba implantées dans quelques villes universitaires qui offrent 3.000 lits au total, la capacité globale de logement atteint 53.000 lits. «Toutes les villes sièges de présidence d’université disposent d’une, voire de quatre cités, comme c’est le cas de Rabat et de Fès.
L’implantation des cités dépend tout naturellement du nombre d’étudiants de la ville concernée. Certaines villes, qui ne disposent que d’un établissement universitaire, n’ont actuellement pas de cité. Elles en disposeront dans le futur si le nombre d’établissements universitaires et d’étudiants s’accroît significativement», indique Driss Bouami, directeur de l'Office national des œuvres universitaires, sociales et culturelles (ONOUSC). De son côté, le Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup) considère que les efforts fournis par les pouvoirs publics sont importants, mais demeurent malheureusement insuffisants. «La question des cités universitaires concerne une composante importante des conditions sociales des étudiants au Maroc, à savoir le logement. Si l’effort consenti dans ce sens par les pouvoirs publics depuis quelques années est réel, il reste bien en deçà du minimum requis pour une vie estudiantine descente en termes de logement, de restauration, de couverture sociale et de protection médicale, de loisirs… Toutes ces conditions réunies constituent l’environnement adéquat pour un système efficient et productif de l’enseignement supérieur. Mais on est loin de satisfaire la demande qui va crescendo d’année en année», indique Fayçal Lamrini, membre du bureau national du Snesup. Et d’ajouter : «Nous avons dénoncé à maintes reprises l’état de délabrement des résidences universitaires, le manque d’entretien, la surcharge, voire le squattage par des personnes qui n'ont pas le droit d’y résider.

Les restaurants universitaires ne sont pas mieux lotis, eu égard aux conditions d’hygiène dans lesquels les repas sont préparés, servis et consommés. Ce qui engage entièrement la responsabilité des pouvoirs publics et les oblige à prendre les mesures à même de réduire, autant que faire se peut, les dysfonctionnements qui pourraient être constatés, et de sanctionner, administrativement et judiciairement, les coupables de telles forfaitures».


Questions à Driss Bouami, directeur de l'Office national des œuvres universitaires sociales et culturelles (ONOUSC)

«En 2016, la capacité des logements universitaires passera à 65.000 lits, ce qui représente une croissance de 58% par rapport à 2012-2013»

Qu’en est-il du programme gouvernemental qui prévoit de porter la capacité d’accueil des cités universitaires à 100.000 lits d’ici à 2016 ? Croyez-vous que ce soit toujours réalisable ?
Le ministère de l’Enseignement supérieur avec son Office national des œuvres universitaires et sociales, acteur principal du secteur social des étudiants, a consenti un effort important en matière de renforcement de la capacité de logement universitaire de ses cités universitaires, particulièrement ces trois dernières années.
En effet, cette capacité a connu une augmentation de 25% entre 2012-2013 et 2014-2015. En 2016, cette capacité passera à 65.000 lits, ce qui représente une croissance de 58% par rapport à 2012-2013. C’est un effort louable, mais qui demeure insuffisant. Le secteur privé est sollicité de plus en plus afin de contribuer significativement à cet effort d’augmentation de la capacité de logement des étudiants.

Outre le problème du déficit chronique en cités universitaires, les étudiants se plaignent souvent de l’état délabré de leurs résidences, du manque d’espace… est-ce qu’il y a des mesures prévues pour améliorer ces points ?
L’ONOUSC a lancé en 2014 et lancera en 2015 plusieurs marchés de rénovations des cités existantes. Toutes les cités sont concernées par ces travaux qui visent l’amélioration des constructions et, partant, des conditions de vie des étudiants (réfection de l’étanchéité, de la peinture, des canalisations d’eau, des sanitaires, du réseau électrique...). Deux marchés ont été également engagés afin de rénover les espaces verts et ceux de sport et faire aussi la réfection des allées et les candélabres des cités. Dans le même cadre, plusieurs marchés ont été lancés pour la rénovation des équipements des cités, principalement les sommiers, les matelas, les chaises et les tables. Des salles d’études avec WiFi et des salles de sport seront construites dans les cités qui n’en disposent pas. Chaque cité disposera aussi d’un centre médical universitaire avec tous les locaux et installations requis pour recevoir les étudiants pour une consultation médicale ou des soins dans les meilleures conditions.

Est-ce qu’on peut dire que l’implication du secteur privé dans la construction des cités universitaires sauve un peu la mise, malgré les tarifs un peu élevés pour certains étudiants issus de milieux modestes ?
Le secteur privé présente, aujourd’hui, une capacité de 6.000 lits environ, répartis sur quelques villes marocaines telles que Rabat, Casablanca, Agadir, Kénitra, El Jadida et Meknès. L’implication des investisseurs privés dans le secteur de la construction de résidences estudiantines est de plus en plus forte, grâce aux efforts de sensibilisation et d’information consentis par le ministère de l’Enseignement supérieur et l’ONOUSC, et aussi grâce aux exonérations d’impôts dont bénéficient ces investisseurs et la mise à leur disposition de terrains pour la construction lorsque des derniers sont disponibles. Le mouvement d’investissement dans le logement estudiantin est en pleine croissance et plusieurs investisseurs sont actuellement intéressés et ont d’ores et déjà signé une convention avec le ministère de l’Enseignement supérieur pour la construction de résidences estudiantines dans des villes comme Fès, Agadir, Settat, Errachidia et Oujda. L’offre privée pourrait contribuer grandement à la résorption partielle du déficit énorme que connait le Maroc en matière de logement estudiantin, particulièrement dans des villes à forte population d’étudiants comme Agadir, Marrakech, Fès, Kénitra, Meknès et Casablanca.

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