Le Matin : Comment s’est comporté le marché de la gestion d’actifs en 2013 ? Les OPCVM gérés par vos soins se sont-ils inscrits dans la même tendance ?
Khalil El Yamani : La gestion d’actifs a connu une augmentation de 1,53% durant l’exercice 2013 s’élevant à plus de 245,5 milliards de DH. Une augmentation enregistrée en dépit des timides performances observées sur les marchés boursier et obligataire, impactées à la fois par la morosité de la Bourse et par la hausse de la courbe des taux.
L’accroissement de l’actif net sous gestion s’est concrétisé grâce aux rendements exceptionnels dispensés par les fonds monétaire et obligataire court terme dont les performances se sont élevées à 4,25%, générant ainsi une hausse de l’actif de 5,33%.
Dans ce contexte de prudence générale, les investisseurs adoptant habituellement des prises de position sur les OPCVM Actions ont préféré se désengager (-1,96% en termes d’actif) pour se recentrer sur des souscriptions au niveau des catégories diversifiées (+9,05% en termes d’actifs).
Par ailleurs, la machine des fonds contractuels tarde à démarrer puisque l’actif sous gestion demeure non significatif, s’élevant à 910 millions de DH, soit 0,37% du total actif sous gestion.
Concernant les OPCVM de Valoris Management, ils ont suivi la même tendance puisque la majorité des souscriptions reçues se sont orientées vers les fonds monétaire et obligataire court terme dont les actifs ont ainsi augmenté respectivement de 47,16 et 8,35%.

Quelles parts de marché revendiquez-vous et quelles performances globales et par type d’OPCVM avez-vous enregistrées ?
Valoris Management, filiale de Capital Gestion Group, est la première société de gestion indépendante du Maroc détenant la cinquième position en termes d’actifs sous gestion. Notre société gère plus de 17 milliards de DH, soit près de 7% du marché global représenté par 18 sociétés de gestion de la place.
Nous avons consolidé notre fort positionnement à travers l’établissement d’une vision stratégique d’investissement ayant permis de concrétiser durant l’année 2013 des performances exceptionnelles tant sur nos fonds monétaire et obligataire qui ont réalisé plus de 4%, que sur nos fonds actions et diversifiés qui ont enregistré plus de 2,5%

Quelle catégorie d’OPCVM a été la plus performante en 2013 et pourquoi ?
La catégorie d’OPCVM la plus performante en 2013 a clairement été l’obligataire court terme. Une tendance qui a été générale chez pratiquement tous les gestionnaires de fonds. Les fonds actions et obligataires long terme ayant été impactés par la sous-performance de leurs marchés respectifs, les fonds obligataires court terme ont profité de : (i) une sensibilité basse qui minimise l’impact de la hausse des taux sur les portefeuilles, (ii) des tombées récurrentes renouvelées donc à des niveaux plus intéressants, (iii) une partie de l’actif investi en produits à taux fixe et donc insensible aux variations des taux.

Comment entrevoyez-vous l’année 2014 pour votre activité ?
Les souscriptions potentiellement reçues demeurent liées aux performances que nous proposons. Ces performances restent également corrélées aux marchés dans lequel nous opérons et évoluons. Nos deux marchés phares, à savoir, le marché boursier et le marché obligataire, réalisent de bonnes performances en ce début d’année 2014. Compte tenu de ces premières tendances, l’année 2014 serait potentiellement une très bonne année où l’actif total sous gestion poursuivra son trend haussier.

La reprise de la Bourse en ce début d’année augure donc de meilleures performances pour les fonds Actions...
La performance des OPCVM Actions est étroitement liée à celle du marché boursier qui semble connaître en ce début d’année 2014 un regain d’intérêt, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, la stabilité politicoéconomique que connaît le pays au regard de ce qu’a traversé le monde arabe ces dernières années. L’expression «L’exception marocaine», qui a longtemps été à la mode dans les salons locaux, s’exporte de plus en plus et interpelle plusieurs investisseurs étrangers suscitant ainsi leur intérêt et les mène à venir sonder le marché marocain.
Ensuite, des prix plus attractifs : Même si fondamentalement nous n’avons pas encore atteint des niveaux de valorisations faibles, la baisse du marché boursier sur les six dernières années conjuguée à la hausse de la plupart des résultats des sociétés cotées a permis une baisse des niveaux de valorisation et par conséquent des prix devenant ainsi plus attractifs.
Puis, la bonne performance du marché obligataire : La baisse de la courbe des taux entamée fin 2013 s’est confirmée en ce début d’année 2014, entraînant un double effet. Primo, un effet mécanique ayant un impact direct sur le niveau de valorisation théorique des sociétés cotées. Secundo, une possibilité d’arbitrage entre les deux marchés délaissant le marché obligataire et faisant place à un investissement potentiel sur le marché boursier.
Enfin, une ouverture vers le marché africain : Après des années de morosité, la confiance des investisseurs en Bourse peut être regagnée grâce à la conquête de nouveaux marchés, notamment africains, jouant ainsi un rôle de catalyseur. Les récents résultats publiés par les banques appuient cette orientation puisque des pourcentages significatifs des résultats se dégagent des nouveaux marchés africains conquis.

À votre avis, quel est le potentiel du marché de la gestion d’actifs et que faut-il faire pour drainer davantage de fonds et renforcer ainsi les actifs sous gestion ?
Je considère que le potentiel du marché des OPCVM est fortement inexploité. Pour retracer brièvement la genèse, les OPCVM ont été fondés afin de regrouper dans un seul et même fonds plusieurs porteurs de parts ciblant ainsi initialement le segment des particuliers. À ce jour, nous observons que le pourcentage en termes d’actifs de personnes physiques est très faible.
Pour drainer davantage d’actifs sous gestion, il faudrait donc cibler davantage les personnes physiques en les sensibilisant sur le bénéfice qu’ils peuvent dégager du service proposé par les OPCVM et leur attrait, à savoir : (i) une liquidité assurée. Contrairement à un investissement en bourse, en titres obligataires où la vente est conclue suivant certaines conditions particulières, les OPCVM proposent des valeurs liquidatives quotidiennes ou hebdomadaires. Le client a donc libre choix de souscrire au niveau des fonds et d’en ressortir aisément tout en optimisant sa performance grâce au principe de l’équivalence entre les dates d’opérations et les dates de valeurs. (ii) Une sécurité garantie. De par la loi, les souscriptions en OPCVM ne peuvent se conclure qu’à partir d’un débit de compte tracé et transparent, les souscriptions en espèces et en chèques sont interdites. Additionnellement, les porteurs de part sont protégés par le CDVM jouant pleinement son rôle de contrôleur du respect des dispositions légales et réglementaires régissant le marché des valeurs mobilières.
(iii) Des performances certaines. Une véritable expertise acquise par les sociétés de gestion pour une meilleure qualité d’analyse et de prévisions. Il faut comprendre que le marché répond à deux logiques complémentaires. D’abord, une vision fondamentale macro-économique transcrivant des orientations et des référentiels clairs et chiffrés pour les analystes financiers. Ensuite, une dynamique interrelationnelle et comportementale identifiée et cernée de par l’expérience et le flair des gérants. Cette expertise mixée à des taux de frais de gestion bas constitue une réelle opportunité, une valeur ajoutée incontestable pour tous les investisseurs.