«Nous annonçons aux Libyens et au monde entier que nous avons entamé les exportations du pétrole», a déclaré Abd-Rabbo al-Barassi, président du bureau exécutif de la Cyrénaïque, équivalent de Premier ministre d'un gouvernement local formé en août. En réponse, Premier ministre Ali Zeidan, cité par l’AFP, a déclaré : «Toutes les parties doivent respecter la souveraineté de la Libye. Si le navire n'obtempère pas, il sera la cible de bombardements», mettant en garde contre une possible «catastrophe naturelle».
Ces miliciens faisaient partie des gardes des installations pétrolières, avant de se rebeller contre les autorités de transition, bloquant les terminaux pétroliers en réclamant une autonomie de leur région au sein d'un système fédéral et une meilleure répartition des revenus pétroliers. Selon M. Zeidan, les autorités libyennes ont demandé au capitaine du pétrolier de quitter les eaux territoriales libyennes, mais ce dernier a affirmé que des miliciens armés étaient montés à bord et l'empêchaient de partir, croit savoir l’agence française.
Un gouvernement autoproclamé
De son côté, le gouvernement autoproclamé de la Cyrénaïque (situé à l’est du pays), bras politique de la rébellion, a annoncé lors d'une cérémonie le début des exportations de brut depuis le port d'al-Sedra. Depuis la chute du régime de Kadhafi, la partie est du pays, la Cyrénaïque, est tenue par des groupes rebelles. Ces combattants bloquent au moins trois ports qui permettent d’exporter habituellement la principale richesse du pays : le pétrole. Selon l’agence Reuters, ce blocage a entraîné une chute de la production à 250 000 barils par jour, contre 1,5 million avant le début de la contestation. «Aujourd’hui, on assiste à une nouvelle tension avec le gouvernement. Pour la première fois, les rebelles cherchent à exporter directement du brut», poursuit Reuters.
Après l’échec de médiations, le gouvernement a menacé à plusieurs reprises de recourir à la force pour libérer les sites bloqués, sans aller toutefois jusqu'à joindre l’acte à la parole, selon le portail «leblogfinances». Les autorités libyennes ont menacé de bombarder tout navire qui s’approcherait des ports pétroliers sans être lié par un contrat avec la Compagnie nationale de pétrole (NOC). Les autorités de transition ne parviennent pas à former une police et une armée professionnelles et sont régulièrement la cible d'attaques, notamment des ex-rebelles qui font la loi.
Les partisans du fédéralisme affirment agir sur la base de la Constitution de 1951 qui divisait le pays en trois régions : la Cyrénaïque, la Tripolitaine (ouest) et le Fezzane (sud), avant la suppression du système fédéral en 1963. «Nous n’œuvrons pas à une partition du pays», a assuré samedi M. al-Brassai. «Les revenus du pétrole seront répartis sur les trois régions», a-t-il dit, promettant la transparence des transactions. Depuis la chute du régime du colonel Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est confrontée à une forte instabilité politique, des tendances séparatistes et à des violences incontrôlées dans un contexte de prolifération des armes, qui empêchent tout essor économique.
