Une action visant à préparer les élus à une gestion plus décentralisée de l’État et à une interaction positive avec les forces vives dans la société est lancée au Maroc. L’initiative est prise en main par Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique (CGLU Afrique, organisation qui est le porte-voix assurant la représentation des collectivités locales de l’ensemble du continent africain) et l’ONG belge Échos Communication. Les deux partenaires lancent un programme dans ce sens baptisé, le «Programme de coaching territorial». Cette action, présentée comme un programme pilote d’une grande ampleur, va démarrer le 17 novembre avec le Conseil régional de l’Oriental, dans la perspective d’un Programme national de coaching territorial couvrant l’ensemble du Maroc. Une convention est déjà signée à cette fin avec la région de l’Oriental. La diffusion de l’expérience en direction du reste du continent africain se fera par la suite à travers des formations à délivrer dans le cadre de l’Académie africaine des collectivités locales dont le début d’activité doit intervenir courant 2015.
Le secrétaire général de CGLU Afrique, Elong Mbassi, estime qu’en adoptant la Constitution de 2011, le Maroc avait fait un choix résolu en faveur d’une gestion plus décentralisée des affaires publiques. «Ceci est variable vis-à-vis de l’État central, qui se saisit d’un plus grand nombre de prérogatives qui sont désormais de la compétence des collectivités territoriales, mais aussi vis-à-vis des collectivités territoriales elles-mêmes, qui doivent mieux associer les acteurs locaux et les forces vives à la gestion des affaires locales», souligne-t-il.
Cette initiative, le «Programme de coaching territorial», va dans ce sens puisqu’il permet l’identification, l’accompagnement et la valorisation de potentialités humaines organisées pour stimuler une dynamique de développement du territoire et sa meilleure performance au travers de la mise en œuvre des démarches d’appropriation et de responsabilisation au niveau des structures et des acteurs locaux. En effet, ce programme vise à préparer les acteurs à une gestion plus décentralisée de l’État et à une interaction positive avec les forces vives dans la société. Il vise à accompagner la mise en synergie des acteurs locaux pour mobiliser leurs potentiels respectifs en vue de résoudre un problème spécifique ou de promouvoir le développement durable du territoire. Par ailleurs, l’exercice de «coaching territorial» donne la priorité à la dimension humaine des processus de changement pour inscrire leur résultat positif dans la durée.
questions à : Gautier Brygo, coordonnateur du Programme coaching territorial
«Le coaching territorial va permettre de réunir les élus locaux et les acteurs de la société civile»
Pourquoi avez-vous ciblé la région de l’Oriental pour ce programme du coaching territorial ?
Pour donner la réponse, il faut remonter à l’événement Rabat 2013 (le congrès du Réseau mondial des villes, gouvernements locaux et régionaux, abrité par Rabat en octobre 2013). Il y avait un atelier sur le coaching territorial où ont été présentés les travaux faits à ce propos. Ali Belhaj, le président de la région de l’Oriental, qui dirigeait cet atelier, avait annoncé que sa région se portait candidate pour une expérience régionale. C’est à partir de là que la réflexion et le travail avaient été lancés.
Nous avons eu des contacts avec le ministère de l’Intérieur pour voir comment cette région pouvait constituer une région pilote dans ce sens.
Qu’est-ce que le coaching territorial peut apporter aux élus ?
Par exemple, en matière de Plan communal de développement, il y a un travail qui est fait par les collectivités locales pour déterminer les attentes, les priorités… Sauf que ce qui est mis en avant en termes d’urgence et de plans dans les territoires ne colle pas toujours avec les aspirations des citoyens et leurs priorités. Cette relation reste plus dans un cadre d’information que dans un cadre participatif. Les élus estiment que c’est un peu compliqué de discuter avec les citoyens et les associations, parce qu’ils sont tout le temps dans la revendication. Le dialogue dans ce cas ne permet donc pas de changer la situation territoriale. Le coaching territorial va permettre de réunir les élus locaux et les acteurs de la société civile dans une démarche constructive. Le coach aura ce rôle à jouer, étant mandaté à la fois par les élus et par les associations pour éviter les blocages et les lenteurs dans le démarrage des projets de développement. Ainsi, au lieu de faire un manuel qui s’appellerait «comment animer une réunion ou une formation pour les élus ou les associations», on propose une personne avec des outils de coaching. Le coach territorial est un facilitateur qui accompagne les acteurs pour qu’ils changent les comportements hostiles et adoptent des attitudes favorables à leur mise en synergie positive.
