La pluie est de retour et les agriculteurs poussent un ouf de soulagement. Les semis peuvent donc démarrer pour la campagne agricole 2014-2015. Il faut dire que l’été qui s’est prolongé jusqu’en octobre et le retard des précipitations ont failli plomber le démarrage de cette campagne.
Le pays aura connu un «retard sans précédent des pluies», de l’avis de Mohamed Ibrahimi, agriculteur de la région de Berrechid. Selon lui, à part les grandes exploitations, peu d’agriculteurs ont entamé les semis. Les professionnels estiment à 90% les surfaces non irriguées et qui dépendent des précipitations. «Si la pluie tombe toute cette semaine et la semaine prochaine, ce serait une très bonne chose pour la campagne», rassure Moulay Hachem Alaoui, agronome. Selon cet expert, les bons semis se font avant le 15 novembre. «C’est une fois dépassée cette date qu’on pourrait dire que les agriculteurs ont pris du retard dans les semis. D’ailleurs, au niveau de certaines régions, les semis ne démarrent qu’à la mi-décembre. C’est ce qu’on appelle les semis tardifs», détaille-t-il. L’optimisme est donc encore permis.
Notons qu’après une campagne céréalière moyenne l’année dernière (68 millions de quintaux), le ministère de l’Agriculture a voulu donner tous les moyens au secteur pour entamer une bonne saison cette année. Mi-octobre dernier, il a annoncé que 1,9 million de tonnes de semences sélectionnées de céréales seront disponibles au niveau des points de vente à travers les régions de production. Quant aux superficies réservées à la multiplication des semences, elles atteindront au titre de cette campagne 70.000 ha et permettront la production de 2,5 millions de tonnes pour satisfaire les besoins de la prochaine campagne. Parallèlement, 1,23 million de tonnes d’engrais seront disponibles au niveau des points de vente. L’autre annonce faite par le ministre est l’extension de l’assurance agricole pour couvrir 1 million d’hectares.
Questions à Moulay Hachem Alaoui, Agronome
«Il faut que nos agriculteurs changent d’habitudes»
Doit-on s’inquiéter du retard des pluies cette année et de son impact sur la campagne agricole ?
Pour l’instant, et agronomiquement parlant, on ne peut pas parler de retard des pluies. Les bons semis se font durant les quinze premiers jours du mois de novembre. Il faut dire aussi que les agriculteurs marocains ont pris l’habitude de ne labourer le sol, pour le préparer aux semis, qu’à l’arrivée des premières pluies. Alors que ce n’est pas une règle ou un prérequis. On peut commencer à labourer dès l’été. C’est à partir du moment où la semence est dans le sol qu’elle a besoin d’eau. Attendre que la pluie tombe pour mouiller la terre et la labourer n’est à mon avis qu’une habitude prise par nos agriculteurs. Dans d’autres pays, les agriculteurs labourent le sol juste après les moissons.
Au Maroc, pour avoir une bonne campagne agricole, les pluies doivent couvrir quelles périodes ?
Il faut que la pluie couvre déjà la première quinzaine de novembre, avec le début des semis. La graine semée doit donc être mouillée et humidifiée pour lâcher ses premières racines. La pluie doit aussi être au rendez-vous fin décembre-début janvier pour que les semis «tallent», c'est-à-dire donner plusieurs pousses.
Les cultures céréalières ont aussi besoin d’eau durant les mois de février-mars pour former la matière végétale (épiaison-floraison). Fin avril-début mai, lors de la formation de la graine, les cultures ont aussi besoin de pluie.
Peut-on qualifier de «normale» la précédente campagne céréalière 2013-2014 ?
Pas du tout. Elle est à peu près à un tiers d’une campagne normale.
C’est dû principalement au manque de précipitations, mais aussi aux mauvaises habitudes des agriculteurs. Comme je l’ai expliqué, ils ne préparent pas le sol durant l’été, les semis se font tardivement, l’usage
qu’on fait des engrais n’est pas approprié et ils ne luttent pas suffisamment contre les mauvaises herbes dès les premiers stades.
