Troubles du langage

La dyslexie ou la distorsion des lettres

,LE MATIN
25 Novembre 2014
ENFANCE--B.jpg La rééducation orthophonique peut corriger en partie la dyslexie.

Quand un enfant a du mal à suivre le rythme de ses camarades de classe, ça n’est pas forcement un signe de paresse ou de désintéressement de sa part. Il peut s’agir tout simplement de dyslexie, une difficulté qui se manifeste à la lecture ou à l’écriture.

La dyslexie n’est pas une maladie, mais une difficulté d'apprentissage révélée par un ensemble de symptômes. En effet, on peut la détecter à travers plusieurs signes, qui diffèrent d’un enfant à l’autre. Les parents, au début, sont loin d’imaginer qu’il s’agit d’une dyslexie. À cause de l’ignorance et de la complexité de cette «maladie». En effet, il est difficile de comprendre qu’il s’agit bien d’un trouble dyslexique. Les parents pensent souvent que c’est parce que l’enfant est jeune, qu’il a du mal à prononcer les mots et qu’il confond les lettres. Mais le cas est bien plus grave.

La dyslexie est une difficulté durable et sévère de l’apprentissage de la lecture chez les enfants. Ces derniers sont apparemment brillants, d’une intelligence supérieure à la moyenne et s’exprimant bien à l’oral, mais incapable de lire ou d’écrire en classe. Il est important de souligner la notion de durabilité de ce trouble. Une lenteur d’apprentissage dans les premiers mois n’est absolument pas suffisante pour diagnostiquer sérieusement une dyslexie. La plupart des dyslexiques manifestent une dizaine de signes. Ces caractéristiques peuvent varier d’un jour à l’autre. Le paradoxe de la dyslexie est qu'il y a une cohérence au sein de leurs incohérences.

Selon l’approche cognitive, la dyslexie a pour origine un dysfonctionnement cérébral ou des facteurs héréditaires (dans 50% des cas, il existe dans la famille proche du dyslexique un ou plusieurs parents eux-mêmes dyslexiques).

Il existe trois formes de dyslexie : la dyslexie phonologique, de surface et mixte. Pour la forme phonologique, elle peut se définir comme une difficulté de traitement des sons. L’existence de ce trouble sous-jacent entraîne donc des difficultés d’acquisition des correspondances entre les graphèmes (plus petites unités à l'écrit) et phonèmes (plus petites unités de son), ce qui conduit au trouble d’apprentissage de la lecture et de l’orthographe des enfants dyslexiques. La dyslexie de surface, appelée aussi «troubles visio-attentionnels», empêche l’enfant de se constituer un lexique orthographique. Ce trouble se caractérise par une difficulté à distribuer de façon homogène son attention sur l’ensemble de la séquence de lettres.

Ainsi, certaines lettres du mot écrit apparaissent comme plus saillantes que d’autres et l’identification ne peut aboutir. Enfin, le trouble mixte rassemble les deux cas précédents, c’est la forme avancée de la dyslexie. La dyslexie, de par les difficultés qu’elle entraîne au niveau de l’acquisition de la lecture et de l’orthographe, gêne les autres apprentissages scolaires et peut donc mener à un échec scolaire global. Cette situation est lourde de conséquences sur le vécu scolaire de l’enfant dyslexique.

L’enfant dyslexique est pris en charge par un orthophoniste qui retrace le développement de celui-ci et le restitue par rapport à l’histoire de son trouble, à travers des évaluations de son langage oral et écrit. Il convient de travailler là où les procédures de lecture sont défaillantes, en intervenant sur les déficits cognitifs sous-jacents, c'est-à-dire les difficultés à acquérir les connaissances.

Il s’agit, aussi, de renforcer les capacités préservées et de développer des procédures compensatoires pour permettre à l’enfant un développement des apprentissages le plus harmonieux possible. La dyslexie doit être considérée aujourd’hui comme une particularité du cerveau et non comme un effet pervers de l’éducation, du milieu social et culturel ou la conséquence d’une souffrance affective. 


 Explications : Warda Zine, orthophoniste

«La dyslexie est méconnue, voire inconnue chez une grande majorité de personnes»

Qu’est-ce que la «dyslexie» ?
La dyslexie est un trouble d’apprentissage durable et sévère de la lecture et de l’acquisition de son automatisme chez des enfants, normalement scolarisés, intelligents, et indemnes de troubles sensoriels ou neurologiques.

Quels sont les traitements à suivre pour les dyslexiques ?
Il n’y a pas de médicaments qui permettent de soigner la dyslexie. Son traitement passe par des séances chez l’orthophoniste. La rééducation orthophonique propose plusieurs stratégies et outils pour aider les enfants à contourner leurs troubles. Chaque enfant a son projet thérapeutique personnalisé, qui doit être réajusté en fonction des évolutions, des difficultés, et des objectifs de son niveau scolaire.

Peut-on guérir de cette maladie ?
Tout d’abord la dyslexie est un handicap et non une maladie, on ne peut en guérir ! La personne dyslexique utilise un fonctionnement cognitif intellectuel différent. Comme je l’ai précisé dans la définition de la dyslexie, il est important de souligner la notion de durabilité du trouble. Le diagnostic et la prise en charge précoces permettent à l’enfant de dépasser ses difficultés scolaires. La rééducation orthophonique associée à une bonne collaboration entre tous les acteurs travaillant autour de l’enfant (enseignant, médecin scolaire, pédopsychiatre…), et des aménagements adaptés, permettent d’améliorer de manière très significative le cursus scolaire des élèves dyslexiques.

Est-ce qu’un enfant dyslexique peut avoir des difficultés à l’âge adulte ?
Même adulte, il gardera toujours un fonctionnement cognitif particulier. Il faut savoir que c’est en classe primaire que le décalage se fait ressentir le plus. Toutefois, l’enfant qui est pris en charge suffisamment tôt peut arriver à compenser ses difficultés en lecture et en orthographe et ainsi continuer à construire son apprentissage.

Est-ce que la dyslexie est prise en charge au Maroc ?
La dyslexie est méconnue, voire inconnue chez une grande majorité de parents et d’enseignants. Même les connaissances concernant ce trouble et sa prévalence dans le milieu scolaire sont très limitées. Jusque-là, seuls les établissements français au Maroc collaborent avec les orthophonistes pour la mise en place d’aménagements scolaires. Reste aujourd’hui à sensibiliser les parents, les écoles publiques et privées à ce trouble.



Des chiffres alarmants

L’Association marocaine des troubles et difficultés d’apprentissage (AMTDA) prend en charge les enfants dyslexiques. Elle dispose des moyens nécessaires pour accompagner ces enfants et les aider à parcourir le primaire sans problèmes. Sa mission peut se résumer en trois actes : dépistage, suivi et accompagnements, nous confirme Mme Zhour Lkouider, présidente de l’association AMTDA. Un dépistage réalisé depuis maintenant 3 ans par l’AMTDA, en partenariat avec l’École d’orthophonie de Rabat, auprès d’une quarantaine d’écoles primaires (43 en 2014) à Casablanca (Hay Hassani), a néanmoins révélé un chiffre alarmant : 12 à 13% de dyslexiques par école ! Ces derniers sont ou seront suivis par l’association jusqu’à ce qu’ils aient leur certificat de primaire. «Même au collège, ces enfants restent en contact avec nos orthophonistes et psychologues qui leur apportent l’aide nécessaire pour avoir une vie normale», précise la présidente.

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