Initiative pour le moins originale, elle n’en demeure pas moins une belle expérience sortie directement du virtuel pour embrasser la réalité. Il s’agit d’une page, comme on n’en rencontre pas à chaque bout de clic, créée sur le réseau social Facebook et dont les géniteurs ne pouvaient douter du succès qui lui était promis. Baptisée «Save Casablanca» (sauver Casablanca), cette page, comme son nom l’indique, a pour vocation de dénoncer, dans le sens noble du mot, tout ce qui est de nature à tirer la ville blanche vers le bas, à piétiner sa prestance légendaire et à souiller sa mémoire.

Tout y passe : ordures jonchant ses ruelles, délabrement avancé de la voierie, comportements inciviques et non civilisés ressuscités depuis une autre ère, agissements irresponsables des Casablancais sur tous les plans, occupation sauvage du domaine public, manquements des différents gestionnaires délégués, laxisme des autorités, des élus et des responsables communaux… le tout accompagné de photos prises en instantané de situations fort déplorables. Bref, rien n’échappe à la vigilance des internautes qui font de cet espace l’un des plus interactifs sur la toile. Une vigilance citoyenne née, puis mûrie dans un temps éclair, levant le voile sur un ras-le-bol généralisé et un mal-être de ceux qui vivent dans l’enceinte de ce grand corps malade qu’est, aujourd’hui, Casablanca.

En effet, il y a quatre mois de cela, une jeune dame qui maîtrise l’art de manier le verbe créa «Save Casablanca», l’écrivaine Mouna Hachim en l’occurrence. «La nuisance dans toutes ses déclinaisons est constatée au quotidien à Casablanca.
Les quartiers sont laissés à l’abandon, sans éclairage, sans services d’hygiène, sans signalisations pour piétons, sans accès dédiés aux enfants, aux personnes handicapées ou aux personnes âgées… Une ville qui ne respecte pas les citoyens ne saurait être viable», explique Mouna Hachim.
Un constat qui a motivé son initiative de créer «Save Casablanca» et, par là même, de dénoncer, haut et fort, toute sorte de dysfonctionnement portant préjudice à Casablanca et aux Casaouis, permettant également aux membres de ce groupe ouvert d’en faire de même. «Je refuse de céder à la fatalité, nous avons grandi à Casablanca et nous n’irons pas vivre ailleurs», souligne-t-elle.

Force est de constater que l’initiative a fait mouche. Comme cité précédemment, elle est sortie de simples constats effectués en mode virtuel vers des actions concrètes sur le terrain. En effet, suite à un post publié par un internaute concernant un trou béant, laissé après des travaux quelque part au quartier Bourgogne, suivi d’un courrier adressé à Yasmina Badou, en sa qualité de présidente de l’arrondissement Casa-Anfa, cette dernière s’est montrée plutôt réactive. En ce sens, non seulement elle a courtoisement répondu par écrit, mais le problème a été résolu. Mieux encore, une cellule dédiée aux doléances des membres de «Save Casablanca» a été mise sur pied.

Actuellement, l’arrondissement Sidi Belyout est sous la loupe de «Save Casablanca».
En effet, un courrier a été adressé en date du 2 janvier 2014 à Kamal Dissaoui, président de l’arrondissement en question, lui demandant d’intervenir afin de finaliser les travaux de revêtement et de réparation des voies d’assainissement, au niveau de la rue du Soldat Ben Hammou. Pour l’heure, il n’y aurait pas encore eu de réaction de la part de l’intéressé, vu qu’un deuxième courrier lui a été adressé le 8 janvier dernier. Par ailleurs, cette action puise également ses origines dans un courrier envoyé par un membre du groupe, avec photos à l’appui.
C'est dire qu'il suffit d’une bonne idée bien ficelée pour faire bouger les choses. Un exemple qui gagnerait à être suivi.