Quand on aborde les réalisations picturales de Azzeddine Hachimi Idrissi, et tout en faisant exception de certaines prouesses figurales sous forme de fenêtres exécutées à titre d’éclairage, on est subjugué par une panoplie de formes géométriques qui, vues ensemble, confinent à un rébus. Mais l’art n’étant pas qu’un simple jeu de formes, d’autres approches évaluatives sont bien entendu possibles… Vu le mystère qui règne dans les œuvres à travers l’agencement crypté des formes et des signes, cela confine aussi à de l’ésotérisme, ce qui dépasse le simple maniement du pinceau… Prenant l’espace cosmique comme support «virtuel», l’artiste y installe ses motifs pris on dirait avec un grand soin dans une architecture emblématique venue du fond des âges : cercle, carré, rosace, spirale, signes miniaturés, au dessin polymorphe, lignes unitaires tracées à la verticale ou à l’horizontale, le tout englobé parfois dans cette espèce de cartouche, support si répandu dans les nécropoles pharaoniques.

C’est dire que le géométrisme qui qualifie les formes n’émane pas forcément d’une conception arabo-musulmane. Les héritages formels se télescopent dans l’œuvre de l’artiste qui en fait comme une synthèse. On ne peut pas non plus avancer l’idée que Azzeddine Hachimi Idrissi inscrit tout naturellement son travail dans une abstraction géométrique à la Klee ou à la Mondrian. Si la technique est exacte et anti-impressionniste, si l’influence cubiste est latente, surtout sur le plan des subdivisions séparées par des obliques, la fonction émotionnelle des couleurs et le sens intuitif de la composition font parler d’une véritable quête mystique, tant l’artiste interroge nos sensations profondes et rapproche son art du continuum vibratoire de la nature, une nature entendue comme rythme sacral, où se manifeste l’unité de l’ordre temporel.

Azzeddine Hachimi Idrissi fait allusion à cet ordre-là par une géométrisation spatiale récurrente et authentique, où l’élément cohésion ainsi que le travail sur les couleurs (le bleu de Prusse servant comme plateforme) consolident la vision de ladite quête spirituelle qui serait (ou qui est), selon la mystique musulmane, ce «vide contemplatif» qui transcende l’âme pieuse et la fait accéder à l’extase. C’est à ce niveau de réflexion que nous voyons se situer la création plastique chez Azzeddine Hachimi Idrissi. Un travail dont la beauté reste occulte, qui défie toute esthétique normative, car il est «allusion concise au Nom ineffable», selon Louis Massignon parlant des formes d’art en terre d’Islam. Le travail de Azzeddine Hachimi Idrissi, qui maitrise la perspective géométrique, parce que mathématiquement fondée, et qui fait cas de la lumière comme d’un élixir, se veut un condensé de représentations mentales inspirées d’un monde idéalisé, sans doute intemporel ; il interpelle notre mémoire commune et agit conséquemment sur notre sensibilité.