Dans le texte de présentation, le professeur Azelarab Qorchi n’a pas manqué de préciser que, malgré les avancées réalisées dans le cinéma dans notre pays, cet art constitue un objet de discorde perpétuelle. «Il provoque des querelles et suscite des débats qui passent parfois de la rue et de la presse au Parlement. De ce fait, il devient une préoccupation nationale et un objet de contestations populaires». En effet, depuis les années 2000, avec la venue d’une nouvelle génération de cinéastes, à chaque sortie d’une production, il suffit d’un mot ou une scène qui touche la religion, le conservatisme et la pudeur pour qu’une polémique se déclenche faisant état de l’atteinte des valeurs de la société marocaine. «Il est très difficile de donner à ces valeurs un contenu exact. Quand on fait une vraie enquête approfondie, on voit que les choses ont évolué énormément avec le temps, du fait que la société elle-même se transforme, les rapports sociaux ne sont pas les mêmes, les attentes ne sont plus les mêmes, il y a de très fortes interactions avec le reste du monde, la société marocaine se nourrit d’images qui viennent d’ailleurs... En même temps, il y a des normes internationales qui s’imposent aux valeurs. Maintenant, quand on rapporte tout ceci au cinéma et à l’art en général, il ne faut pas oublier que le cinéma est un des grands lieux de transgression depuis toujours, où il a pour vocation à parler sur une société à partir d’une subjectivité très forte. Et ceci s’est établi dès le début du cinéma marocain, à travers les films réalisés à l’époque des années 70, en entreprenant un discours sur la société traditionnelle.
Mais, l’horizon, en cette période, était plutôt politique, avec cette première génération homogène qui a juste étudié à l’étranger et qui est revenue et au Maroc. Donc, elle se nourrissait de la réalité marocaine, mais la transgression de moins en moins politique est devenue sociologique, essentiellement sur le tabou de la sexualité, entre autres», souligne Mohamed Tozy, professeur universitaire et écrivain. Mais il faut dire que ces déclencheurs de polémiques, selon Azelarab Qorchi, ne se soucient guère de la liberté d’expression, de l’innovation, de l’audace et de la lutte contre l’immobilisme entre autres revendications de tout vrai créateur dont le talent se refuse aux contraintes et au conformisme.
«Ces jeunes cinéastes sont dans des formes d’interactions tout à fait différentes, où même le concept de cinéma national n’a plus de sens. Je pense que c’est un bon signe que le cinéma est le lieu de confrontation entre valeurs», atteste M. Tozy, en poursuivant que dans le quotidien, personne n’est cohérent. Mais, notre société est ouverte à la rédemption. L’homme est faible, transgressible, n’est pas pur. «Nous sommes une société qui, dans le quotidien, a construit un rapport à la pluralité des valeurs. On ne peut pas appeler cela schizophrénie. On est incohérent par nature. C’est tout ce qui est de normale. La transgression est un attribut de la création. On peut toujours définir ce qu’est un ordre public. Mais on ne peut pas définir qu’elles sont les limites de la création. C’est seulement la justice qui peut trancher dans certains cas», explique-t-il.
