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Maroc-Maghreb-Union africaine

Convergence des dynamiques diplomatiques et agrégation des intégrations régionales

author LE MATIN

Convergence des dynamiques diplomatiques et agrégation des intégrations régionales

Nul ne peut contester le caractère inédit de l’activité diplomatique marocaine récemment intensifiée. Les épris d’intégration maghrébine observent positivement la réorientation marocaine vers la réintégration de l’Union africaine et la réactivation de la dynamique maghrébine. Il est plus que temps que les stratégies africaines du Maroc et son esprit maghrébin se conjuguent pour le bien des populations et l’apaisement des tensions régionales qui n’ont que trop duré.

L’histoire africaine du Maroc est riche en tournants diplomatiques et en enseignements historiques. Dès les années 1960, le Royaume joua de tout son poids symbolique pour l’indépendance de plusieurs pays africains. Le 4 janvier 1961, feu S.M. Mohammed V réunissait à Casablanca une conférence africaine adoptant la Charte dite de Casablanca pour une nouvelle Afrique, et traçant ainsi le cadre de l’action et de la réalisation des principaux objectifs africains : indépendances et co-développement. Il continua à être par la suite un des leaders des différentes dynamiques de rapprochement, de coopération et d’unification régionaux. L’élan maghrébin du Maroc remonte, lui, à la première moitié du 20e siècle, avec la lutte commune pour l’indépendance de l’occupation française, espagnole et italienne. Ces deux orientations marocaines n’en faisaient qu’une, à vrai dire. La libération de l’Afrique et la construction maghrébine s’entremêlaient jusqu’à être des affaires nationales.

Malheureusement, la grandeur des valeurs de cette partie de l’histoire a cédé place à la division, la divergence et même à des conflits armés. 1963 fut une année triste pour les Maghrébins convaincus et les Africains assoiffés d’existence et d’union. La guerre des sables entre le Maroc et l’Algérie a ouvert des blessures dont les cicatrices couvrent encore de nos jours le corps maghrébin.

Naquit de cette tragédie une longue période de froideur et de rivalité entre les deux grands voisins maghrébins. L’affaire du Sahara et les drames humains qui s’ensuivirent planent toujours sur les relations entre les deux pays. C’est ainsi que le Maroc a dû prendre l’amère décision de quitter l’Organisation de l'unité africaine (OUA) en 1984. L’espoir maghrébin de l’intégration ressurgit avec le lancement de l’Union du Maghreb arabe en 1989 à Marrakech. Mais la réalisation d’une vraie union maghrébine, appelée des vœux des peuples maghrébins, demeure conditionnée par la volonté du Conseil des Chefs d’États maghrébins dont la dernière réunion remonte à 1994, autre triste année de la fermeture des frontières terrestres entre l’Algérie et le Maroc.
Vingt-deux ans plus tard, l’immobilisme du Maghreb est toujours de taille. Et ce sur fond de défis sécuritaires, de crises sociales et économiques, de tensions autour de la question du Sahara entre l’Algérie et le Maroc, de crise diplomatique qui ne dit pas son nom entre le Maroc et la Mauritanie, d’inquiétant attentisme au sommet de l’État algérien, de situations sécuritaire et institutionnelle inédites en Libye, d’instabilité en Tunisie, et de la fermeture ou de l’instabilité de plusieurs frontières. Sans parler des accusations mutuelles de sabotage de la marche vers l’Union. Cet inextricable tableau diplomatique et sécuritaire devient intenable et irrespirable pour nos populations.

Que peuvent, face à un tel désastre, des diplomaties nationales classiques jouant sur les clivages idéologiques et les tensions bilatérales ? Une lueur d’espoir est apparue à l’issue de la dernière réunion des ministres des Affaires étrangères maghrébins, le 5 mai 2016 à Tunis, où l’on a appelé à «redonner un nouvel élan à l’édification du Maghreb uni, plaider en faveur d'une approche maghrébine pour faire face à la montée de la menace terroriste dans la région, réviser les textes juridiques et les mécanismes d'action de l'Union, et appelé à développer de nouvelles approches d'action pour sortir l'Union de l'immobilisme».

Le Maroc a réagi positivement dans ce sens. Il tente ainsi d’élaborer des paradigmes communs entre sa diplomatie maghrébine et son action africaine. Et ce avec un catalyseur commun : le développement des pays et le progrès des peuples maghrébins et africains. Il s’agit géographiquement, après tout, de la même famille. Maghrébins et Africains ne peuvent compter que sur leur intelligence collective pour avancer vers un réel Maghreb uni et une réelle Afrique intégrée et prospère. La clairvoyance de nos aïeuls, durant la lutte pour les indépendances, doit nous inspirer pour concevoir une philosophie partagée en vue d’actions mutuellement bénéfiques, basée sur le co-développement et le partage équitable des richesses. Les États sont appelés à planter les jalons d’un nouvel ordre maghrébin basé sur la coopération et l’action diplomatique convergente. L’Afrique unie n’en sortira que plus forte.

Notons à cet égard deux récents événements où le Maroc s’est distingué par sa demande officielle de réintégrer l’Union africaine et l’envoi d’éminentes délégations par S.M. le Roi Mohammed VI aux Présidents Abdelaziz Bouteflika et Mohammed Ould Abdelaziz, portant des messages clairs pour la redynamisation des relations bilatérales et, chemin faisant, de l’action maghrébine commune. Le Maghreb se fera donc par la coopération sectorielle, la résolution pacifique des différends et le partenariat stratégique entre les cinq pays du Maghreb.

Par ailleurs, l’Afrique connaît depuis quelques années un essor économique enviable. Une croissance soutenue et une volonté visible d’intégration. Les sous-régions africaines australes et de l’Est, organisées dans la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC), et le Marché commun des états d'Afrique australe et de l'Est (Comesa), viennent de lancer une nouvelle Zone tripartite de libre-échange (TFTA). Il s’agit là d’une dynamique intéressante pour l’avenir économique, politique et social de l’Afrique. Les pays maghrébins doivent ainsi s’inspirer de cette verticalité des coopérations, pour l’intégration du Nord-Ouest africain. Nous avons toujours appelé, dans ces colonnes, à faire du pragmatisme économique le principal vecteur de l’intégration maghrébine. Si l’Afrique doit nous montrer la voie, nous sommes preneurs. Par son action volontariste, le Maroc redonne l’espoir aux épris d’union pour voir la dynamique d’intégration prendre de nouvelles formes. Espérons que sa réintégration au sein de l’UA et ce nouvel élan maghrébin s’entremêleront pour la pacification de notre région et la prospérité de notre continent. 

Par Rabii Leouifoudi Chercheur en économie territoriale et en géopolitique, président fondateur de l’Union des Jeunes euro-maghrébins au Maroc

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