Éco-Conseil : Comment un orateur peut-il faire face au stress ?
Giselle Hardt : Le stress est une réaction normale qui affecte la grande majorité des orateurs au moment de parler face à un public, que celui-ci soit constitué de deux ou de deux cents personnes. Mais le trac n’est pas quelque chose de totalement négatif qu’il faudrait bannir. Une certaine dose de stress est nécessaire pour réussir sa prise de parole, car il nous donne cette poussée d’adrénaline qui est utile pour booster notre énergie. La peur peut donc se révéler votre alliée, à condition de ne pas vous paralyser. Pour éviter le trac excessif, il est important d’être sûr de soi. Comment ? En étant bien préparé. La préparation intellectuelle représente 70% de la gestion du trac et de la réussite d'une prise de parole. Composez votre discours en prenant soin de structurer vos idées suivant votre fil rouge et en choisissant des mots de transition qui facilitent la mémorisation. Les histoires sont aussi très utiles à la rétention de votre texte. Créez des fiches de soutien et étudiez-les. Ensuite, répétez à plusieurs reprises. Chronométrez-vous et retirez 30% : si vous avez prévu un discours de dix minutes, préparez-en un de sept minutes. Quand vous vous entrainez chez vous, vous parlez généralement plus vite que sur scène. Plus vous serez préparé, plus vous vous sentirez sûr de vous, et donc moins stressé.
Pour moi, la préparation est la seule véritable «règle» à suivre. Les autres éléments de contrôle du stress sont des techniques ou des conseils. Voici donc trois conseils pour maitriser le trac :
• Souriez : En plus de donner une image sympathique au public, sourire nous permet aussi de nous mettre dans un état d’esprit positif et génère un effet physique sur nous. Lorsque nous sourions, le cerveau interprète cette action comme un message : «tout va bien». Le niveau de cortisol (hormone du stress) diminue et nous nous sentons plus calmes.
• Respirez : Sous l’effet du stress, un phénomène physique bloque notre diaphragme et nous respirons mal. Respirer profondément et régulièrement permet de ventiler le corps, d’oxygéner les muscles et le cerveau, de façon à relancer la machine. Essayez la respiration que j’ai appelée «4x4» : avant «d’entrer en scène», inspirez profondément par le nez, en gonflant le ventre, pendant quatre secondes. Retenez la respiration durant 4 secondes. Expirez par la bouche pendant quatre secondes. Répétez cet exercice quatre fois.
• Visualisez le succès : Au lieu de laisser des scénarios catastrophes envahir votre imaginaire (je vais bégayer, avoir un blanc, tomber sur scène, les gens vont quitter la salle, me lancer des tomates, etc.), utilisez les images mentales en votre faveur. Fermez les yeux et projetez vos images comme sur un écran de cinéma. Visualisez-vous, en détail, exécutant un discours parfait. Le but étant, bien sûr, de vous mettre dans un état psychique positif.
Ne faites pas cet exercice seulement le jour J, mais durant toute votre préparation. La préparation mentale est très importante pour la réussite de votre discours. Les grands sportifs le font depuis des décennies avec des résultats étonnants. Alors, pourquoi pas vous ?

Selon votre expérience, comment captiver un auditoire ?
Au fil du temps, l’observation pratique s’ajoutant au bagage théorique, j’ai appris les erreurs grossières – et les autres plus subtiles – qu’il ne faut pas commettre. J’ai relevé une série d’ingrédients qui fonctionnent. Mais le plus important, c’est que j’ai appris que la vraie communication n’est pas celle de cerveau à cerveau, mais de cœur à cœur ! Une présentation, c’est tout d’abord des êtres humains qui interagissent entre eux. Un discours ou une présentation en public n’est pas un monologue, mais plutôt un dialogue. Ce n’est pas une personne qui parle DEVANT d’autres personnes, mais une personne qui parle AVEC d’autres personnes. Je suis convaincue que pour captiver un auditoire, il est indispensable d’être sincère avec lui, d’être ouvert à cet échange d’énergies et d’avoir véritablement, au plus profond de soi, l’envie de partager ces moments ensemble. Être «présentateur», c’est être «présent», là, réellement, de corps, de cœur et d’esprit. J’ai pratiqué la méditation depuis très jeune, mais c’est en parlant en public que j’ai réalisé ce que signifie «vivre le moment présent».

Quelles sont les parties qu’il faut soigner le mieux dans un discours ?
Savez-vous quels sont les deux moments les plus négligés d’un discours ? Le début et la fin. L’écrasante majorité des orateurs se concentrent sur le corps du message et laissent l’introduction et la conclusion au hasard ! Or dans les 30 premières secondes, le public décide s’il a envie de vous écouter ou pas. Si l’introduction n’accroche pas, si elle ne répond pas à la question que le public se pose et qui est «pourquoi devrais-je l’écouter ?», il sera très difficile de rattraper son attention. Quant à la conclusion, elle arrive en dernier, sauf qu’elle est la première dont le public se souviendra.
La conclusion est LE moment où les auditeurs consolident l’essence de votre message. Si la première impression reste vivace, la dernière aussi. Une mauvaise fin peut ruiner un excellent discours, comme un très bon final peut sauver une prestation médiocre. La conclusion ne devrait pas être banale ni répétitive, mais synthétiser les thèmes présentés au cours de votre développement et inciter à l’action.

Que conseillez-vous aux personnes qui souhaiteraient faire une excellente présentation ?
Je n’ai pas un conseil, mais trois demandes à faire à tous les orateurs, même ceux qui ont l’habitude de parler en public, les «pros» du pupitre comme les novices :
• Arrêtez vos introductions interminables qui débitent in extenso votre curriculum vitae. Sincèrement, nous n’avons rien à faire de vos gloires. Montrez plutôt votre valeur à travers une histoire vécue, et là oui, vous nous intéresserez.
• Cessez vos introductions interminables et prévisibles avec tant de remerciements aux organisateurs et l’expression maintes fois répétée de votre immense joie d’être là.
Le plus important est que le public, à la fin de votre discours, soit encore content d’être là !
• Cessez de parler avant que le public ne cesse d’écouter. Soyez concis et, une fois que vous avez annoncé la fin, de grâce, finissez ! Mieux vaut laisser un goût de trop peu que de gaver le public.
Ma conclusion : pensez à écrire votre discours comme un film, avec une bonne accroche, une histoire et une fin qui donne envie d’en savoir plus. Entrainez-vous à parler en public, profitant de toutes les occasions à votre portée pour vous améliorer à chaque fois, conscient que vous n’êtes pas parfait et que Hitchcock lui-même n’a pas connu que des succès.