Entretien avec Larbi Bencheikh, secrétaire d’État chargé de la Formation professionnelle, directeur général de l’OFPPT

«Depuis 2002, plus de 1.640.000 jeunes ont été formés dans plus de 300 filières à travers le Royaume»

Najat Mouhssine,LE MATIN
20 Aout 2017

Le Matin : Les actions en faveur de la formation professionnelle des jeunes se poursuivent, quel bilan en tirez-vous ?
Larbi Bencheikh : Le Maroc a déployé beaucoup d’efforts en matière de renforcement de l’offre de formation professionnelle en faveur des jeunes, particulièrement dans les secteurs stratégiques. L’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), qui représente plus de 90% de cette offre, illustre parfaitement le chemin parcouru. En effet, depuis 2002, plus de 1.640.000 jeunes ont été formés, le nombre de places pédagogiques est passé de 54.000 à plus de 500.000 cette année, dans plus de 300 filières à travers un réseau de 356 établissements et qui couvre tout le territoire du Royaume. De plus, nous avons mis en place des parcours professionnalisants qui démarrent dès le collège avec le Bac Pro et le «Parcours collégial» et nous avons fait de la qualité de la formation notre priorité absolue à travers la création de 11 centres de développement de compétences, la réingénierie des contenus de formation avec l’implication des professionnels, le perfectionnement continu et la certification des formateurs, des stagiaires et des établissements (23 établissements certifiés ISO 9001). Grâce à cette politique, les taux d’insertion de nos lauréats sont parmi les plus élevés et varient entre 75 et 100% selon les filières. En plus, 90% des employeurs déclarent être globalement satisfaits du niveau de compétences de nos lauréats. Et nous poursuivons notre action en faveur de la qualification des jeunes et du renforcement de leur employabilité ainsi que l’accompagnement des grands chantiers économiques et sociaux lancés par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Que Dieu l’assiste, à travers une offre de formation adaptée et concertée avec l’ensemble de nos partenaires.
C’est ainsi que j’ai eu l’honneur de présenter le plan de développement de l’OFPPT à l’horizon 2020 devant Sa
Majesté le 8 octobre 2015 au palais Marchane de Tanger. Sur la base de cette feuille de route, nous avons élaboré un contrat-programme avec l’État, validé par notre conseil d’administration. C’est le premier de toute l’histoire de l’OFPPT. Dans le cadre de ce contrat-programme, l’OFPPT ambitionne de former deux millions de jeunes, porter sa capacité d’accueil à 668.500 places pédagogiques en 2021, créer 120 établissements de formation (soit une moyenne de 24 établissements par an) La formation par alternance sera également renforcée pour atteindre l’objectif de 60% du dispositif concerné par ce mode et nous prévoyons aussi de créer 150.000 places pour le baccalauréat professionnel.

Pourriez-vous nous résumer les défis que vous vous êtes fixés pour la rentrée ?
Nous entamerons à la rentrée prochaine la troisième phase de ce Plan de développement. L’OFPPT offrira ainsi une capacité de formation de 544.000 places pédagogiques contre 501.000 en 2016-2017, soit une évolution de 8,6%. 71% de cette capacité sera orientée vers les formations diplômantes, dont 63% destinés aux niveaux de technicien spécialisé et de technicien et 9% réservés aux filières du Bac Pro.

Les stagiaires de l'OFPPT vont bénéficier de la bourse à partir de la rentrée 2017-2018. Quelles en seront retombées sur l’attractivité de la formation professionnelle ?
Effectivement, le Conseil de gouvernement du 20 juillet a adopté le décret relatif à l’octroi de bourses au profit des stagiaires bacheliers de 2016-2017 et qui poursuivront leur formation dans des niveaux de technicien ou de technicien spécialisé au sein des établissements de la formation professionnelle, à partir de la prochaine rentrée 2017-2018, et ce dans les mêmes conditions que leurs camarades de l’enseignement supérieur ; près de 80.000 stagiaires pourront ainsi en bénéficier. J’ai personnellement milité pour un traitement équitable des jeunes ayant choisi la formation professionnelle et ceux optant pour la voie de l'enseignement général. Il était en effet infondé de priver les bacheliers qui intègrent l’OFPPT ou les autres établissements de formation de ce droit. Cela va probablement renforcer l’attractivité de la formation professionnelle et encourager plus de jeunes à opter pour ses cursus.

Les partenariats Sud-Sud se développent et connaissent un vrai succès. Quelles sont, d’après vous, les spécificités de la coopération maroco-africaine dans le domaine de la formation des jeunes ?
Nul besoin ici de rappeler l’engagement du Maroc en faveur du renforcement de la coopération Sud-Sud, particulièrement entre pays africains, et qui émane de la volonté de Sa Majesté le Roi
Mohammed VI, que Dieu l’assiste, de promouvoir un développement durable et solidaire de notre continent. Parmi les leviers de ce Co-développement, la formation professionnelle constitue un axe majeur. C’est dans ce sens que l’OFPPT a conclu 55 accords et entretient des relations avec 35 pays africains pour la mise à niveau des dispositifs de formation, la formation des formateurs et du personnel technico-pédagogique et l’accueil en formation des stagiaires. 1.000 places pédagogiques sont réservées, chaque année, aux stagiaires africains, contre 32 seulement en 2005-2006. Par ailleurs, l’OFPPT intervient en accompagnement de la Fondation Mohammed VI pour le développement durable dans la création de 8 Centres de formation professionnelle, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Gabon, en Guinée-Conakry, au Sénégal, en Éthiopie, à Madagascar et au Nigeria, dans les domaines du BTP, de l’hôtellerie-restauration, de la logistique, de l’eau et de l’irrigation et de l’entrepreneuriat.

Quelles sont les actions adoptées par l’OFPPT pour accompagner la nouvelle dynamique marocaine sur le continent ?
En plus des conventions bilatérales citées précédemment, l’OFPPT a plaidé en faveur de la coopération tripartite et s’est associé à différentes initiatives menées par les organisations internationales telles que la Banque mondiale, la Banque islamique de développement (BID), la Banque africaine de développement ou l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi). La mise en place par 15 pays africains, le 18 avril dernier, sous la présidence de Son Excellence Monsieur Alpha Condé, Président de la Guinée, et de l’Organisation de l’Unité africaine, de «l’Alliance africaine pour le développement de la formation professionnelle», dont l’OFPPT est l’initiateur et le principal architecte, en partenariat avec la BID, représente une opportunité d’enrichissements mutuels. Un premier projet vient d’être lancé dans le cadre de cette Alliance, avec l’octroi de 30 millions de dollars par la Banque islamique de développement pour le financement de la mise à niveau du dispositif de formation professionnelle de la Côte d’Ivoire. L’OFFPT, en tant que principal acteur de l’Alliance, a été associé au design de ce projet, dans une démarche permettant de promouvoir et de partager son savoir-faire et son expertise avérés, via l’Assistance technique, pour un montant de deux millions de dollars.





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