Le Matin : Comment s’est comporté le marché de l’immobilier en général durant l’année 2016 ?
Youssef Benmansour : La production de logements en 2016 n’a pas été au rendez-vous. Les mises en chantiers et la production ont en effet accusé une baisse par rapport à l’exercice 2015. La demande, critère très important pour apprécier la production, a également été relativement faible. Mais ceci étant, nous constatons une situation du marché pour le moins paradoxal. En fait, bien que l’offre ait été faible, il y a eu plus d’opérations l’année dernière. En d’autres mots, même si la production était faible, les nouveaux investisseurs qui sont arrivés sur le marché ont fait que l’offre était très importante. Encore une fois, cela ne s’est pas répercuté sur la production. En clair, la baisse de la production n’a pas été compensée par les nouveaux arrivants. C’est donc cela le paradoxe de l’offre. L’on remarque de plus en plus de programmes surtout dans les grandes villes, mais sans impact conséquent sur la production globale à l’échelle nationale. D’un autre côté, vous avez une demande qui est exprimée, certes, mais qui ne se transforme pas en acte d’achat. En tout, nous vivons une situation du marché qui n’est pas du tout satisfaisante.

Comment les banques ont-elles suivi une telle évolution ?
Après une période où les banques ont accompagné de manière importante le secteur en distribuant des crédits aussi bien aux acquéreurs qu’aux investisseurs et à un rythme très important depuis pratiquement trois ans, nous constatons dernièrement que le secteur bancaire a ralenti la distribution des crédits pour le marché immobilier. Bien sûr, cela ne veut pas dire que les banques ont complètement levé la main, mais les crédits ne sont pas accordés à la même cadence qu’avant. Résultat : les ménages marocains de classe moyenne ne peuvent plus obtenir aussi facilement les financements qu’avant. En effet, les banques étudient de manière rigoureuse les dossiers de demande de crédit avec un scoring et des critères bien définis. Elles sont très regardantes sur la qualité du dossier du crédit et sur la capacité de remboursement. Évidemment, cela a impacté la demande puisque la majorité des ménages ne peuvent accéder au logement sans avoir recours au crédit. Ce qui explique d’une manière mécanique le fait que certains opérateurs produisent moins parce qu’ils ne veulent pas se retrouver avec des stocks d’invendus.

Comment pronostiquez-vous cette année 2017 ?
Nous espérons qu’avec la constitution du nouveau gouvernement, il y aura des mesures de relance du marché. Nous verrons si l’exécutif va mettre de nouveaux produits comme celui qui a été lancé pour la classe moyenne et s’il va demander ou pas au secteur financier de soutenir le secteur. L’on se demande également si l’habitat va être l’une des priorités de ce gouvernement. Ceci dit, la profession compte programmer des rencontres avec le département de l’Habitat et de l’urbanisme pour étudier différents dossiers, dont la relance du marché de
l’immobilier.