Quand il s’agit d’encourager et de soutenir l’entrepreneuriat féminin au Maroc, aucune initiative n’est de trop et aucune aide n’est superflue. En tous cas, celle de l'Association pour la promotion de l'éducation et de la formation à l'étranger (APEFE) et de ses partenaires est loin de l’être si l’on considère les résultats encourageants de la phase-pilote du programme «Min Ajliki» ainsi que les objectifs prometteurs de la seconde phase appelée «Min Ajliki 2.0». Celle-ci vient d’être lancée officiellement suite à la signature à Rabat des conventions de partenariats liant l’APEFE à ses partenaires dont le nombre a pratiquement doublé dans cette version 2.0. Une version qui se veut «plus proche des régions, du contexte local et par conséquent des bénéficiaires eux-mêmes», comme l’a souligné S.E.M. Frank Carruet lors de la cérémonie de lancement.

«Min Ajliki» est un programme belgo-marocain de soutien à l’entrepreneuriat féminin mis en place par l'APEFE Wallonie-Bruxelles et financé par la Coopération belge au développement. Il a pour objectif de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des femmes marocaines et à leur autonomisation en les soutenant dans la concrétisation de leurs projets. Ceci à travers le renforcement de leurs capacités par la sensibilisation et la formation tout en assurant un suivi pour la pérennisation des business créés. Qu’il s’agisse de femmes souhaitant se lancer dans l’entrepreneuriat, déjà entrepreneures ou désirant passer au secteur formel, «Min Ajliki» apporte une panoplie de solutions : des séances de sensibilisation à l'entrepreneuriat, des ateliers de formation en langue française pour les chefs d’entreprises et en arabe dialectal marocain pour les femmes micro-entrepreneures à faible niveau de scolarité, un accompagnement par des conseillers spécialisés en création d’entreprises ainsi que l’incubation et le mentoring. 

Dans la première phase du programme «Min Ajliki» qui s’est étendue de 2013 à 2016, plus de 18.000 femmes ont été sensibilisées à l’entrepreneuriat, plus de 10.000 ont bénéficié de formations, plus de 5.000 ont bénéficié d’accompagnement et plus de 150 projets ont été incubés dans les 10 incubateurs d’entreprises mis en place. Ces incubateurs qui appartiennent à l’Association des femmes-chefs d’entreprises du Maroc (AFEM), un des partenaires du programme, ont été équipés par l’APEFE Wallonie-Bruxelles. Ils accueillent les projets féminins pour une durée de 18 mois et offrent aux candidates sélectionnées un espace de coworking, un accompagnement personnalisé, des formations spécifiques et du Networking.

Pour Stéphan Plumat, directeur de l'APEFE, «ce programme dont le succès est le fruit d’un partenariat fort, constitue la référence pour une coopération modèle tournée vers l’autonomisation des femmes qui souhaitent développer leurs propres activités». Un programme qu’il a qualifié d’exemplaire de par «les résultats tangibles qu’il a produits et par l’approche partenariale qu’il propose», car c’est le programme de l’APEFE qui réunit le plus de partenaires, explique le responsable.

«Il est exemplaire parce qu’il s’intègre parfaitement dans la vision du développement de S.M. le Roi
Mohammed VI en matière d’emploi ainsi que dans les préoccupations du ministre belge de la Coopération. Et aussi parce qu’il s’appuie largement sur l’expertise marocaine dont il contribue fortement à renforcer les capacités», a-t-il ajouté. Pour sa part, le directeur de l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (Anapec), Anas Doukkali, a exprimé sa satisfaction de cette collaboration fructueuse qui a permis à l’Agence de mettre en place un système d’information pour gérer l’auto-emploi et «d’atteindre une plus large cible de demandeurs d’emploi, notamment les femmes, et qui s’aligne parfaitement avec la stratégie de l’Agence pour la promotion de l’emploi féminin». Le projet ayant répondu à beaucoup d’attentes et permis de faire avancer l’action, les missions et les capacités de l’Agence, son directeur a avoué avoir été «assez exigeant pour cette deuxième phase et cela s’est traduit dans la convention signée aujourd’hui».
La même satisfaction a été notée chez le DRH d’Al Amana Microfinance, Otmane Chebihi, qui a
exprimé sa joie d'avoir contribué avec ses équipes à la réalisation des objectifs «honorables» du programme, en coordination avec les équipes de l’APEFE et les différents intervenants. «Nous avons cru aux objectifs de ce programme qui cadre parfaitement avec notre mission qui n’est autre que la promotion de l’inclusion des populations défavorisées. Nous avons considéré qu’il vient compléter notre mission et donner un sens aux actions entreprises par Al Amana en tant qu’acteur actif dans le secteur de la microfinance», a déclaré Chebihi. Il a également saisi l’occasion pour réitérer l’engagement inconditionnel de l’établissement pour la concrétisation des objectifs de «Min Ajliki 2.0» qu’il a qualifié d’innovant «de par l’élargissement du champ de son action et de ses nouveaux partenaires ainsi que par la diversification de ses objectifs et de ses interventions qui vont prendre de nouvelles formes.»

«Min Ajliki 2.0» : Quoi de neuf ?

Outre l’Anapec, l'AFEM et Al Amana microfinance, le programme s’est attaché de nouveaux partenaires, à savoir le ministère de l’Emploi et des affaires sociales comme chef de file, Attawfiq Microfinance, le Réseau Entre-Elles, Maroc PME et le Centre Mohammed VI de soutien à la microfinance solidaire.
Uniquement déployé dans les régions du Grand Casablanca, Tanger-Tétouan et Meknès-Tafilalet au début de la phase pilote, le programme avait décidé en 2016 d’étendre son périmètre d’action aux régions de Marrakech-Safi, Rabat-Salé-Kénitra et Souss-Massa. Pour cette nouvelle phase, la totalité des régions sera concernée par les actions développées dans le cadre de «Min Ajliki 2.0».

Si les actions de la phase-pilote ont été déployées sur trois ans (2013-2016) et se sont limitées à la population féminine, ceux de la seconde phase s’étaleront sur cinq années (2017-2021) et concerneront également la gent masculine, du moins pour ce qui est de la sensibilisation. L’autre nouveauté sera l’intégration de l'entrepreneuriat social et solidaire qui est un axe principal du développement humain et qui explique la présence du Centre Mohammed VI de soutien à la microfinance solidaire dans le réseau des partenaires.

Mais la grande nouveauté reste incontestablement la digitalisation des processus de l’information et de la formation. «Le digital sera pour nous un moyen de désenclaver et d’atteindre des populations qui n’ont pas forcément les outils pour accéder aux formations», explique Benoit Stiévenart, administrateur de programme
au bureau Maroc de l'APEFE.


Entretien avec Benoît Stiévenart, administrateur de programme au bureau Maroc de APEFE Wallonie-Bruxelles

«Dans sa seconde phase, “Min Ajliki” aura une forte connotation digitale»

Éco-Emploi : Quel bilan faites-vous de la première phase du programme «Min Ajliki»?
Benoît Stiévenart : Grâce à la phase-pilote du programme Min Ajliki (2013-2016), nous avons réussi, avec le soutien de nos partenaires, à sensibiliser plus de 18.000 femmes à l’entrepreneuriat, à accompagner parmi les femmes non diplômées plus de 5.000 porteuses de projets, à aider à la création de près de 300 entreprises et actuellement nous avons 170 entreprises incubées et un pourcentage de 80% de femmes qui sont passés de l’informel vers le formel.
Ce sont là les indicateurs qui sont les plus importants pour nous. Nous avons également contribué à la mise en place de 7 incubateurs en partenariat avec l’AFEM, en plus d’un certain nombre d’actions-pilotes que nous avons développées dans le domaine de l’entrepreneuriat social ainsi que des unités mobiles d’accompagnement destinées à des femmes se situant dans les zones rurales reculées et les régions montagneuses.
Ce qui est particulièrement important pour nous et qu’il faut souligner, c’est qu’il s’agit d’une approche intégrée qui commence par la sensibilisation, passe par la pré-création et ensuite la création de l’entreprise, débouche sur l’incubation mais va jusqu’à l’étape de la post-création parce que nous voulons mettre sur pied des entreprises pérennes.
Il est très important qu’on n’abandonne pas ces personnes qui ont eu le courage de porter et de monter leurs projets. Celles-ci doivent être toujours accompagnées au besoin et toujours trouver une porte ouverte chez les partenaires du programme.
Il est à signaler que dans la phase-pilote, notre périmètre d’action se limitait au début à trois régions : Grand Casablanca, Tanger-Tétouan et Meknès-Tafilalet. Puis nous avons voulu que le programme puisse suivre le rythme de la nouvelle régionalisation. C’est ainsi qu’en 2016, nous sommes allés vers trois autres régions, à savoir : Marrakech-Safi, Rabat-Salé-Kénitra et Souss-Massa. Mais avec les six régions, il y a eu certaines frustrations au niveau des autres qui ne sont pas incluses dans le périmètre d’action du programme. Mais aujourd’hui, avec l’appui de la Coopération générale au développement belge qui a décidé de faire confiance à l’APEFE pour sa deuxième phase du programme Min Ajliki, nous allons pouvoir être présents sur l’ensemble du territoire marocain.

Pourquoi avez-vous décidé d’étendre la durée du programme sur cinq ans et pourquoi l’avez-vous qualifié de 2.0 ?
Il se trouve que, désormais, la nouvelle coopération belge se fait par tranche de dix ans. Donc, ce sont deux phases de cinq ans en réalité. On estime également que ce qui sera mis en place dans le cadre de ce nouveau projet nécessitera une période de
maturation de cinq ans. Mais ce qui est quasi certain, c’est qu’en 2022, année qui marquera la clôture du programme, tous les partenaires seront prêts à porter eux-mêmes le programme «Min Ajliki». Ils le sont déjà en grande partie pour ce qui a été accompli dans la 1ère phase, mais on compte déployer dans la seconde phase d’autres axes qui n’ont pas été abordés ou qui ont été peu développés dans la
précédente.
Pour la deuxième partie de votre question, nous avons ajouté 2.0 au nom du programme parce que Min Ajliki dans sa seconde phase aura une forte connotation digitale. Le digital sera pour nous un moyen de désenclaver et d’atteindre des populations qui n’ont pas forcément les outils pour accéder aux formations. Nos partenaire ont le savoir-faire, ont les outils de communications mais ceux-ci sont plus destinés à des publics diplômés, voire peu diplômés.
Mais comme nous visons aussi la catégorie des femmes analphabètes, nous cherchons à vulgariser un certain nombre de processus via des moyens de communication digitale, notamment à travers des applications sur les smartphones, des capsules vidéos…, c’est-à-dire tout ce qui peut faciliter l’apprentissage pour une femme qui n’a pas eu l’opportunité d’accéder à l’éducation.

Quelles sont donc les grandes lignes de ce programme et comment le concevez-vous ?
On appréhende cette deuxième phase comme un développement de la première. Dans la phase pilote par exemple on parlait de la sensibilisation à l’entrepreneuriat mais uniquement à destination de femmes, et puis on s’est aperçu qu’il était aussi important de sensibiliser les hommes. Et c’est une action qu’on va mener et qui va être l’une des nouveautés de «Min Ajliki 2.0».
Pour ce qui est de la création des entreprises, nous nous dirigeons dans cette deuxième phase vers l’entrepreneuriat solidaire, les coopératives et l’auto-entrepreneuriat. Et comme je l’ai souligné précédemment, nous allons couvrir les 12 régions du Maroc. Ce déploiement est de la plus haute importance puisque, souvent, les programmes sont plutôt destinés aux femmes dans les villes ou dans les zones rurales mais, à ma connaissance, très peu concernent celles qui résident dans les zones montagneuses. Et c’est très important d’aller vers cette population-là car elle n’a pas forcément les moyens de se déplacer.
C’est pour cela que nous avons décidé de créer des unités mobiles d’accompagnement avec l’Anapec. Il y a d’autres outils informatiques qu’on veut développer et qui seront directement accessibles pour ces femmes chez-elles. Dans ce sens, la digitalisation est incontournable pour la réalisation de cet objectif. Pour conclure, j’aimerais préciser que nous ne considérons pas la réussite du programme sur la base du nombre de formations données mais plutôt sur le nombre d’entreprise que nous avons aidé à créer et surtout à pérenniser. Quand nous nous engageons dans un projet avec telle ou telle association, nous veillons à mettre en place tout un cycle d’accompagnement parce que le fait d’intervenir une fois et de disparaître ensuite est non seulement perturbant pour ces femmes mais aussi très démotivant. Nous tenons à réaliser quelque chose de concret à chaque intervention.