Le Matin : Pouvez-vous nous présenter les activités du MCISE ?
Adnane Addioui : Le Centre marocain pour l’innovation et l’entrepreneuriat social a été créé en mai 2012, mais son premier événement s’est tenu en décembre de la même année. La mission du MCISE est de trouver des solutions entrepreneuriales innovantes à chaque défi social du Maroc. Nous travaillons sur 4 axes : la sensibilisation et le plaidoyer par rapport à l’importance de l’innovation sociale et de l’entrepreneuriat social comme outil de développement économique et social, le renforcement des capacités et la formation à travers un focus sur l’enseignement public au niveau primaire et secondaire en développant des programmes d’innovation dans les établissements et en renforçant les capacités, que ce soit des associations ou des différents types d’acteurs qui veulent développer leurs compétences sur ce sujet. Le troisième niveau est la recherche, nous travaillons avec un groupe de chercheurs et de doctorants pour développer la connaissance et la recherche sur les questions de l’entrepreneuriat social. Nous avons déjà publié plusieurs rapports et encadré plusieurs doctorants sur le sujet. Le dernier niveau est le volet action, à travers la création en 2015 d’un espace de coworking Dare Space, d’un programme d’incubation d’entreprises sociales Dare Inc., pour l’incubation et l’accélération de start-ups à fort impact social, auxquelles nous offrons l’accès au financement au départ pour que les projets puissent se structurer, et enfin le lancement de la plateforme de prévente «Wuluj» qui permet l’accès au marché des projets qui veulent vendre leurs produits.

Quel type d’accompagnement offrez-vous aux porteurs de projets ?
Notre modèle est basé sur les besoins. Quand on sélectionne un groupement d’entreprises sociales, qu’elles soient des projets au stade de l’idée, du prototype ou des projets qui ont déjà un marché, mais qui ont besoin de l’accompagnement, on identifie leurs besoins pour leur offrir un programme d’accompagnement spécifique qui correspond aux différents types de projets  : conception de projet, marketing, finance, développement technique, etc. Jusqu’à présent, nous avons accompagné 80 projets, dont une quarantaine qui sont actifs au sein de l’incubateur et 20 entreprises qui ont été créées juridiquement.

Concrètement, quel bilan dressez-vous de l’impact de ces projets ?
Justement, nous nous focalisons sur le fait que les entreprises sociales doivent réussir coûte que coûte. Il faut qu’elles génèrent du chiffre d’affaires et qu’elles soient durables demain, parce que si elles ne sont pas durables, les projets ne peuvent pas continuer. Le deuxième niveau consiste à structurer et formaliser leur chaîne de valeur pour qu’elles puissent recruter les gens, avoir de l’argent pour payer les salaires et avoir accès à l’investissement pour pouvoir s’améliorer et améliorer leur pérennité.

Vous avez lancé dernièrement la plateforme de prévente «Wuluj». En quoi consiste ce projet et quelles sont vos projections pour le recrutement des porteurs de projets ?
«Wuluj» est une plateforme de e-commerce qui est destinée à des projets qui sont en phase de lancement. C’est-à-dire que si je suis un entrepreneur, j’ai un prototype, mais il me faut un montant déterminé pour payer mes fournisseurs pour pouvoir commencer à produire. Nous avons actuellement trois projets sur la plateforme, d’ici à la rentrée, pour maximiser les achats et l’idée est d’avoir d’ici la fin de l’année une trentaine de projets de différents secteurs. «Wuluj» est ouverte à tout porteur de projet à condition qu’il ait un prototype qu’il peut livrer aux clients.

Quels sont vos projets à venir ?
Nous avons pu développer un modèle qui marche, qui vient en réponse à plusieurs problématiques dont le pays souffre. Aujourd’hui, notre priorité est l’expansion pour plus d’impact à l’horizon 2020. Si sur les deux ans, nous avons pu accompagner 80 projets, nous voulons accompagner 200 à 300 projets sur les trois prochaines années pour pouvoir créer 40 à 50 entreprises sociales qui soient pérennes. Le deuxième niveau est la formation pour s’élargir sur deux types de cibles : les écoles et les universités, pour avancer en synergie avec d’autres programmes, tels que Enactus qui complète la chaine de valeur, et aller vers les régions. Environ 90% des projets que nous accompagnons viennent d'en dehors de l’axe Casablanca-Rabat et la plupart des jeunes ont besoin d’un accompagnement de proximité parce qu’ils ne peuvent pas toujours se déplacer. L’objectif est d’ouvrir au moins trois espaces dans d’autres villes, probablement Fès, Tanger et Casablanca ou une autre ville, d’élargir le programme d’incubation au niveau national et de renforcer les programmes de formation. L’un des points forts de notre structure est qu’on a une offre de formation et de renforcement des capacités.

Jusqu’à maintenant, nous avons formé 38 formateurs en entrepreneuriat social et innovation. La demande est très forte, nous allons lancer des formats plus courts, sur des formats plus courts et sur des sujets très précis (design thinking, innovation, développement de projets, approche d’analyse des besoins…) pour pouvoir accompagner d’autres structures ou associations dans la révision de leur fonctionnement et business models.