Le Matin : Initialement, le dernier délai du basculement des clubs en sociétés sportives était la saison 2017-2018, mais lors de la dernière réunion du comité directeur de la FRMF, ce délai a été repoussé d’une année supplémentaire, c’est-à-dire jusqu’à la saison 2018-2019. Pourquoi la FRMF a-t-elle accordé un an de sursis aux clubs ?
Aziz Talbi :
Le basculement en sociétés sportives n’est pas une opération simple. Les textes réglementaires qui ont fixé les statuts types des associations n’ont été publiés qu’en mai 2016. On n’est pas très en retard par rapport au calendrier fixé. Tant que les textes n’étaient pas publiés, on ne pouvait rien faire, parce qu’il faut mettre en harmonie les statuts de l’association avec la loi 30-09 relative à l’éducation physique et au sport. Ce n’est qu’une fois que les statuts de l’association sont mis en harmonie avec la loi que celle-ci peut créer la société anonyme sportive. Le deadline a été dicté par la lenteur au niveau de la publication des textes réglementaires. Maintenant que les textes réglementaires sont publiés, il n’y a plus aucun obstacle à aller plus vite.
Est-ce que tous les clubs aujourd’hui sont en phase avec les statuts types 
des associations de 2016 ?
Pas tous, mais disons qu’il y a une pression qui est exercée sur les clubs qui ne sont pas en harmonie avec le décret de 2016. Le président de la FRMF, Fouzi Lekjaa, a été ferme à ce sujet, quitte à reléguer certains clubs en deuxième division.

Est-ce que vous pensez réellement que la FRMF ira jusqu’à reléguer les clubs qui ne seront pas prêts d’ici juillet prochain ou le début de la saison 
2018-2019 ?

Oui, je suis convaincu qu'une décision de ce genre sera prise à l’encontre des clubs qui ne seront pas prêts.

Comment ce passage va-t-il se faire, à la lumière des difficultés que rencontrent ces associations ?
Ce qui est proposé, c’est que dans un premier temps, les associations sportives créent les sociétés sportives en détenant 100% du capital. Donc, il n’y a aucun argument pour rechigner à créer des sociétés anonymes. La société anonyme c’est un capital minimum de 300.000 DH. Ce n’est pas quelque chose d’extraordinaire. Les associations peuvent ne transférer dans un premier temps que des actifs sains, c’est-à-dire qui ne sont concernés ni par des litiges ni par des contentieux. La même chose pour les dettes. On ne transfère que des dettes valables, sachant qu’il y aura des commissaires aux apports et des commissaires aux comptes. Pratiquement, cette opération va se dénouer dans 10 mois. Il n’y a aucun obstacle sur le plan juridique ou des formalités administratives.

Pourquoi avez-vous permis aux clubs de détenir dans un premier temps 100% du capital ?
Pour ne laisser aucun prétexte à ceux qui disent qu’ils ont des difficultés. Ils ne pourront plus avancer cet argument s’ils détiennent 100% du capital.

On ne pourra donc pas parler d’ouverture du capital et ce seront toujours les mêmes personnes qui continueront à gérer les associations ?
Non, ça va changer beaucoup de choses. Quand vous créez une société anonyme, vous êtes dans un autre cadre institutionnel. La société est immédiatement identifiée fiscalement. Elle a un numéro de la CNSS. Elle va avoir une comptabilité régie par les normes comptables, un commissaire aux comptes. Elle doit réunir son conseil d’administration dans les délais et tenir à temps son assemblée générale. Elle doit publier ses comptes. Bref, on est dans un autre environnement, avec notamment des sanctions pénales.

Pendant combien de temps une association peut-elle garder 100% de son capital ?
L’ouverture est du ressort des actionnaires, c’est-à-dire de l’association.
Dans ce cas, on peut se retrouver avec des associations sportives avec un seul actionnaire, le président par exemple, qui a les moyens pour détenir tout 
le capital ?
C’est l’émulation qui va changer, parce que les sociétés qui vont ouvrir leur capital vont avoir plus de ressources financières. Elles seront plus crédibles. Elles auront une meilleure image, elles vont attirer les meilleures cadres en matière de management, etc. «Moul chekara» sera à la traîne. Dans la société anonyme, il faut recruter des 
compétences.

Comment se présente globalement la situation des associations ?
Pratiquement, tous les clubs ont une comptabilité patrimoniale. Ils ont un rapport de commissaire aux comptes. Tout cela facilite la création de la société anonyme. Il y a deux ans, il n’y avait que sept associations qui tenaient leurs comptabilités patrimoniales. Globalement, il y a un progrès.

Quelles sont les choses qu’on pourra comptabiliser dans le capital d’un club, mis à part les biens immobiliers ?
Le nom, l’emblème, la valeur supporters, l’image du club, le portefeuille de sponsoring… Ce sont là toutes des valeurs immatérielles. Il y a des spécialistes qui peuvent valoriser tout cela. Reste à savoir si l’association veut transférer les valeurs immatérielles ou pas. 


Entretien réalisé par Abderrahman Ichi