Nombreuses sont les femmes qui se montrent intéressées à améliorer leur situation économique en se lançant dans des projets de création d’entreprises. Toutefois, les obstacles qu’elles rencontrent freinent leur parcours entrepreneurial. Selon le rapport du Conseil économique, social et environnemental présenté en 2014 sur la «Promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes dans la vie économique, sociale, culturelle et politique», «le nombre de femmes marocaines entrepreneures représente seulement 10% du nombre total des entrepreneurs. Elles sont essentiellement concentrées sur l’axe Casablanca-Rabat. Leur chiffre d’affaires reste généralement inférieur à 20 millions de dirhams, voire à 5 millions de dirhams pour une large proportion d’entre elles».

Malgré le nombre important de programmes et d’initiatives qui ont été mis en place par les différents départements publics et par la société civile en faveur du renforcement de la participation des femmes à la vie économique, «l’absence de structure propre à la question féminine et à l’égalité entre les sexes, transversale par excellence, dans les départements ministériels, est à l’origine de la faiblesse de la coordination des activités menées en faveur des femmes par les différents départements ministériels». Le document confirme que l’entrepreneuriat féminin au Maroc reste confronté à plusieurs facteurs sociaux et culturels ne permettant pas aux femmes de s’épanouir dans ce domaine à cause entre autres d’un accès limité à l’information, à la formation et aux infrastructures d’accueil ou encore de pratiques sociales et culturelles discriminatoires».

Pour remédier à cette réalité, l’Organisation internationale du travail (OIT) et différents partenaires se sont engagés à trouver des solutions durables et des approches novatrices à travers des programmes comme «Women For Growth - Femmes pour la croissance». Financé par les États-Unis, ce projet, d’une durée de 20 mois, avait pour but d’appuyer la création, la consolidation et le développement des entreprises créées par des femmes au Maroc. L’idée est d’accroître l’égalité, de contribuer à la pleine participation de la femme à l’économie, d'identifier les différentes lacunes dans le service fourni aux femmes entrepreneures et de mettre en place, via les services financiers et non financiers, de plans d’actions spécifiques pour combler ces carences. Au Maroc, le projet a développé des partenariats avec Maroc PME, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), l’Association des femmes chefs d'entreprises du Maroc (AFEM), le ministère du Travail et de l'intégration professionnelle, Al Amana, l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT) et l’Agence de développement social, entre autres. Le but étant de travailler en collaboration avec les fournisseurs de services (financiers et non financiers) locaux afin d’améliorer les services rendus aux femmes entrepreneures, comme l’a souligné au «Matin» Samia Ouzgane, point focal Bureau international du travail (BIT) au Maroc. 


Questions à Samia Ouzgane, point focal BIT au Maroc

«Les femmes doivent croire en leurs capacités propres et “oser”»

Vous venez de clôturer le programme «Femmes pour la croissance». Quel bilan général faites-vous de cette expérience ?
Lancé en 2015, le projet «Femmes pour la croissance» s’est donné comme objectif général d’appuyer, au Maroc, le développement de micro entreprises dirigées par des femmes. La stratégie du BIT pour le développement de l’entrepreneuriat des femmes vise à travailler en collaboration avec les fournisseurs de services (financiers et non financiers) locaux afin d’améliorer les services rendus aux femmes entrepreneures. Clôturé à la fin mai 2017, l’évaluation finale du projet «Femmes pour la croissance» a fait ressortir qu’il a été dans l’ensemble un succès assez franc. Les principaux résultats du projet se présentent comme suit :
• Volet «Sensibilisation et vulgarisation en partenariat avec les prestataires de services» : organisation d’une journée de sensibilisation à Casablanca au profit de 200 femmes (participation de 8 partenaires publics et privés).
• Volet «Identification et analyse des secteurs favorables pour les entreprises des femmes» : identification des secteurs du tourisme, de l’artisanat et des produits du terroir et du textile. Organisation d’une table ronde avec des entrepreneurs (partenariat CGEM et AFEM).
• Volet «Appui à l’adaptation et amélioration des services offerts aux femmes» : trois prestataires de services financiers et non financiers ont identifié des points d’amélioration dans leurs services et produits.
• Volet «Renforcement de capacités» : plus de 120 sessions de formation à l’aide des outils du BIT pour la gestion d’entreprises ont été organisées. Seize formateurs certifiés et plus de 500 femmes formées et encouragées pour la création d’entreprises. Un guide sur les services d’appui à l’entrepreneuriat féminin au Maroc a été préparé (version arabe et française).

Quel est, d’après vous, le degré d’implication des femmes dans ce programme ?
Le degré d’implication des femmes a été excellent. D’ailleurs, à la fin du projet, nous avons mené une petite enquête auprès des femmes bénéficiaires, et nous avons recueilli les résultats suivants :
• 63% des interviewées ont affirmé avoir adopté au moins deux bonnes pratiques de gestion.
• 100% des participantes estiment qu’elles ont amélioré leurs compétences dans le domaine de la gestion d’entreprise.
• 73% participantes ont déclaré que la formation a contribué à l’augmentation de leur chiffre d’affaires.

Quels sont les freins actuels à l’essor de l’entrepreneuriat ?
Tout d’abord, les femmes doivent croire en leurs capacités propres, et «oser». Il reste primordial de les accompagner, à travers la formation et l’information. La difficulté d’accès à l’information et/ou aux services financiers et non financiers est d’autant plus grande que nous nous éloignons de l’axe Casablanca-Rabat. En plus, certaines lourdeurs administratives et habitudes sociétales continuent à plomber la volonté des femmes de se lancer dans l’entrepreneuriat, en particulier dans le monde rural.

Quels projets précis le BIT mène-t-il actuellement ?
Le BIT réalise actuellement au Maroc cinq projets de coopération technique concernant
les thématiques suivantes :
• La promotion du travail décent et
la territorialisation de la politique de l’emploi.
• La promotion de l’emploi des jeunes.
• La promotion des principes et des droits fondamentaux au travail dans le secteur agricole
au Maroc.
• L’amélioration de la gouvernance de la migration de la main-d’œuvre et la protection des droits des travailleurs migrants.
• Le renforcement de l’impact du commerce international sur l’emploi.