Jeter les ponts d’un partenariat culturel fructueux favorisant le rapprochement des deux nations est constamment placé en tête des priorités du Maroc, mais aussi de l’Espagne qui ne cesse de multiplier les actions en faveur du raffermissement de la coopération culturelle avec notre pays. Une coopération qualifiée d’«intense» et de «profonde» par le conseiller culturel de l'ambassade d'Espagne à Rabat, Pablo Sanz, qui a exposé dans un entretien accordé au «Matin» les différents aspects que revêt l’action culturelle espagnole au Maroc ainsi que sa portée sur les relations bilatérales. Il a souligné dans ce sens que les diverses activités culturelles déployées dans notre pays empruntent plusieurs canaux, que ce soit à travers l’ambassade de l’Espagne au Maroc et les ministères marocain de la Culture et des Affaires étrangères ou bien à travers les agents culturels de l’administration espagnole actifs au Maroc.

Pour lui, la collaboration culturelle entre le Maroc et l'Espagne est une valeur sûre pour les deux pays. «Je pense que le domaine culturel suit ses propres règles. La coopération culturelle a toujours été constante même pendant des périodes où il a pu y avoir des tensions politiques. Je pense que la culture est un bon vecteur pour rapprocher les deux sociétés, et c’est d’ailleurs l’objectif que l’on cherche à travers nos actions à l’ambassade», assure M. Sanz.

La diffusion de la langue et de la culture espagnoles représentent deux axes fondamentaux de l’action culturelle de l’Espagne au Maroc, mais pas les seuls. M. Sanz a tenu à préciser le caractère plus large de la coopération culturelle : «Il ne s’agit pas uniquement de promouvoir la langue et la culture espagnoles, mais aussi de renforcer la coopération bilatérale culturelle dans un sens plus large. Nous travaillons, par exemple, en collaboration avec les autorités marocaines, sur la lutte contre le trafic illicite des biens culturels, avec l’aide de l’Unesco». Mais l’archéologie, la littérature, la musique, les archives… sont également autant de champs qu’englobe cette coopération. «Nous tenons absolument à mettre l’accent sur les activités qui favorisent la création de liens entre l’Espagne et le Maroc», insiste le conseiller culturel. Pour mieux appréhender cette notion, M. Sanz cite l’exemple des musiciens qui ne se contentent pas de se produire au Maroc ou en Espagne lors des différents festivals ou autres manifestations musicales organisées de part et d’autre, mais vont être amenés à créer des fusions ou être accueillis en résidence pour justement tisser ou raffermir ces liens culturels.

«Par exemple, le projet Viento y Arena qui regroupe des artistes marocains et espagnols, sera couronnée par l’enregistrement d’un disque», fait savoir M. Sanz. Il s’agit en fait d’un projet de création musicale, fruit d’une résidence de 12 jours à Jaca et d’une semaine à Casablanca d’artistes du Maroc et d’Espagne, qui a été présenté en août 2017 au Festival espagnol En El Camino de Santiago avant d’être ensuite reproduit pour la première fois au Maroc lors de la 17e édition du festival L’Boulevard.

Interrogé sur les événements phares de l’année en cours, le conseiller culturel a cité l’exposition de la collection Banco de España qui sera abritée par le Musée Mohammed VI des arts contemporains : «Cette une exposition à laquelle nous collaborons, est co-organisée par la Fondation nationale des musées du Maroc et la Banque centrale d’Espagne qui possède une très belle collection d’œuvres d’art moderne et contemporain. Elle verra l’édition d’un très beau catalogue, financé par l’Agence espagnole de coopération internationale». Cet événement qu’il a qualifié de «majeur» sera organisé sous le thème «De Goya à nos jours : Regards sur la collection de Banco de España». «C’est la première fois qu’on pourra admirer au Maroc des tableaux de grands peintres tels que Goya, Sorolla, Zuloaga, Tapiès, Barceló, Saura… des peintres contemporains qui sont très cotés au niveau international», a-t-il souligné. Il ajoute que l’exposition sera composée de 80 œuvres et que c’est la première fois qu’une partie «aussi significative» sort de l’Espagne. «Nous sommes très contents que le Maroc soit le premier pays à accueillir cette collection grâce à la collaboration du Musée Mohammed VI d'art moderne et contemporain et de la Fondation nationale des musées du Maroc», s’est-il réjoui.

Un autre événement d’une grande importance figure également dans l’agenda culturel des deux pays. Il s’agit de l’année du Maroc en Espagne qui est en cours de préparation. «Nous planchons actuellement sur plusieurs expositions dans le cadre de la saison marocaine en Espagne, mais je ne peux pas en dire plus, car nous sommes toujours en phase de négociation du contenu de ces expositions. Mais ce que je peux dire, c’est que trois endroits très importants à Madrid ont été retenus pour abriter ces expositions qui mettront en exergue les parallélismes entre l’histoire des deux pays», a-t-il fait savoir.

Il faut par ailleurs souligner que la promotion de la culture espagnole est également portée par l’Institut Cervantes, dont le réseau a enregistré un développement important au cours des vingt dernières années. «Depuis 2 ou 3 ans, nous avons décidé de changer de stratégie. Nous avons lancé un nouveau plan pour passer d’une simple vitrine culturelle à un outil de diplomatie culturelle. Nous souhaitons ainsi devenir un véritable instrument de coopération culturelle avec le Maroc», signale Javier Galván Guijo, directeur de l’Institut Cervantès de Rabat. Il avance comme exemple de ce nouveau type de collaboration le Festival de flamenco qui en est cette année à sa deuxième édition et qui se tient ce mois d’octobre dans huit villes marocaines, en coopération avec le ministère de la Culture marocain, «le but final étant d’en faire un rendez-vous international, d'autant que le Maroc est un pays riche en festivals de grande renommée», souligne-t-il. Ceci à côté bien sûr des autres activités culturelles régulières et thématiques organisées mensuellement par l’institut, comme par exemple le mois de la femme, la semaine de la langue espagnole, le mois de l’amitié maroco-espagnole…

Javier Galván Guijo est d’ailleurs convaincu que l’Espagne peut constituer un véritable pont culturel entre l’Europe et le Maroc, d’un côté, et l’Amérique latine et le Maroc, de l’autre. C’est dans ce sens que l’Institut Cervantès a organisé trois éditions du Festival latino du cinéma et prépare une quatrième édition qui aura lieu en avril 2018.

«Ce festival réunit des films représentant les pays de l’Amérique latine, mais aussi la Guinée équatoriale, dont l’espagnol est la langue officielle. Par ailleurs, nous organisons régulièrement des événements culturels dédiés à ces pays-là. Par exemple, en janvier dernier, nous avons mis à l’honneur le Mexique et, en ce mois d’octobre, la Colombie», indique-t-il. L’institut s’intéresse également à l’Afrique subsaharienne et compte sur le Maroc pour l’accompagner dans son déploiement. «Le continent est notre prochain défi, nous allons lancer un plan Afrique et nous comptons sur la coopération du Maroc, de par la situation privilégiée qu’il occupe dans le continent», relève Javier Galván Guijo.