Venezuela

La procureure dissidente tient tête au Président Maduro

Avec Agences,LE MATIN
12 Juillet 2017
Luisa-Ortega-.jpg En mars 2017, la procureure dissidente Luisa Ortega dénonce une «rupture de l'ordre constitutionnel» après la décision de la Cour suprême de s'arroger les pouvoirs du Parlement, seule institution contrôlée par l'opposition.

La procureure dissidente Luisa Ortega, devenue le visage de la contestation au Venezuela et menacée d'un procès en destitution pour «faute grave», a défié mardi le Président Nicolas Maduro en affirmant qu'elle resterait «à son poste quoiqu'il arrive».

«J'entends fermement rester à mon poste pour défendre la démocratie (...) On m'a traitée comme si j'avais commis un délit», a déclaré la procureure dissidente Luisa Ortega, dans un entretien à la radio argentine Radio Con Vos, en parlant non plus d'un procès, mais d'une «persécution pénale». La Cour suprême (TSJ) s'apprête à décider, mercredi au plus tard, du sort de la procureure de 59 ans et pourrait décider de l'écarter de ses fonctions, ce qui risquerait d'amplifier les manifestations qui agitent le pays depuis plus de trois mois. La semaine dernière, cette avocate s'était déjà vue interdite de sortie du territoire par le TSJ, qui a également gelé ses comptes et ses avoirs. Réputée disciplinée et de caractère ferme, Mme Ortega a commencé à perdre foi dans le gouvernement socialiste en 2016, selon son époux.

Sa première prise de parole critique remonte au 31 mars 2017 : elle dénonce alors une «rupture de l'ordre constitutionnel» après la décision du TSJ de s'arroger les pouvoirs du Parlement, seule institution contrôlée par l'opposition. Perçue par son camp comme une «traîtresse», elle n'a cessé ces derniers mois de fustiger les dérives du gouvernement, contestant l'impartialité des magistrats du TSJ et critiquant l'armée, autre pilier du Président Nicolas Maduro, pour sa violence contre les manifestants. Le Parlement, qui l'avait accueillie debout et sous les applaudissements lors de son récent passage dans l'hémicycle, devait débattre mardi de cette procédure intentée contre la chef du Parquet national. Mais la séance a été suspendue, les députés de l'opposition dénonçant des «restrictions» imposées par les forces de l'ordre, sans plus de précisions. La décision de la Cour suprême est attendue alors que le pays sud-américain, dont l'économie a sombré avec la chute des cours du pétrole, vit une semaine décisive. Le camp de Maduro est en campagne électorale en vue de la désignation le 30 juillet des membres de l'Assemblée constituante. Celle-ci aura pour mission de refonder la Constitution. Ce projet d'Assemblée constituante est fermement rejeté par les antichavistes (du nom d'Hugo Chavez, Président de 1999 à sa mort en 2013), lesquels y voient une manière de contourner l'Assemblée nationale élue, et dominée depuis 2016 par l'opposition. En signe de contestation, celle-ci a prévu dimanche une consultation populaire symbolique sur cette Constituante, dans 1.600 bureaux de vote à travers le pays, et multiplie manifestations et blocages pour accroître la pression sur le gouvernement. Près de 70% des Vénézuéliens sont opposés à la Constituante et 80% dénoncent la gestion du chef de l'État.      





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