Les femmes et les jeunes, cœur battant de l’entrepreneuriat social

Abdelhakim Hamdane,LE MATIN
12 Juillet 2017
Les-femmes-et-les-jeunes.jpg Ph. Saouri

Les femmes et les jeunes étaient au centre d’une rencontre-débat organisée, vendredi dernier à Casablanca, dans le cadre de la deuxième édition de «Morocco Forum Today» (MTF), événement organisé à l’initiative du groupe «Le Matin».

«Femmes et jeunesse : vers une participation économique de qualité» a été le thème d’une conférence qui constituait, en fait, un panel parmi les trois tenus dans le cadre de MTF. Experts et responsables d’ONG ont animé ce panel qui, à l’image des deux autres, a suscité un intérêt particulier de la part des participants à MTF.
Le long des interventions et des débats, le focus a été mis sur la nécessité d’investir dans ces deux castes sociétales «importantes» dans les pays africains. L’intérêt coule de source puisque le continent abrite les 10 pays les plus jeunes au monde et où le concept de parité reste en deçà de ce qui prévaut sous d’autres cieux.
«La participation des femmes et des jeunes à la vie économique doit être plus qualitative. Pour ce faire, il y a nécessité de mettre en place un soutien actif et intégré de toutes les initiatives des jeunes et des femmes, il faut également renforcer les dispositifs mis en place pour que le potentiel économique de ces composantes de la société puisse être mis en exergue et puisse aller dans la prospérité et dans le développement de nos nations», a indiqué la Togolaise Candide Leguede, présidente de la Fédération des femmes entrepreneurs de la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest).

«Nous avons constaté un phénomène qui pourrait paraître étrange : plus le jeune est diplômé, moins il a des facilités à s’insérer dans le monde professionnel. Au niveau de l’université, cela reflète une image un peu ingrate», a, pour sa part, relevé Karima Ghazouani, présidente du Centre d’entrepreneuriat à l’Université Mohammed V de Rabat. Et d’ajouter : «La problématique de l’entrepreneuriat se pose avec acuité puisque dans la culture des jeunes, la promotion sociale consiste en le fonctionnariat ou le salariat. Depuis une quinzaine d’années, nous avons œuvré, en continu, pour changer ces schémas et de pousser les jeunes à intégrer dans leur esprit une option autre de carrière que le fonctionnariat et le salariat, à savoir l’entrepreneuriat et l’auto-emploi». L’intervenante n’a pas manqué de rappeler que son institution collabore étroitement avec l’ensemble des composantes du microcosme associatif, afin de sensibiliser les jeunes à l’entrepreneuriat.

«Nous commençons à récolter les fruits de cet investissement et ce lourd travail d’une douzaine d’années et, aujourd’hui, nous sommes en phase de valoriser cette ouverture à l’entrepreneuriat par de jeunes porteurs de projets, femmes et hommes, dans le domaine de l’auto-emploi, mais aussi d’autres jeunes qui s’engagent dans des projets d’entreprise, recrutent des salariés et ont des équipes importantes», a expliqué Karima Ghazouani. De son côté, Adnane Addioui, directeur d’Enactus Morocco, a estimé que parmi les problématiques recensées au Maroc, en particulier chez les jeunes, figure une sorte «d’attentisme général». «Tout le monde attend que quelqu’un fasse quelque chose à sa place», a-t-il indiqué, soulignant que pour remédier à cette situation, il est impératif de changer sa façon de réfléchir à sa responsabilité personnelle et à la gestion de son propre destin.
«Le Maroc a besoin de 400.000 à 600.000 emplois par an et la grosse question que personne ne se pose est relative à la manière et aux moyens avec lesquels nous allons créer ces emplois. D’où la nécessité de présenter l’entrepreneuriat social comme créateur de valeur ajoutée, contrairement à l’étiquette qui lui colle comme étant l’entrepreneuriat des pauvres, mais plutôt l’entrepreneuriat qui répond aux besoins d’une communauté», a martelé Adnane Addioui.

Pour sa part, Radia Laraki, représentante de l’ONG «We act for Africa» Maroc, a fait savoir que «les femmes sont très peu nombreuses dans l’entrepreneuriat, mais il semblerait qu’en Afrique, il est plus important qu’en Europe. Cela donne de l’espoir. Les femmes ont envie d’entreprendre, c’est une chose sûre. Elles ont des réticences, c’est certain, mais ce sont des réticences que l’on peut vaincre». Et d’ajouter : «Nous devons agir selon trois axes distincts, à savoir l’aide au financement qui représente le nerf de la guerre, donner à ces femmes la possibilité de créer leur entreprise, mais aussi renforcer leurs compétences et les accompagner». En ce qui concerne les jeunes, Radia Laraki a mis l’accent sur une situation qui veut que, au sein des familles, l’entrepreneuriat ne soit pas valorisé du fait que l’on encourage plus le jeune à faire des études pour occuper un poste de salarié. «Quand un jeune veut prendre l’initiative d’entreprendre, l’environnement familial ne se montre pas encourageant et, au lieu de le soutenir, l’on a plutôt tendance à l’en dissuader», a-t-elle souligné.

Durant son intervention, Ahmed Nejmeddine, président de l’Université Hassan Ier de Settat, a mis l’accent sur l’opportunité qu’offre le tissu associatif actif dans l’entrepreneuriat social qui est «très développé» au Maroc, ainsi que les programmes nationaux, régionaux et locaux.
«Il est impératif que tous les acteurs, les structures et les intervenants dans le domaine de l’entrepreneuriat social travaillent en synergie et qu’on les unisse dans une sorte de fédération, afin de mieux s’organiser et de trouver des solutions de financement.
Je recommanderai également que l’on puisse mettre en place des Assises de l’entrepreneuriat social afin de réunir tous les acteurs dans ce domaine», a-t-il indiqué. Et de préciser : «L’Université pourra assurer une formation en adéquation avec les besoins du marché du travail et elle tend la main à tous les acteurs, les industriels et les opérateurs économiques pour travailler main dans la main».





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