Le coup de sifflet final de l’arbitre camerounais Sidi Alioum Neant a permis d’exorciser les peurs marocaines et de tourner la page de traumatisme d'une «élimination au premier tour» comme c’était le cas depuis 12 ans. Le héros du match, Rachid Alioui, a chassé une fois pour toutes le doute dans les esprits marocains. Les larmes chaudes versées par Mbark Boussoufa quand le Maroc a ouvert le score en disent long sur l’envie et la détermination qui animent les joueurs. Karim El Ahmadi, au micro du «Matin», a quant à lui vanté le «le fighting spirit» des joueurs de l’équipe nationale.
Cet esprit de combativité qui fait qu'ils ne lâchent rien jusqu’au coup de sifflet final. Hervé Renard a su trouver les mots justes pour rameuter ses troupes et les pousser à tout donner sur le terrain. Il a toujours réitéré l’importance qu’il accorde à la préparation mentale. Force est de constater qu’il avait raison. Car ce même groupe, ou du moins dans sa majorité, avait vécu échec sur échec depuis plusieurs années, sans pour autant pouvoir se relever. Face à la Côte d’Ivoire, mardi à Oyem, tout le monde a vu une prestation digne de guerriers, avec beaucoup de solidité et de solidarité face au champion en titre, rentré bredouille à Abidjan.
Pour revenir sur l’approche adoptée avant les matchs, on peut dire que l’équipe nationale a vécu trois scénarii différents, d’où elle a su tirer profit à chaque fois. Elle a entamé la compétition sur un pied d’égalité avec ses concurrents dans le groupe C, perdant face à la RD Congo une rencontre qu’elle avait pourtant largement dominée. Dos au mur, les Lions de l’Atlas ont plongé encore plus dans le doute, en encaissant le but éclair du Togo. C’est grâce à la force du mental et au courage que les coéquipiers de Mehdi Benatia ont pu renverser la vapeur, pour remporter ce duel et se repositionner dans la course pour la qualification.
Enfin, la sélection était en position de léger avantage avant de disputer le match-couperet face à la Côte d’Ivoire. Bien meilleurs techniquement, les Éléphants devaient naturellement prendre les devants et tenter de marquer pour gagner. Les hommes de Renard ont su exploiter à merveille cette donne, pour frustrer les coéquipiers de Salomon Kalou, incapables, à quelques exceptions près, d’inquiéter la défense marocaine. Le but de Rachid Alioui a été la cerise sur le gâteau et a repositionné le Maroc dans le club des équipes les plus respectées de ce tournoi. Désormais, c’est un autre tournoi qui commence. À partir des quarts de finale, la CAN est une somme de matchs-couperets où le jeu importe peu et où seule la victoire compte, pour avancer dans la compétition. À ce jeu-là, le mental tient une part prépondérante, aux côtés du physique et de la tactique. Des facteurs où les Lions de l’Atlas n’ont certes pas encore excellé. Cependant, le cerveau, les jambes et le cœur, qui sont ô combien importants, sont présents dans ce groupe, qui associe la sagesse d’un El Ahmadi, la solidité d’un Munir, l’expérience d’un Boussoufa et la fougue d’un Alioui. Le tout bien combiné grâce à la secrète alchimie et la ruse d’Hervé Renard. Le rêve est plus que jamais permis
Déclarations
Hervé Renard, sélectionneur du Maroc
«Mes joueurs ne sont pas des vendeurs de cacahuètes !»
«J’aimerais dire aux journalistes ivoiriens que quand on arrive dans une salle de conférence de presse, ce n’est pas un tribunal.» Dès le début du point de presse d’après-match, il était clair que Hervé Renard était là pour en découdre avec les critiques et le scepticisme qui avaient précédé la venue des Lions de l’Atlas au Gabon. «Vous avez un entraineur, Michel Dussuyer, qui est remarquable. Il y a une génération qui est partie. Certes, l’objectif de la Côte d’Ivoire n’était pas d’être éliminée au premier tour, mais seul le résultat vous fait dire des choses qui dépassent vos pensées. S’il vous plaît, ayez un peu de décence par rapport aux entraineurs !» Le moins que l’on puisse dire est que le sélectionneur du Maroc est remonté. Et pas seulement contre la presse ivoirienne. Le double champion d’Afrique a aussi réservé quelques mots aux gens qui l’ont critiqué, de même qu'aux joueurs, au Maroc. «Nous aussi, on s’est fait descendre au Maroc. Un ancien international a traité les joueurs de vendeurs de cacahuètes, mais je me demande ce qu’il a fait dans sa carrière. D’anciens sélectionneurs ont critiqué l’équipe nationale. Mais qu’ils fassent leur travail convenablement là où ils sont d’abord. Ce qui me contrarie dans le football aujourd’hui, c’est que tout le monde a la solution. Alors oui, je suis vainqueur ce soir, mais j’attendais cette victoire pour faire ce cri, parce que j’ai subi la même chose à Lille, sans même me laisser de temps.»
Patrice Beaumelle, entraîneur adjoint
«Quand je vois les garçons faire la fête dans les vestiaires, ça n’a pas de prix»
Interpellé par le «Matin», son assistant Patrice Beaumelle, a fait preuve d’un peu plus de retenue. «Je pense que les critiques et le scepticisme font malheureusement partie du jeu, a-t-il rétorqué.
Ce soir, on est du côté des vainqueurs, puisqu’on est qualifiés. Dans la vie d’un coach, il y a des hauts et des bas. Ça a été dur pour nous à Lille, par exemple, où on s’est fait renvoyer, mais ça fait toujours grandir. Personnellement, je regarde droit devant.
C’est ma cinquième CAN et on a rallié les quarts de finale à 4 reprises, donc je savoure et on se donne le droit de rêver. Les critiques font en sorte que je savoure encore mieux les victoires, parce qu’il n’y a que ça de beau. Quand je vois les garçons faire la fête dans les vestiaires, ça n’a pas de prix.»
Propos recueillis par A.E.A.
