GéoPolis

Déclarations de Rex Tillerson

Mer de Chine : Probable regain de tension entre Pékin et Washington

author LE MATIN

La relation entre les États-Unis d’Amérique et la Chine a toujours été marquée, à travers l’histoire, par des moments de tension plus au moins graves. La situation en Mer de Chine représente notamment un dossier géopolitique assez compliqué et complexe entre les deux puissances. En ce début du mandat Trump et de son équipe, il y a lieu de s’interroger sur l’avenir des relations sino-américaines !

Lors de l’audience organisée mercredi 11 janvier, devant la commission des Affaires étrangères du Sénat américain, Rex Tillerson, futur secrétaire d’État américain, a préconisé d’interdire au gouvernement de Xi Jinping l’accès à certains îlots contrôlés par Pékin en mer de Chine du Sud : «Nous allons devoir envoyer un signal clair à la Chine, pour lui signifier que les constructions sur les îles [contestées] doivent cesser, et que [son] accès à ces îles ne sera plus permis». Le contrôle de l’accès à cette zone maritime par la Chine serait selon lui une menace contre «l’ensemble de l’économie mondiale». L’ancien PDG d’Exxon Mobil qualifie la situation d’«extrêmement inquiétante». Il n’a pas hésité à comparer la construction qu’il juge «illégale» et la militarisation de ces îles artificielles par Pékin à «l’annexion de la Crimée par la Russie».

Ce n’est pas la première fois que les États-Unis s’intéressent à ce qui se passe en Mer de Chine, mais sans jamais franchir les lignes rouges. À l’élection de G.W. Bush, en janvier 2001, un rapport fut produit à son attention par un groupe de travail indépendant sous l’égide du Conseil des Relations étrangères américain. Ce rapport comprenait une des recommandations concernant la politique que les États-Unis devaient mener en Asie du Sud-Est. Concernant les ambitions de la Chine en Asie, les auteurs du rapport suggéraient de porter dessus une attention particulière tout en évitant toute confrontation directe avec cette dernière. Barack Obama à son tour s’est intéressé à la stratégie chinoise en Asie.

Un incident qui s’est produit en mars 2009 révélait la méfiance caractérisant les relations entre la Chine et les États-Unis en Mer de Chine. Il s’agit de l’incident opposant Chinois et Américains au sujet du navire océanographique «Impeccable». CNN rapportait que le navire fut «cerné agressivement par cinq navires chinois dans le but apparent de harceler ce dernier alors qu’il effectuait des mesures de routine dans les eaux internationales». Sauf que l’incident a eu lieu à 75 milles marins au sud de l’île chinoise de Hainan, donc à l’intérieur de la zone économique exclusive de la Chine. D’autant plus que la Convention des Nations unies sur la loi maritime de 1982 ne fait pas mention d’«eaux internationales». Elle parle successivement de «Mer territoriale», de «Zone contiguë» et de «Zone économique exclusive», puis de «Haute mer», mais pas d’«eaux internationales», comme précisé par CNN.

L’administration Trump changera-t-elle la donne ?

Sous la présidence Trump, tout laisse à entendre qu’il ne s’agira point d’incident autour d'un navire océanographique, mais d’une attitude agressive qui pourrait monter crescendo. Le monde serait-il face à la naissance d’un nouveau rapport de force, puisque c’est la première fois que les États-Unis avancent si loin dans une ligne dure à l’encontre de la Chine ? Des propos tels que «Nous allons devoir envoyer à la Chine un message clair (…) Primo, la construction d’îles, c’est fini, et secundo, votre accès à ces îles ne sera également plus autorisé», ou encore, «montrer notre soutien à nos alliés traditionnels en Asie du Sud-Est» ne manqueront pas d’exaspérer les dirigeants chinois. C’est d’ailleurs l’une des craintes formulées par la presse chinoise au lendemain de l’audition de Rex Tillerson.

Sur la question relative à la «politique de la Chine unique», Tillerson a répondu : «Je n’ai connaissance d’aucun plan pour changer notre position sur le principe d’une seule Chine». Contrairement à Donald Trump, qui a affirmé la même semaine que «tout était sur la table, y compris la politique de la Chine unique», laissant entendre qu’il pourrait discuter directement avec Taipei, rompant avec l’usage diplomatique en vigueur depuis 1979, et a rappelé, selon l’AFP, que les États-Unis avaient conclu en 2015 une transaction avec Taipei de «2 milliards de dollars d’équipement militaire dernier cri».
La future administration Trump occulterait-elle le fait qu’elle s’attaque à une question d’intégrité territoriale chinoise ? Ne serait-elle pas au fait de la loi édictée par la Chine en 1992 sur ses eaux territoriales, selon laquelle elle s’appropriait officiellement et unilatéralement les deux archipels mentionnés précédemment, dont elle a fait, au même titre que le Tibet et Taïwan, une question nationale ?

La Chine riposte

Les réactions de Pékin ne se sont pas fait attendre. Le ministère chinois des Affaires étrangères a été très explicite dans son communiqué du 15 janvier dernier : «Il n’y a dans le monde qu’une seule Chine, Taïwan est une région inaliénable du territoire chinois, et le gouvernement de la République populaire est le seul gouvernement légitime de Chine». Le texte précise aussi que : «Le principe d’une Chine unique est le fondement politique des relations sino-américaines, il n’est pas sujet à négociation». Quant à la volonté d'interdire à Pékin l’accès aux îlots qu’il contrôle en Mer de Chine méridionale, le journal «Global Times» a jugé l’idée «insensée», à moins que l’objectif soit une «guerre à grande échelle» entre les États-Unis et la Chine, ce que le «China Daily» envisage sous forme d’une «confrontation dévastatrice».

De quoi parle-t-on au juste ?

Il s’agit d’enjeux frontaliers en Mer de Chine méridionale, une mer fermée à 90% et que les Chinois considèrent comme leur «mer intérieure». Cependant, ces eaux comprennent quatre principaux archipels, dont les archipels des Paracels et des Spratleys qui font l’objet de très vives tensions, de discours nationalistes et d’importants enjeux économiques. Et comme tous les archipels, ils ont une dimension géostratégique capitale. Ces archipels constituent aussi un enjeu économique lié à la délimitation de la Zone économique exclusive, aux ressources halieutiques et aux réserves en hydrocarbures supposées.
L’enjeu est aussi géopolitique, puisque l’archipel des Paracels est revendiqué à la fois par le Vietnam, la Chine et Taïwan. Quant à l’archipel des Spratleys, pas moins de six pays le revendiquent, en totalité pour ce qui est de la Chine, mais aussi le Vietnam, Taïwan, les Philippines, la Malaisie et le Brunei.
Mais la rivalité est plus intense entre deux principaux acteurs : La Chine et le Vietnam, qui tous deux fondent leurs revendications sur des arguments historiques. Cette zone est donc considérée comme un des huit points chauds du monde susceptibles de provoquer une guerre.

Ce que nous remarquons, c’est qu’il y a un avant et un après campagne des présidentielles américaines. Si au début, Trump a dirigé des critiques acerbes à Hillary Clinton pour sa politique étrangère belligérante et a montré un certain désengagement vis-à-vis du continent asiatique, après son élection et à travers ses propos et ceux de son futur chef de la diplomatie, il semblerait que le 45e Président des États-Unis veuille précipiter son pays dans une confrontation directe avec la Chine. Tout porte à croire que sur la base de la politique du «Great again», pour la future administration américaine, s’il faut une guerre pour ralentir l’expansion géo-économique et géopolitique de la Chine et sacrifier une des régions les plus prospères au monde, why not ? 


Deux archipels et plusieurs protagonistes

L’archipel des Paracels s’étendant sur 15.000 km², il comprend une quinzaine d’îlots ainsi qu’un grand nombre d’atolls et de récifs et se situe à environ 350 km à l’est du Vietnam. Cet archipel est revendiqué à la fois par le Vietnam, la Chine et Taïwan. En janvier 1974, la Chine est installé de façon essentiellement militaire sur les Paracels. L’archipel des Spratly se trouve plus au sud, il s’étendent sur plus de 160 000 km2 et compte dans les 190 à 600 îlots et récifs. L’archipel des Spratleys est revendiqué par pas moins de six pays la Chine, du Vietnam et de Taïwan et en partie pour les Philippines, la Malaisie et Brunei. Quelques-uns de ces îlots sont occupés, en 2011 le Vietnam en occupait 27, les Philippines en occupait, la Chine en occupait 9, la Malaisie 3 et Taïwan 1.


Rappel historique

La Chine a commencé à manifester son intérêt pour la zone dès 1968, lorsque les premiers sondages ont montré sa richesse exceptionnelle en matière de ressources énergétiques. En 1974, au prétexte que Saigon avait attribué des autorisations de prospection pétrolière à des compagnies occidentales, la Chine agresse le Viêtnam qui perd le contrôle des îles Paracels. En 1977, les Philippines cherchent sans succès à s’approprier la partie des îles Spratleys occupée par Taïwan, et dès 1978 la République populaire de Chine reprend la plupart de ces îles et en profite pour annexer quelques îlots voisins contrôlés par le Viêtnam. En 1984, nouvel affrontement entre la Chine et le Viêtnam pour la possession des récifs de Johnson aux Spratleys, des navires de transport vietnamiens sont détruits faisant plusieurs victimes parmi les marins. À partir de 1991, malgré la reprise des relations diplomatiques, qui va notamment permettre la mise en place de forages pétroliers autour des Spratleys, l’affrontement se poursuit au niveau diplomatique.
Au début de 1995, les Philippines protestent officiellement après la découverte d’installations militaires chinoises sur les récifs Mischief dans les Spratleys. L’ASEAN (Association of South East Asia Nations) est alors officiellement mandatée pour servir d’intermédiaire entre les différents protagonistes.
Enfin, depuis 1998, les Spratleys sont identifiées comme l’un des huit points chauds du monde susceptibles de conduire à une guerre. Depuis le début du XXIe siècle, la tension s’est apaisée, notamment en ce qui concerne les îles Spratleys. La Chine s’est rapprochée de l’ASEAN pour aboutir à un accord en mars 2002, puis en novembre de la même année, les 10 pays concernés ont adopté une «Déclaration sur la conduite des parties en Mer de Chine méridionale». Toutefois, à la fin de la première décennie, les revendications chinoises ont connu un renouveau de vigueur avec le renforcement et la multiplication des constructions sur les récifs inhabités.
(Source : www.ifmer.org)


Réaction modérée de Pékin après les menaces de Rex Tillerson

Pékin faisait le dos rond jeudi après les attaques du secrétaire d'Etat américain nommé par Donald Trump, Rex Tillerson, qui a menacé d'interdire au géant asiatique l'accès à des îlots disputés de mer de Chine du sud - ce qui supposerait un blocus inédit.
L'ex-PDG d'ExxonMobil, dont M. Trump veut faire le chef de la diplomatie américaine, a multiplié mercredi les piques contre la Chine lors d'une audition devant la commission des Affaires étrangères du Sénat.
«Nous allons devoir envoyer un signal clair à la Chine, pour lui signifier que les constructions sur les îles (contestées) doivent cesser, et que (son) accès à ces îles ne sera plus permis», a-t-il lancé.
Cette menace inédite n'a cependant suscité qu'une réaction modérée : la Chine «a parfaitement le droit» de mener des activités dans la région, a simplement répliqué Lu Kang, porte-parole de la diplomatie chinoise.
Pékin revendique la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, zone réputée riche en hydrocarbures et route maritime majeure, mais où des nations riveraines (Philippines, Vietnam, Brunei, Malaisie) ont des prétentions rivales.
Pour affirmer sa souveraineté, la Chine y mène des travaux de «remblaiement» pour agrandir îlots et récifs, avant d'y construire des installations portuaires, phares, pistes d'atterrissage ou infrastructures militaires, selon le Pentagone.
«Construire des îles (artificielles) et ensuite y installer des équipements militaires, c'est la même chose que la prise de la Crimée par la Russie», a estimé M. Tillerson.
«Ils s'emparent de territoires et les contrôlent (...), des territoires qui n'appartiennent pas en justice à la Chine», a insisté le secrétaire d'Etat pressenti. «C'est une menace pour l'ensemble de l'économie, si la Chine est capable d'imposer ses volontés sur le passage à travers ces eaux».
Du côté chinois, on préfère mettre en avant l'apaisement relatif des derniers mois.
Un verdict retentissant de la Cour internationale d'arbitrage avait rejeté en juillet, sur saisie de Manille, les prétentions chinoises en mer de Chine méridionale.
Mais le nouveau Président philippin Rodrigo Duterte, élu peu avant la sentence, n'a montré aucune intention d'y donner suite, et s'est au contraire rendu en Chine pour illustrer sa préférence pour le «dialogue» - à la grande satisfaction de Pékin.
«La situation en mer de Chine méridionale s'est apaisée. Nous espérons que les pays extérieurs à la région pourront respecter le consensus que (cet apaisement) est dans l'intérêt fondamental du monde entier», a souligné Lu Kang.
Les remarques de M. Tillerson interviennent toutefois dans un contexte de tensions accrues entre le régime communiste et Donald Trump, alimentées par les attaques répétées du milliardaire sur le niveau du yuan et son projet de pénalités douanières.
Le Président élu américain, après un échange téléphonique avec la Présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, avait par ailleurs laissé entendre courant décembre qu'il ne se sentait pas lié par le principe d'une Chine unique, suscitant l'inquiétude de Pékin.
Les Etats-Unis doivent affirmer à Taipei qu'ils n'abandonneront pas leur engagement à défendre l'île militairement, a martelé M. Tillerson, tout en ajoutant prudemment n'être pas informé d'un quelconque abandon de «la politique de la Chine unique». AFP

Bouchra Rahmouni Benhida
Professeur à l’Université Hassan Ier, elle est aussi visiting professor aux USA, en France et au Liban. Ses travaux de recherche lui ont permis d’intervenir dans des forums mondiaux et des special topics dans des institutions prestigieuses à Hong Kong, en France, au Liban, aux Emirats arabes unis et en Suisse. Elle compte à son actif plusieurs ouvrages : «L’Afrique des nouvelles convoitises», Editions Ellipses, Paris, octobre 2011, « Femme et entrepreneur, c’est possible», Editions Pearson, Paris, novembre 2012, « Géopolitique de la Méditerranée », Editions PUF, avril 2013, «Le basculement du monde : poids et diversité des nouveaux émergents», éditions l’Harmattan, novembre 2013 et de « Géopolitique de la condition féminine », Editions PUF, février 2014. Elle a dirigé, l’ouvrage «Maroc stratégique : Ruptures et permanence d’un Royaume», éditions Descartes, Paris, 2013.

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