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Syrte délivrée, mais encore ?

author LE MATIN

Syrte délivrée, mais encore ?

Bouchra Rahmouni Benhida Professeur à l’Université Hassan Ier, elle est aussi visiting professor aux USA, en France et au Liban. Ses travaux de recherche lui ont permis d’intervenir dans des forums mondiaux et des special topics dans des institutions prestigieuses à Hong Kong, en France, au Liban, aux Emirats arabes unis et en Suisse. Elle compte à son actif plusieurs ouvrages : «L’Afrique des nouvelles convoitises», Editions Ellipses, Paris, octobre 2011, « Femme et entrepreneur, c’est possible», Editions Pearson, Paris, novembre 2012, « Géopolitique de la Méditerranée », Editions PUF, avril 2013, «Le basculement du monde : poids et diversité des nouveaux émergents», éditions l’Harmattan, novembre 2013 et de « Géopolitique de la condition féminine », Editions PUF, février 2014. Elle a dirigé, l’ouvrage «Maroc stratégique : Ruptures et permanence d’un Royaume», éditions Descartes, Paris, 2013.

En juin 2015, le groupe Daesh s'était emparé de Syrte.  Après l'Irak et la Syrie, l’État islamique prenait position en Libye, profitant du chaos sur place engendré par l'absence d’État après la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. La menace se propageait en Afrique du Nord et n'était distante que de quelques miles marins de l’Europe.

Depuis six ans, le pays est déchiré par les rivalités entre les milices et entre les dizaines de tribus qui constituent le principal pilier de la société libyenne. Les deux principaux rivaux restent, tout de même, d’un côté, le Gouvernement d'union nationale (GNA) basé à Tripoli et reconnu par la communauté internationale ; de l'autre côté, une autorité rivale installée dans l'Est qui contrôle une vaste partie de cette région dite de Cyrénaïque. Il convient de rappeler que la Tripolitaine à l’ouest et la Cyrénaïque à l'est symbolisent la partition de la Libye.

Il y a moins d’un mois, le Chef du Gouvernement libyen d'union nationale, Fayez al-Sarraj, avait annoncé officiellement que la ville de Syrte, ancien fief libyen du groupe Daesh, avait été libérée des mains des djihadistes. Néanmoins, et malgré le soutien de la Communauté internationale au Gouvernement d’union nationale, ce dernier dispose d’une marge de manœuvre réduite.

Le chef du GNA reste notamment contesté par le chef militaire des autorités parallèles basées dans l'est du pays, le maréchal Khalifa Haftar, bras armé du Parlement basé à Tobrouk, opposé au gouvernement d’union. Dans le courant du mois de décembre dernier, des affrontements ont opposé, aux abords du croissant pétrolier, les milices de l’est favorables au gouvernement d’El Sarraj et l’Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par le maréchal Khalifa Haftar. Il convient de souligner à ce niveau que les deux principales forces militaires qui étaient sur le terrain et qui ont chassé le groupe Daesh de Syrte sont les groupes armés de Misrata, à l’ouest de la Libye, très proches du GNA et de l’ANL. Cette dernière, sous le lead du Maréchal Haftar, mène depuis plus de deux ans des combats contre les groupes djihadistes dans la partie orientale du pays.

Libérer Syrte ne signifie pas dire éradiquer la menace terroriste, puisque des experts font état de la présence de plusieurs cellules de Daesh dans le Sud, mais aussi à l'Est et à l'Ouest, y compris dans la capitale Tripoli. Ces dernières peuvent profiter de l’escalade de la tension entre l’ANL et le GNA pour renforcer, de nouveau, leur présence et leur positionnement en Libye.

Bien que pour nombre d’observateurs, remettre de l’ordre dans la situation chaotique qui prévaut en Libye relèverait du miracle, il est urgent que les acteurs politico-militaires libyens engagés dans une interminable bataille pour le pouvoir trouvent un compromis. Au-delà de la Libye, c’est toute la sécurité de la région euro-méditerranéenne qui est en jeu, puisque le groupe Daesh a enjambé le bassin méditerranéen.

En août 2016, le quotidien «Corriere Della Sera» rapportait que les autorités libyennes avaient prévenu Rome de l'existence présumée d'un groupe de djihadistes actif près de Milan et relié à un commandant de Daesh. Par conséquent, la communauté européenne doit prêter davantage attention au destin de la Libye. Quant aux dirigeants libyens, ils se trouvent à l’heure des choix. Il leur appartient de saisir l’opportunité qui leur est offerte pour forger une nation et unir leurs forces afin de combattre et d’éradiquer la menace terroriste en Libye et s’ériger en acteur clé dans la lutte antiterroriste dans la région. Mais encore faut-il que les leaders libyens soient à la hauteur des défis, que les égoïsmes dans le pays et dans la région soient mis de côté.


La Libye, une histoire, une géographie et une notion de l’État récente

À 90% désertique, la Libye s’étend sur un territoire très vaste (1.759.540 km²) et sous-peuplé. Elle compte 1.770 kilomètres de côtes ouvertes sur la mer Méditerranée. Avec ses 4.348 kilomètres de frontières terrestres, ce pays est voisin avec l’Égypte, le Soudan, le Tchad, le Niger, l’Algérie et la Tunisie. La Libye se subdivise en plusieurs régions nettement distinctes. Au Nord-Ouest, la Tripolitaine, où se trouve Tripoli, est très anciennement liée au Maghreb. Au Sud-Ouest se trouve le Fezzan, vaste zone de transit vers le Sahel. La Cyrénaïque, qui occupe toute la partie orientale du pays. La ville principale y est Benghazi, ex-capitale politique sous la monarchie. Elle commande le Nord-Est, qui comprend plusieurs villes, dont Tobrouk. Le désert de Syrte, riche en hydrocarbures, forme une frontière «naturelle» large de 500 kilomètres qui sépare la Tripolitaine de la Cyrénaïque.

Depuis toujours, la situation de ce large carrefour stratégique riche en eau souterraine et en pétrole est, incontestablement, ce qui contribue le plus à fonder la perception de valeur du territoire libyen. Ce pays est situé à la charnière du Maghreb et du Machrek et sur une voie de passage entre l’Europe et l’Afrique. Dès l’antiquité, il constitua un pôle actif du commerce intra-méditerranéen. Durant les temps longs de l’histoire, la Libye n’a pas manqué de jouer le rôle d’un des verrous de l’espace méditerranéen, puisque son contrôle représenta constamment un enjeu de sécurité. Par ailleurs, aujourd’hui, les voies transsahariennes constituent un point de passage important de l’émigration clandestine de l’Afrique subsaharienne vers l’Europe. La Libye peut prétendre jouer, à nouveau, le rôle de garde-frontière de l’espace européen. Malgré cette profondeur historique, aucune construction politique autochtone unitaire durable ne précéda l’État libyen, né en 1951.

GNA/États-Unis vs ANL/Russie

L’appui des forces américaines aux soldats du Gouvernement d’union nationale (GNA) a pris officiellement fin après la prise de la ville de Syrte des mains de Daesh, ont indiqué des responsables américains. «L’opération a été un succès» et a permis de repousser les djihadistes, a indiqué le centre de commandement qui gère la région Afrique. «Nous sommes fiers d'avoir soutenu cette campagne pour éliminer l'EI de la seule ville qu'il contrôlait en dehors de l'Irak et de la Syrie», a ajouté Peter Cook, porte-parole du Pentagone. Profitant du chaos dans lequel est plongé le pays depuis qu'une révolte a chassé du pouvoir en 2011 l’ex-guide Mouammar Kadhafi, entre 5.000 ou 7.000 djihadistes se sont implantés dans le pays.
Les États-Unis ont ouvert en Libye un nouveau front dans leur guerre contre le groupe État islamique (EI) en lançant, à la demande du gouvernement d'union nationale (GNA), des raids aériens contre des cibles djihadistes à Syrte, à 450 km à l'est de Tripoli. L’ANL, quant à elle, disposerait du soutien de la Russie comme le laisserait entendre les déclarations du maréchal Khalifa Haftar, suite à la rencontre avec le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, pour échanger sur la «position de la Libye sur le sujet de l’armement» : «La Russie, en tant que grande puissance, se rend compte du cours réel des choses, elle comprend l’injustice des sanctions qu’on nous a imposées». Le lendemain de cette rencontre, Haftar avait une entrevue avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Interrogé sur le rôle de la Russie en Libye, Khalifa Haftar a affirmé qu’il «se trouvait au niveau des défis qu’elle (la Russie) relevait» en défendant «les droits de la Libye aux Nations unies».

L’accord de Skhirat : retour sur un accord historique

L’accord politique d'union nationale paraphé à Skhirat a été négocié dans le cadre du dialogue politique sous l'égide de la Mission d'appui des Nations unies en Libye (Manul). Après une période de divisions politiques et de conflits, et bien que les faits balisent la voie difficile d'un retour de la sécurité et de la souveraineté dans ce pays qui est travaillé par des forces centrifuges, la Libye a besoin de toute urgence d’une remise en état de marche de l’appareil d’État, du maintien de l’unité territoriale et de la mise en place d’un État impartial, efficace et exempt de toute corruption. Un État doté d’une police capable de faire face à la montée de la criminalité de droit commun. Un pareil accord politique permettra à la Libye de s’engager dans un processus de refondation de l’État avec toutes les incertitudes relativement à son avenir en tant qu’entité souveraine. Néanmoins, cet accord acte la réactivation de la transition politique par la mise en place d’un ensemble d'institutions légitimes dans un cadre empreint de sécurité, de stabilité et surtout d’unité. Skhirat a pu réunir un large éventail de la société libyenne, telle une importante délégation de la Chambre des représentants de Tobrouk et du Congrès national général de Tripoli, ainsi que des personnalités importantes des partis politiques libyens, de la société civile, des municipalités et des groupes représentant les femmes. Encore une fois, cet accord n’est que le début d'un processus difficile qui devrait permettre de parachever la réconciliation nationale avec la nécessité impérative d’intégrer les Libyens du Sud et de l’Est et de lancer un dialogue inclusif sur la sécurité nationale. Cette dernière demeure une problématique essentielle, étant donné la situation humanitaire dramatique à Benghazi et la menace de plus en plus grandissante du terrorisme.

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