Malgré les efforts consentis dans le domaine du traitement des déchets médicaux et pharmaceutiques (DMP) et l’adoption par le Maroc d’un cadre juridique approprié pour mieux réguler le secteur, la situation dans certaines régions est de plus en plus inquiétante. En effet, si la majorité des Centres hospitaliers universitaires (CHU) sont dotés d’unités de traitement de ces déchets, certains centres de santé et cliniques n’arrivent toujours pas à trouver les bons moyens pour se débarrasser de ces DMP souvent dangereux pour l’environnement.
Une simple visite au niveau de la décharge de la ville de Settat suffit pour se rendre compte du danger qui guette les habitants de la ville. Des poches de sang, des seringues utilisées et des déchets médicaux divers se mélangent aux déchets ménagers sans aucun traitement. Se trouvant à proximité de terrains agricoles, la décharge est visitée au quotidien par plusieurs chiffonniers en quête de produits réutilisables ainsi que par des troupeaux d’animaux domestiques, ce qui les met en contact direct avec des produits à haut risque. Face à cette situation malsaine, un groupement de jeunes spécialistes des questions environnementales a choisi de ne pas rester les bras croisés. Ces jeunes ont ainsi décidé de mettre en place une unité de traitement des déchets hospitaliers de la ville. Le nouveau projet, DMP Services, prévu au niveau du parc industriel Settapark, est motivé par le manque constaté en matière de gestion des déchets des activités de soin dans la région de Casablanca-Settat et au Maroc en général. Selon les porteurs du projet, «seulement quatre entreprises privées œuvrent dans le secteur actuellement».
Ce nombre reste insuffisant, vu la quantité de déchets produite et vu l’étendue géographique du pays», précise Hicham El Youfi, gérant du projet. Adoptant un procédé de désinfection par vapeur, qui broie puis stérilise par vapeur d’eau les déchets médicaux et pharmaceutiques, DMP Services a opté pour le même système mis en place par le ministère de la Santé au niveau de certains CHU. Le procédé en question, permettant une opération de broyage et de stérilisation dans une même enceinte fermée et compacte, est le même adopté au niveau international. En effet, selon plusieurs spécialistes en la matière, «dans de telles conditions thermiques, aucun micro-organisme pathogène ne résiste».
Avec des équipements à même de traiter quelque 640 kg de DMP par 8 heures de travail, DMP Services vise tous les déchets en provenance des salles de soins des patients, d'unités d'hémodialyse, de blocs opératoires, de salles de traitement, de salle d'autopsie, de pathologie clinique et de laboratoires de recherche. Toutefois, les responsables du projet assurent que le traitement de certains des déchets collectés sera confié à des organismes agréés, notamment en ce qui concerne des médicaments et des produits chimiques et biologiques non utilisés, avariés ou périmés, ainsi que les déchets cytostatiques et cytotoxiques. La ville de Settat n’est pas la seule à avoir besoin d’une unité de traitement de DMP. En effet, des reportages et des enquêtes journalistiques ont démontré à plusieurs reprises que la gestion de ces déchets ne répond toujours pas aux objectifs fixés par le gouvernement et aux attentes des citoyens.
Une enquête effectuée par des journalistes de la chaîne nationale, en 2015 dans le cadre de l’émission «45 minutes», avait mis en évidence des déchets entreposés arbitrairement, de manière anarchique et toutes catégories confondues, au niveau de la décharge de la ville d’Oujda. Ces agissements sont souvent expliqués, par les défenseurs de l’environnement, par le manque d’unités de traitement ainsi que par l’absence d’un cadre juridique prévoyant des sanctions à l’encontre des entités polluantes.