Sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme organise, les 13 et 14 octobre, les premières assises nationales de l’alphabétisation sous le thème «L’alphabétisation : équité, engagement et partenariat». Ce grand événement, qui coïncide avec la célébration de la Journée nationale d’alphabétisation (le 13 octobre de chaque année), s’inscrit dans le cadre de la mobilisation générale de tous les acteurs et intervenants pour renforcer l’engagement national autour de la question de l’analphabétisme et fédérer les efforts des différentes parties prenantes afin d’atteindre l’objectif fixé, à savoir la réduction du taux d’analphabétisme à moins de 10% à l’horizon de 2026.
Il faut dire que le phénomène de l'illettrisme à la peau dure. En effet, bien qu’une Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme ait été mise en place en 2013 et qu’une vision stratégique ait été élaborée, le Royaume peine toujours à éradiquer l’analphabétisme. «Plus de 6 millions d’individus sont toujours analphabètes au Maroc, malgré tous les efforts déployés. Ce qui représente un nombre plus important que celui des élèves inscrits en première année du primaire. C’est aberrant !» s’exclame, à juste titre, Ismaïl Alaoui, président de la commission stratégique de l’investissement et coordinateur de l’instance scientifique lors d’une rencontre de préparation de la tenue des assises organisée lundi à Rabat.
Dans le détail, la population analphabète représente encore plus de 32% au Maroc, selon le dernier recensement de la population datant de 2014. Selon le directeur de l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme, Abdessamih Mahmoud, cette population est concentrée dans trois régions principales, à savoir Beni Mellal, Marrakech et Fès, sachant que les deux tiers de cette population résident en milieu rural. La classification par sexe fait ressortir un autre constat alarmant. En effet, deux tiers des analphabètes sont des femmes et 90% des inscrits dans les cours de lutte contre l’analphabétisme appartiennent à la gent féminine.
Le constat est alarmant et interpelle les auteurs des programmes de lutte contre l’analphabétisme afin de redoubler d’efforts et d'identifier d’autres méthodes et outils d’apprentissage pour attirer les personnes non encore inscrites dans ces programmes. Il faudra également doubler le budget alloué à ce volet de l’enseignement, surtout lorsqu’on sait que le montant affecté à ce secteur reste très réduit par rapport au budget global de l’enseignement», ajoute M. Alaoui. En effet, d’après le directeur de l’Agence nationale, le Maroc mobiliserait annuellement plus de 300 millions de dirhams pour financer les programmes de lutte contre l’analphabétisme. Ainsi, en 2017, plus de 340 millions de dirhams sont déployés par l’agence pour financer les activités d’alphabétisation qui bénéficient chaque année à plus de 680.000 individus. Ces programmes, qui sont gérés de façon conjointe avec près de 2.500 associations, s’appuient sur la contribution de plus de 15.000 éducateurs saisonniers qui sont généralement rémunérés par les associations.
Il convient de rappeler qu’une vision stratégique a été mise en place par l’Agence nationale de lutte contre l’analphabétisme. Cette feuille de route prévoit la réduction du taux d’analphabétisme à 20% en 2021 dans la perspective de le ramener à 10% en 2026. Ce programme s’appuie, selon M. Mahmoud, sur trois axes, à savoir l’amélioration de la qualité des apprentissages en vue d’attirer l’attention des bénéficiaires et les fidéliser. Le deuxième axe porte sur l’ajustement de l’offre par rapport à la demande et aux connaissances des apprentis. Quant au dernier axe, il concerne le renforcement de la gouvernance. «En effet, comme la lutte contre l’analphabétisme demeure un créneau transversal qui implique plusieurs intervenants, il faut que la gestion de ce secteur soit basée sur la responsabilité, la reddition des comptes et le déploiement de nouveaux outils de gestion à la fois souples et moderne», conclut Abdessamih Mahmoud.