Il est quasiment indiscutable le rôle primordial que joue l’entreprise aujourd’hui dans la génération de richesse, la création de valeur et la prospérité économique des nations. L’esprit start-up envahit les universités, les lycées et même les écoles où les jeunes aspirent à créer leur propre entreprise et à investir le marché international grâce à la puissance opérationnelle de l’internet et des médias sociaux. C’est en ces termes que Farida Jirari, directrice générale de l'Association pour le progrès des dirigeants (APD), a ouvert le débat sur la thématique «Entreprendre en 2018, quelles opportunités et pour quels défis ?» Toutefois, cet engouement, a-t-elle enchaîné, «ne cache pourtant pas les obstacles énormes auxquelles font face les petites, moyennes et grandes entreprises dans un marché de plus en plus mondialisé et où les entreprises nationales ne sont pas suffisamment outillées pour faire face à la concurrence féroce qui y règne». Elle a cité, entre autres, l’insuffisance des résultats des stratégies publiques, l’absence de cohésion entre les différents plans, la multiplicité des accords de libre-échange mal négociés ou très peu exploités par les entreprises nationales, des éléments qui font que le bataille est loin d’être gagnée par les entreprises en manque de structuration. À cet effet, ajoute Mme Jirari, «de nouvelles idées, approches et énergies devraient être fédérées pour s’offrir une place de choix dans l’économie mondiale basées sur le savoir et l’incorporation de plus d’intelligence et d’innovation faisant ainsi allusion au capital immatériel». Pour débattre de ces questions, l’APD a invité un plateau de décideurs, d’experts, d’entrepreneurs de différents secteurs de l’économie nationale qui ont répondu présents à l’invitation de l’association pour débattre de l’ensemble des défis à relever.

Avant de comprendre les défis, nous avons interrogé les intervenants d’abord de leur conception de l’entrepreneuriat en 2018. Selon Naoufal Lahlou, DG de Promamec, «Entreprendre en 2018, c’est comme entreprendre tous les ans. Il s’agit d’une belle aventure pour toute personne animée par la volonté de réaliser de belles choses dans son pays. Beaucoup peuvent qualifier cet acte de parcours du combattant, mais il demeure à mon avis un beau parcours pour lequel il faut simplement être armé pour relever les challenges». Abderrazak Mekkaoui, PDG de Medasys, a de son côté lié l’acte d’entreprendre à la capacité d’affronter tous les défis. Un acte qui dépend aussi de la mise à disposition aux entrepreneurs – petits, moyens ou grands – de tous les moyens pour le développer et le réussir. Abondant dans le même sens, Brahim Laroui, directeur général du groupe Brasserie du Maroc, a précisé que l’acte d’entreprendre est essentiel et exige une certaine liberté et indépendance. Mais sans grande surprise, l’acte d’entreprendre fait toujours face à des difficultés qui empêchent son émergence. De quoi décourager les jeunes porteurs de projets. Dans le contexte marocain, le principal obstacle relève de l’accès au financement. De l’avis de M. Lahlou, «des améliorations s’imposent dans ce cadre. Les organismes de financement, notamment les banques, ne disposent pas toujours de mécanismes extrêmement aisés et simples pour que les jeunes entrepreneurs puissent réellement réaliser leur projet. Les garanties qu’ils suggèrent risquent de freiner l’expansion du projet». Un autre obstacle cité par M. Laroui et qui n’est pas des moindres. Il s’agit de la justice commerciale qui regroupe l’ensemble d’organes intervenant dans le domaine des litiges qui doivent être réglés de manière constructive. L’accès à l’information est également parmi les points soulevés. Pour que chaque porteur de projet développe son idée, il est nécessaire que l’information relative à l’entrepreneuriat soit partagée et facilement accessible. Une fois que les entrepreneurs sont en mesure d'obtenir tous les moyens pour garantir une place que le marché de l’entrepreneuriat, il est désormais essentiel pour eux de s’adapter au nouvel environnement marqué par la digitalisation. Aujourd’hui, on est amené à tout transformer et à réinventer son business model, dans le cas contraire on sera dépassé», recommande le PDG de Medasys. L’idée est partagée par M. Lahlou qui estime que la digitalisation est dans l’air du temps et elle dépend véritablement de l’ensemble de l’écosystème dans lequel évolue l’entreprise, mais ça reste un passage obligé pour bon nombre de secteurs. À la question de savoir comment il évalue l’écosystème marocain, Dirk De Bilde, DG Siemens Maroc, a souligné que le Maroc dispose de nombreux atouts et avantages pour attirer les investisseurs étrangers comme Siemens. 

Il a, par ailleurs, ajouté que la guerre des talents est désormais l’un des défis à relever à court, moyen et long termes : la formation joue un rôle décisif pour les retenir et les fidéliser. Une tâche qui incombe aussi bien aux entreprises qu’à l’État. Dans ce contexte, M. De Bilde a révélé que Siemens a signé il y a une semaine une convention avec l’Université Mohammed VI de Ben Guérir ayant pour principal objectif le développement de la digitalisation et a lancé également une campagne pour les autres universités. Les intervenants ont été unanimes pour affirmer que l'entrepreneuriat est une expérience riche et intense et les jeunes porteurs de projets devraient frapper à toutes les portes pour gagner la bataille de l’entrepreneuriat.