Nation

Entretien avec Ahmed Boukous, recteur de l’Institut Royal de la culture amazighe

«L’enseignement de l’amazigh stagne à cause du retard pris dans l’adoption de la loi organique sur l’officialisation de la langue»

Yousra Amrani Yousra Amrani, LE MATIN

Le Matin : Pour commencer, pourriez-vous nous parler des manifestations organisées pour l’IRCAM pour commémorer le 17e anniversaire du discours d’Ajdir ?
Ahmed Boukous :
Effectivement, l’IRCAM organise cette année une série de manifestations pour commémorer le discours de Sa Majesté le Roi prononcé le 17 octobre 2001 à Ajdir, dans la région de Khénifra, et qui a donné lieu à la création de l’Institut Royal de la culture amazighe (IRCAM). Cette institution existe donc depuis 2001 et sa mission principale consiste – rappelons-le – à donner son avis aux autorités gouvernementales concernées sur les mesures susceptibles de promouvoir la langue et la culture amazighes dans notre pays. D’un autre côté, l’Institut est chargé de coordonner les efforts engagés par un certain nombre de départements ministériels, notamment le ministère de l’Éducation nationale, le ministère de la Communication, celui de la Culture et enfin celui de l’Intérieur, ainsi que d’autres institutions, notamment celles qui dispensent des formations supérieures.

Dans quelle mesure l’IRCAM a-t-il contribué à promouvoir la langue et la culture amazighes ?
Depuis sa création, notre Institut ne cesse d’œuvrer pour la promotion de la culture et la langue amazighes. Sur le plan de l’aménagement de la langue amazighe, l’IRCAM a réalisé un certain nombre de dictionnaires qui fixent la norme de l’amazigh standard. Nous avons également réalisé un clavier pour faciliter la transcription de la langue amazighe sur ordinateur. Par ailleurs, l’Institut a pu créer un alphabet tifinagh approprié et réaliser un certain nombre de supports pédagogiques qui ont permis le lancement de l’enseignement amazigh. En outre, l’Institut a pu contribuer à la confection des dispositifs de formation destinés aux enseignants de la langue amazighe et aux inspecteurs pédagogiques. Dans le même sens, l’Institut a pris l’initiative de réaliser de nombreuses études sur les différentes expressions de la culture amazighe. Nous pouvons nous féliciter également d’avoir pu organiser, avec le concours d’associations travaillant dans le domaine de la promotion de la culture amazighe, des manifestations culturelles (Ahidous, ahwach), notamment des festivals de poésie, de théâtre, de cinéma. Il convient toutefois de souligner que ces actions ont été rendues possibles grâce à l’engagement de l’autorité de tutelle qui nous a permis jusqu’ici de travailler dans d’excellentes conditions ainsi que l’engagement des chercheurs et des administrateurs qui travaillent au sein de notre institution.

La langue amazighe a fait depuis quelques années son entrée dans le système éducatif national. Pensez-vous que cela a contribué à la promotion de cette langue ?
Comme vous le savez, nous travaillons avec le ministère de l’Éducation nationale depuis 2003 pour l’intégration de la langue amazighe dans l’enseignement scolaire. Cette collaboration étroite a permis le lancement effectif de l’enseignement de la langue dans les classes primaires. À ce propos, je tiens à souligner que c’est l’Institut qui s’est chargé de l’élaboration des manuels scolaires des différents niveaux du primaire pour l’apprentissage de l’amazigh. Nous avons également contribué à la formation d’un certain nombre d’enseignants amazighs et d’inspecteurs pédagogiques. Nous avons en outre participé à partir de 2006 au lancement des filières d’étude en langue et culture amazighe au niveau de certaines universités, principalement celles d’Agadir, de Fès, d’Oujda et de Rabat. Ces différentes actions ont permis de promouvoir l’apprentissage de la langue. Ils sont aujourd’hui plus de 400.000 élèves à suivre des cours de tifinagh au niveau des classes primaires. Toutefois, depuis 2007, nous avons constaté une diminution de ce nombre, ce qui témoigne d’une régression de l’enseignement de l’amazigh.

Qu’est-ce qui explique cette régression à votre avis ?
Cela est dû justement au fait que le Conseil supérieur de l’éducation et de la formation et de la recherche scientifique et le ministère de tutelle ont considéré qu’il fallait d’abord disposer de la loi organique relative à l’officialisation de la langue pour prendre n’importe quelle initiative. Ainsi, et depuis 2011, la situation stagne. Le nombre d’élèves et celui des enseignants n’ont plus augmenté.

On en vient justement à la question de l’officialisation de la langue qui tarde encore à être mise en œuvre. Quelles sont à votre avis les raisons de ce retard ?
Je pense que le retard dans l’officialisation de la langue amazighe vient d’abord du temps important déployé par le gouvernement pour élaborer même de la loi et à la soumettre au Parlement.

En parlant de la loi, l’IRCAM a-t-il été sollicité lors de son élaboration ?
Au lendemain de la promulgation de la Constitution de 2011, l’IRCAM a adressé au Chef du gouvernement une note dans laquelle il a explicité sa vision concernant ce sujet. Mais force est de reconnaître que nous n’avons pas été vraiment consultés par l’Exécutif. Ce n’est que par la suite que l’IRCAM a été invité, au même titre que les associations concernées et l’opinion publique, à découvrir le projet de loi sur le site web de la Primature. Pourtant, notre Institut devait normalement être impliqué dans l’élaboration de ce projet, vu qu’il s’agit d’une institution qui a été créée par l’État marocain pour œuvrer dans le domaine de la promotion de l’amazigh. Nous n’avons eu l’occasion d’exprimer notre avis que lors de deux rencontres de communication organisées par le Parlement, au même titre que les associations et les formations politiques et syndicales. Mais nos remarques et propositions n’ont pas été prises en compte dans le texte. Nous espérions que le projet de loi soit revu à la lumière des propositions formulées par notre Institut et les différentes associations culturelles.

Cela fait trois années que le projet de loi organique a été transféré au Parlement sans que le texte soit adopté. Quelles sont selon vous les conséquences de ce retard sur la promotion de la langue amazighe ?
Nous considérons que nous avons pris beaucoup de temps pour mettre en place l’arsenal législatif relatif à l’officialisation de la langue amazighe au Maroc, ce qui se répercute sur la durée que prendra l’officialisation de la langue une fois le texte adopté. En outre, ce retard fait stagner les choses. Toutes les parties concernées par l’implémentation de cette loi sont dans l’expectative et aucune institution ne veut aujourd’hui prendre d’initiative.

Vous avez consulté le projet de loi. Comment évaluez-vous la mouture actuelle ?
Il faut reconnaître que le projet contient, certaines observations mises à part, un certain nombre de points positifs. C’est la première fois dans l’histoire de notre pays que nous allons enfin pouvoir disposer d’un cadre législatif contraignant pour le gouvernement et les différentes institutions qui vont devoir l’appliquer. Il existe en outre une vision claire de l’officialisation de la langue avec des échéances bien précises pour l’implémentation de la loi sur une durée de quinze ans. Ce qui représente une avancée majeure en matière de promotion de la langue amazighe. En effet, notre pays peut se targuer d’être le premier dans la région maghrébine à avoir officialisé cette langue.
Quel regard portez-vous sur la place réservée à l’enseignement de l’amazigh dans la loi-cadre sur l’enseignement discutée actuellement au Parlement ?
Nous percevons de façon positive le fait que la vision de la réforme de l’enseignement élaborée par le Conseil supérieur de l’éducation, et reprise dans la loi-cadre, ait insisté sur le caractère obligatoire de l’apprentissage de la langue en primaire, mais nous avons toutefois quelques objections sur le fait d’exclure l’enseignement de l’amazigh durant le préscolaire. Cet état de fait est inacceptable, surtout lorsqu’on sait que les experts de l’Unesco soulignent souvent l’importance du recours à l’enseignement de la langue maternelle dès le jeune âge dans les crèches et les établissements du préscolaire. En outre, le texte ne prévoit pas la poursuite de l’enseignement de l’amazigh au niveau du collège et du lycée, ce qui constitue une rupture pour l’élève souhaitant plus tard poursuivre ses études supérieures dans les filières de langue amazighe. C’est un non-sens pédagogique !

Le projet de loi organique prévoit la création du Conseil supérieur des langues et de la culture. En présence d’une telle institution, quel rôle sera dévolu à l’IRCAM et quel sort lui sera réservé, y a-t-il une possibilité que l’Institut soit absorbé par ce Conseil ?
Le projet de loi organique qui a été préparé par la commission à laquelle l’IRCAM a participé essaie de fixer les grandes missions du Conseil. Et parmi ces missions, figure donc l’élaboration d’une politique linguistique et culturelle globale dans le but de permettre au Royaume de disposer d’un cadre institutionnel qui mette de l’ordre dans la sphère linguistique et culturelle. Ce conseil va englober toutes les institutions qui œuvrent dans le domaine des langues et de la culture, y compris l’IRCAM et l’Académie de la langue arabe. Le texte indique que l’IRCAM continuera de jouir de son autonomie financière et administrative, mais prévoit en même temps que les biens de l’IRCAM appartiendraient au Conseil. Il faudra donc éclairer ce point pour dissiper le flou autour de cette question qui est, à mon avis, préjudiciable pour une institution comme l’IRCAM.

Ahmed Boukous, président de l’Institut Royal de la culture amazighe

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