Nation

Nasser Bourita déplore une organisation qui évolue en marge des priorités de ses membres

Le Maroc affirme que l’Union pour la Méditerranée ne doit plus «rester aveugle, sourde et muette» face aux défis de la région

author LE MATIN

Devant les participants au troisième Forum régional de l’Union pour la Méditerranée tenu lundi à Barcelone, le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale n’a pas caché sa frustration du bilan des actions de ce groupement régional, dix ans après son lancement. Ne mâchant pas ses mots, le chef de la diplomatie marocaine a déploré une organisation qui évolue à la marge des priorités de ses membres. De même, il a regretté le manque d’efficacité des approches adoptées face aux défis communs du pourtour méditerranéen. M. Bourita a déclaré que la solidarité doit reprendre sa place au cœur du projet euro-méditerranéen, précisant qu’il s’agit de se pencher sur l’approche, la vision et la méthode à même de construire et maintenir un espace uni et cohérent.

L’Union pour la Méditerranée (UpM) doit être réhabilitée comme cadre de dialogue politique et de conciliation, a souligné, lundi à Barcelone, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale. Le ministre, qui prenait part au troisième Forum régional de l’Union pour la Méditerranée tenu sous le thème «Construire ensemble l’avenir de la coopération régionale», a relevé que le mandat technique de l’UpM «n’est plus à son avantage».
«S’il a été conçu pour la mettre à l’abri des contingences politiques, il a fini par en faire – 10 ans après – une organisation qui évolue à la marge des priorités de ses membres», a souligné M. Bourita, notant que l’UpM est appelée à «rompre avec le daltonisme thématique», car elle «ne peut rester aveugle – mais aussi sourde et muette – devant les questions de l’heure auxquelles doit faire face la région». Il a cité, à titre d’exemple, la question sécuritaire, avec des défis sans précédent fragilisant la stabilité et la sécurité collective, la question migratoire, pour que la Méditerranée ne soit plus une route meurtrière cerclée de frontières discriminantes, et la question du co-développement qui reste le «parent pauvre» du projet méditerranéen.

Le ministre a en outre affirmé que la solidarité doit reprendre sa place au cœur du projet euro-méditerranéen, précisant qu’il s’agit de se pencher sur l’approche, la vision et la méthode à même de construire et maintenir un espace uni et cohérent, ainsi que de mutualiser moyens et contraintes pour relever les défis communs, soulignant que «le secrétariat de l’UpM doit être ajusté à la lumière de tout cela, pour être proportionnel à l’envergure du projet méditerranéen que nous voulons». «Il doit incarner la co-responsabilité, accueillir la co-décision, générer la co-appropriation et, surtout, mobiliser les fonds nécessaires, en partenariat avec la Commission européenne, la Banque européenne d’investissements ou d’autres institutions bilatérales et internationales de financement», a-t-il insisté.

Rappelant que le credo de l’Union pour la Méditerranée c’est «unir», M. Bourita a relevé qu’«elle doit l’incarner dans ses dimensions politique, économique, culturelle, sociale et humaine, dans chacune de ces dimensions, et toutes à la fois». Il a estimé que le paradigme de l’UpM doit évoluer en conséquence, précisant que le processus euro-méditerranéen n’a pas à être soit politique soit technique, mais doit être à la fois l’un et l’autre, pourvu que l’objectif soit un partenariat Nord-Sud approfondi et opérationnel, capable de favoriser une sortie de crise de cet espace.
Soulignant que la Méditerranée doit être un espace de sécurité et de stabilité communes, M. Bourita a expliqué que les défis auxquels est confrontée la région transcendent les frontières et nécessitent une approche interrégionale élargie. «L’UpM peut non seulement cultiver des synergies avec les instruments de l’UE, mais aussi développer des réponses qui sont du Nord et du Sud à la fois, sur la base de termes d’engagement objectifs et démystifiés», a-t-il préconisé. Et d'ajouter que l’UpM devrait porter le credo d’une «Politique méditerranéenne de cohésion», dédiée à faire converger des niveaux de développement disparates, via des politiques co-responsables et adaptées à chaque pays, et permettant de donner un sens concret à l’action de cette organisation.

«Je crois en une Méditerranée comme espace de valeurs communes. Elle n’est pas un agrégat de frontières, mais un espace naturellement ouvert, propice à cultiver des valeurs partagées : des valeurs de paix, de tolérance, de respect de l’altérité», a poursuivi le ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale. Il a noté qu’aujourd’hui encore, le processus euro-méditerranéen, ou l’UpM, constitue «le seul modèle offrant à l’ensemble des pays de notre région de véritables perspectives sur le long terme : une profondeur stratégique, pour le Nord comme pour le Sud, l’oxygène nécessaire au développement et à l’expansion, du Nord et du Sud, et un intérêt indiscutablement commun à construire un espace intégré de paix et de prospérité partagée». «Mais, si elle est à notre portée, cette perspective n’en demande pas moins une nouvelle ingénierie du processus euro-méditerranéen, de nouvelles réponses à nos défis et de nouvelles initiatives pour les relever, collectivement», a-t-il conclu.

Organisé dans le cadre de la célébration du dixième anniversaire de cette organisation régionale, ce troisième Forum régional de l’UpM, qui s'est déroulé en présence de l'ambassadeur du Maroc en Espagne, Karima Benyaïch, a été coprésidé par Federica Mogherini, haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne, et Ayman Safadi, ministre jordanien des Affaires étrangères. À l’instar des deux précédentes éditions, ce troisième forum a aussi connu la participation de représentants de la société civile et du secteur privé, outre des bénéficiaires et des promoteurs de projets de l’UpM. Il a constitué une occasion de faire le bilan des réalisations, d'un échange de vues sur la voie à suivre et de débattre du potentiel de l’organisation. 

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