Nation

Adhésion du Maroc à la Cédéao

Le patronat et la société civile sénégalais plus ouverts mais veulent plus de temps

author Abdelwahed Rmiche,

Le patronat et la société civile sénégalais plus ouverts mais veulent plus de temps

L’adhésion du Maroc à la Cédéao sera bénéfique à la fois pour le Royaume et pour ce groupement économique régional. Elle sera graduelle et se fera dans une vision de long terme et dans un cadre concerté et de partage, de manière à préserver les intérêts commerciaux de toutes les parties. Ce sont là les principaux messages véhiculés lors de la conférence de Dakar, organisée jeudi dernier par l’Institut Amadeus en partenariat avec l'Initiative prospective agricole et rurale (IPAR) et en collaboration avec la CGEM. L’enjeu pour les initiateurs de cet événement était de lancer un débat franc et dépassionné afin de discuter de toutes les dimensions de l’adhésion du Maroc et ses éventuelles répercussions sur les membres de cette communauté régionale. Une démarche qui avait pour principal objectif de faire pièce à certaines assertions non fondées et autres idées préconçues, selon lesquelles le Maroc chercherait à imposer son hégémonie économique sur la région. Il s’agissait donc d’écouter, d’échanger et d’expliquer afin de dissiper les appréhensions et les craintes, somme toute légitimes des opérateurs économiques et des acteurs de la société civile sénégalais. Il faut dire qu’à l’issue de plusieurs heures de débats «sereins et sans complaisance», le but a été atteint dans une large mesure. C’est ce que confirme la déclaration conjointe rendue publique à l’issue de cette conférence.  Tout en reconnaissant «la légitimité de la demande du Royaume, celle-ci (l'adhésion à la Cédéao) pose néanmoins une série de questions importantes et suppose la mise en place préalable de mesures d’accompagnement», indique ce document. 


Entretien avec Ibrahim Fassi Fihri, président de l’Institut Amadeus

«Dire que le Maroc veut lancer une OPA sur la Cédéao est complètement faux»

Dans un entretien accordé au «Matin» en marge de la conférence organisée à Dakar sur l’adhésion du Maroc à la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), Ibrahim Fassi Fihri, président de l’Institut Amadeus, revient sur les enjeux de cet événement, sur les craintes des acteurs économiques sénégalais et sur les réponses apportées par leurs homologues marocains.

Le Matin : Pourquoi l’Institut Amadeus a-t-il pris l’initiative de réunir à Dakar des acteurs économiques, politiques et de la société civile des deux pays ? 
Ibrahim Fassi Fihri : Le contexte de la demande d’adhésion du Maroc à la Cédéao a été marqué par un certain nombre d’inquiétudes et de réticences émanant de certains pays de ce groupement économique régional. Depuis l’accord de principe accordé au Royaume en juin 2017, les craintes se sont multipliées. L’Institut Amadeus, en tant que think tank marocain s’intéressant aux questions de la coopération Sud-Sud et à la mise en œuvre de la Vision Royale pour l’Afrique, nous avons décidé d’organiser cette conférence pour montrer d’abord que le Maroc était à l’écoute de ses partenaires, mais aussi pour dire que les réticences formulées – qui sont légitimes pour certaines et exagérées pour d’autres – doivent être dépassées dans le cadre du dialogue et de la concertation. D’ores et déjà, nous pouvons nous réjouir des premiers résultats de cette conférence, car la plupart de nos interlocuteurs sénégalais ont qualifié la demande du Maroc de légitime.

Quels genres de réticence les acteurs économiques et la société civile sénégalais ont-ils formulés ?
Les appréhensions des Sénégalais sont légitimes et compréhensibles. Elles sont d’ordre économique et c’est normal dans le cadre du processus d’adhésion d’un pays considéré comme une puissance continentale. Donc il s’agit de questionnements normaux liés aux échanges commerciaux. Ils émanent notamment des représentants des tissus productifs sénégalais, mais aussi de certains leaders d’opinion et de la société civile. Ils craignent une déferlante de produits marocains jugés plus compétitifs. Mais je crois que la signature par le Maroc et le Sénégal de la ZLECA (Zone de libre-échange continentale africaine) règle ce problème. Car s’il y a des craintes ou des réserves par rapport au volet commercial, elles doivent être traitées sans le cadre de la ZLECA et non pas au sein du processus d'adhésion du Maroc à la Cédéao. Je crois qu’il est essentiel d’insister sur ce point. Le Maroc n’est pas en train de chercher des débouchés commerciaux en Afrique de l’Ouest. Au contraire, le Royaume, admiratif du processus intégratif multidimensionnel de la Cédéao, aspire à en faire partie et le conforter. Étant le premier investisseur africain en Afrique de l’Ouest et le pays en dehors de la zone ayant le plus grand nombre d’accords bilatéraux avec les pays de ce groupement, le Maroc veut logiquement sceller son union avec cette communauté.

Vous avez eu une réunion restreinte avec la partie sénégalaise avant le début de la conférence. Sur quoi ont porté les discussions ?
Nous avons discuté des questions d’ordre économique et la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), qui nous accompagne dans notre initiative, a essayé d’expliquer aux représentants du patronat sénégalais les motivations profondes du Maroc et de les rassurer quant à l’impact éventuel de l’adhésion du Royaume sur les acteurs sénégalais. La CGEM a notamment insisté sur le fait que pour le Maroc le volet commercial n’était pas un enjeu majeur et qu’il est primordial pour nous d’œuvrer ensemble dans une logique de coopération Sud-Sud et dans un esprit de partenariat gagnant gagnant, comme le font déjà nos entreprises installées dans la région.

Quels étaient vos arguments face aux réticences exprimées ?
La délégation marocaine comprenait des membres de l’Institut Amadeus, de la CGEM, des universitaires et des acteurs économiques et politiques. L’enjeu pour nous était de montrer que nous étions dans une logique d'écoute et de partage, car certains pays de la région nous ont reproché d'aller un peu trop vite en besogne et de vouloir accélérer le processus d'adhésion. Nous sommes donc venus expliquer notre vision et notre démarche pour ne pas laisser à certaines voix dans la région le monopole de s’exprimer sur l’adhésion du Maroc et de raconter des choses qui ne sont pas vraies. Par exemple, certains opérateurs nigérians n’ont pas hésité à dire que le Maroc, à travers son adhésion, voulait lancer une OPA sur la Cédéao. D’autres ont parlé d’impérialisme et de néocolonialisme. Tout cela est non seulement exagéré, mais complètement faux. Donc notre rôle a été de réfuter tout cela.

En cas d’acceptation de la demande du Maroc, combien de temps prendra à votre avis la mise en œuvre effective de l’adhésion ?
Je vous rappelle que le processus d’intégration des pays de la Cédéao a pris 40 ans. Donc, rien ne doit se faire dans la précipitation. Avant de parler d’adhésion effective du Maroc, il y a un processus de convergence réglementaire à respecter et cela prend du temps. La Cédéao est une union douanière et économique. Il y a des paramètres et des mécanismes à négocier. Il faut donc se montrer ingénieux des deux côtés pour faire en sorte que l’adhésion du Royaume se fasse dans les meilleurs termes pour tout le monde.

Comment définiriez-vous votre rôle en tant que centre de réflexion dans ce processus ?
Il est clair que nous n’allons pas nous substituer à la diplomatie. Nous sommes ici en tant que think tank, en tant que société civile et en tant que passeurs d’idées. Riches de notre expérience, nous essayons de faire en sorte que le climat négatif qui s’est installé après la formulation de la candidature du Maroc se dissipe. Nous sommes dans une démarche d’explication, d’écoute et d’échange. Cela dit, je reste optimiste, car le Maroc et le Sénégal ont fait le pari de l’intelligence collective. Et les premiers résultats de cette conférence de Dakar confortent notre optimiste et prouvent que nous avions eu raison de lancer cette initiative. Nous continuerons donc à jouer notre rôle de courroie de transmission entre société civile d’un côté et décideurs politiques et diplomatique de l’autre, pour que le processus d’adhésion se passe dans un cadre optimal et bénéfique pour tous. Propos recueillis par A.Rm.

Entretien avec Abdou Diop, président de la commission Afrique et Sud-Sud à la CGEM​

«Avec l’adhésion du Maroc, la Cédéao sera plus visible sur les radars des investisseurs mondiaux»

Le président de la commission Afrique et Sud-Sud à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), Abdou Diop, restitue dans cet entretien les principales idées ayant marqué les discussions entre la délégation marocaine et les représentants du patronat et de la société civile sénégalais dans le cadre de la conférence de Dakar sur les enjeux de l’adhésion du Maroc à la Communauté des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

Le Matin : Vous avez assisté à la réunion «technique» ayant précédé la conférence. Quel était l’état d’esprit global lors des discussions avec la partie sénégalaise ?
Abdou Diop
: Il était extrêmement important que nous puissions discuter et échanger avec nos homologues sénégalais pour pouvoir nous faire comprendre et faire en sorte que toutes les franges de la société sénégalaise comprennent notre démarche. Nous avons expliqué que nous n’étions pas dans une démarche de précipitation, mais de construction à long terme, une démarche de co-construction et surtout dans une démarche où nous sommes à la recherche de synergie pour créer de la valeur. Et sur ce point-là, il y a eu beaucoup d’avancées, parce que beaucoup de participants nous ont avoué qu’entre le moment où ils sont entrés dans la salle de réunion et le moment où ils l’ont quittée, il y a eu un changement de perception. Cela ne veut pas dire qu’ils adhérent désormais complètement à notre démarche, mais simplement qu'ils ont compris beaucoup de choses et cela est un pas essentiel. Donc voilà un premier fait important. Le deuxième élément important à souligner est que nous avons convenu ensemble de créer un comité paritaire de suivi, ce qui va permettre de faire évoluer les choses dans la concertation. Le troisième élément est que nous avons beaucoup discuté des inquiétudes des Sénégalais et nous leur avons apporté beaucoup de réponses.

Pourriez-vous nous expliciter davantage ce dernier point à travers des exemples concrets ?
Certains acteurs économiques sénégalais ont des craintes et disent que le Maroc, en adhérant à la Cédéao, cherche à écouler les produits européens dans les pays de la région. Nous leur avons fait comprendre que quand on adhère à une zone économique comme la Cédéao, il y a forcément un Tarif extérieur commun (TEC), donc on ne pourra pas écouler les produits de l’Union européenne (UE) comme ça, car il y aura un alignement sur les accords avec l’UE. Et les négociations qui seront menées vont faire en sorte justement pour que ce ne soit pas une zone de transit des produits de l’Europe. Nous leur avons donc expliqué que ce n’était pas l’objet de notre démarche, et si cela avait été le cas, nous aurions demandé un accord de libre-échange plutôt qu’un accord d’adhésion. 
L’enjeu pour nous porte essentiellement sur l’intégration régionale, sur le développement de projets structurants communs et sur la complémentarité industrielle pour s’arrimer à la chaine de valeur mondiale. Nous avons donc décliné notre vision, ce qui a permis de dissiper certaines craintes.
Par ailleurs, des acteurs économiques sénégalais ont dit que le Maroc se tournait vers l’Afrique parce que les portes de l’UE se sont fermées devant lui. Là encore, nous avons réfuté cette idée en expliquant que le Royaume a commencé à investir très tôt en Afrique subsaharienne. Dès le début des années 2000, le Maroc était le seul pays à croire à l’Afrique subsaharienne, alors que d’autres la fuyaient. Nous avons insisté également sur les liens historiques entre le Maroc et le Sénégal. Nous avons rappelé que la convention d’établissement avec le Sénégal datait de 1964 et qu’on n’avait pas attendu la Cédéao pour instaurer le libre établissement. Nous avons aussi rappelé la coopération universitaire et le système de bourses d’études octroyées depuis 1965. Nous avons souligné qu’aujourd’hui, il y a plus de 2.700 étudiants des pays de la Cédéao bénéficiant de bourses d’études marocaines. Tout cela pour dire que notre démarche n’est ni ponctuelle, ni opportuniste, ni conjoncturelle. Le Maroc est le premier investisseur africain dans la zone, il est donc légitime, compte tenu des complémentarités et des avantages que les deux parties pourraient tirer de son adhésion, qu’il demande à intégrer la Cédéao.

Justement, quelle plus-value le Maroc peut-il apporter à cet ensemble régional ?
Pour commencer, avec l’entrée du Maroc à la Cédéao, cette dernière deviendra la 16e puissance économique mondiale. Elle sera donc plus visible sur les radars mondiaux et donc plus visibles pour les investisseurs. Avec le Maroc, la Cédéao aura une population de plus de 400 millions d’habitants, avec un PIB de plus de 900 milliards de dollars. Ce poids économique est important à signaler. Autre élément important et non des moindres : le Maroc a pu s’arrimer à la chaine de valeur mondiale dans beaucoup d’industries et sur cette chaine de valeur, il existe beaucoup de complémentarité avec les pays de cette zone. 
Il est donc possible d’augmenter le taux d’intégration de ces industries à travers une complémentarité industrielle régionale. Je prends l’exemple de l’automobile où le Maroc s’est positionné sur la chaine de valeur mondiale avec l’objectif de fabriquer un million de véhicules par an. Cela fait environ 4 millions de pneus. Sachant que la Côte d’Ivoire est un grand producteur d’hévéa (arbre à caoutchouc), nous pouvons imaginer le développement d’une industrie de pneus dans ce pays qui alimenterait l’industrie automobile au Maroc. 
De la même manière, le Nigeria fabrique des pièces de rechange auto, nous pourrons imaginer, dans le cadre d’une complémentarité en matière de normes, une coopération pour que ce pays soit un fournisseur de l’industrie automobile marocaine. Nous pouvons par conséquent augmenter le taux d’intégration dans cette industrie à 70% par exemple, 50% pour le Maroc et 20% pour les pays de la Cédéao. Vous voyez donc qu’il y a des possibilités de partenariat gagnant-gagnant dans l’industrie.

À ce qu'il paraît, c’est justement le patronat nigérian qui manifeste la plus farouche opposition à l’adhésion du Maroc…
Vous savez, les inquiétudes et les réserves dans un processus comme celui-là sont normales. Nous aussi, nous étions inquiets après la signature des accords avec l’UE. Mais n’oublions pas que le PIB du Nigeria est six fois celui du Maroc et que, quelque part, nous aussi nous devrions nous inquiéter pour certains pans de notre tissu productif. Mais tout cela peut être réglé par des négociations. 
Au sein de la Cédéao, il y a des mécanismes qui permettent de protéger les industries fragiles, comme le mécanisme d’asymétrie tarifaire et le mécanisme de démantèlement progressif. Il existe donc des moyens pour que l’intégration soit profitable à tous. Propos recueillis par A.Rm.

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