Beaucoup de visages de femmes, dont on peut retenir, parfois, l’expression, l’émotion ou encore les traits, et qui racontent bien des choses. Le critique K.M. Ammi considère que l’œuvre de Bouthaïna s’inscrit dans la continuité de celle de Courbet. Celle radicale, décisive, qui a changé notre perception de l’art. «Bouthaïna se glisse dans la chair, cette enveloppe trompeuse – qui dit notre désarroi, par chacun de ses frémissements – pour ne traquer rien d’autre que ses émois». C’est pour nous dire, en chuchotant presque, ajoute-t-il, telle est sa délicatesse, que la peinture est un aveu de faiblesse, une façon de reconnaître sans aigreur que le monde a triomphé et que le peintre est seul et qu’il n’a pour seul pouvoir que cette illusion tenace qui le fait résister, à la manière d’un illustre chevalier, qui a perdu sa vie à se battre seul contre des ombres et des fantômes, dans un immense désert peuplé d’ombres et de fantômes.
Les vingtaines de ses portraits dévoilent bien des choses, si tragiques qu’on peine à les concevoir. «Ce travail fait écho, sur une musique lancinante, à des portraits, qui s’efforcent de taire ce qui ne peut être énoncé à haute voix. Il y a des rêves, des réminiscences, des miroirs, des lys noirs, des trahisons, des offrandes... Cela s’appelait à fleur de mondes. Ce n’est pas pour rien, on l’imagine. Le monde encore et toujours. Le monde et rien que le monde», explique Ammi, très conscient que les artistes voient le monde mieux que nous, que leur perception est plus profonde. En témoigne le beau texte écrit par l’artiste elle-même où elle dévoile sa vision du monde et des femmes de ce monde. Elle le termine avec : «Un jour, une femme, pour crever les silences avant qu’ils ne te prennent, que ne tombent les voiles des contes enchantés, fera trembler les murs jusqu’au ventre de la terre. Et la pierre fusera feu, s’ouvrira sources fusant des fissures. Et tu verras alors les oiseaux venir s’abreuver juste au creux de son cou, un jour, un jour de printemps d’oiseaux libres».
