Emploi

Enseignement supérieur

Innover pour mieux former

Hafsa Sakhi,

Comment peut-on booster l’employabilité des jeunes diplômés ? Comment les jeunes peuvent-ils réaliser leurs rêves tout en répondant aux besoins du marché du travail marocain ? Quels sont les enjeux auxquels le Maroc doit faire face pour améliorer ses performances économiques ? Pourquoi les lauréats des universités ont-ils du mal à s’intégrer dans le marché du travail ? Voici quelques éléments de réponses à ses interrogations.

C’est un fait. L’enseignement dispensé dans la majorité des universités, publiques notamment, n’est plus en adéquation avec les exigences du marché de l’emploi. Résultat : sur les 300.000 lauréats de chaque année, seule une centaine de milliers trouvent du travail alors que les 2/3 viennent renforcer les statistiques de chômage au Maroc. 
Il est donc grand temps de trouver des solutions concrètes à ce problème socio-économique et ainsi offrir aux jeunes un enseignement à même de leur garantir un travail à la hauteur de leurs espérances et leurs compétences. Or, si toutes les parties prenantes (enseignants, gouvernement, entreprises...) sont bel et bien conscientes de cette problématique, elles n’arrivent toujours pas à mettre le doigt sur des solutions qui répondent efficacement aux attentes du marché du travail. 

C’est justement pour mettre la lumière sur les défis qu’affrontent les universités et les moyens qu’il faut mettre en œuvre pour que l’enseignement supérieur soit capable de former des jeunes «plus recrutables» que l’université Honoris-Roudani a organisé la semaine dernière une table ronde sur le thème «Quel modèle innovant pour l’enseignement supérieur au Maroc de demain ?» Cette rencontre a réuni un panel d’experts dans différents domaines liés à l’enseignement, l’économie et l’emploi.
S’il y a une réalité sur laquelle l’ensemble des intervenants était d’accord, c’est l’obsolescence du système éducatif face à un monde en perpétuel changement. 

«Tous les pays du monde, depuis la première révolution industrielle, courent derrière le même sésame : la croissance économique. Ce qui a changé en ce siècle nouveau c’est la source de cette croissance économique, car aujourd’hui, la connaissance a largement supplanté l’industrie. Nous vivons aujourd’hui l’essor des biens à forte intensité de connaissance et la montée en puissance d’une économie toujours plus fondée sur le savoir. Aux missions fondamentales des universités, à savoir la formation et la recherche, viennent s’ajouter aujourd’hui de nouvelles attentes de la société et des pouvoirs publics : l’employabilité des diplômés et aussi une contribution active au développement de l’économie de la connaissance. Devant l’université marocaine se dressent donc des défis dont certains sont très nouveaux pour elle : construire des partenariats avec les acteurs socio-économiques, renforcer sa visibilité et son attractivité internationales, développer les compétences humaines et sociales de ses étudiants…», a déclaré le ministre de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Said Amzazi, dans une allocution lue par sa conseillère Nezha Bouamoud. Avant de s’interroger : «Avec quel capital humain pourrons-nous demain construire cette société de la connaissance sans laquelle il n’y aura point de survie pour un pays dans l’échiquier mondial ? De quel capital humain parlons-nous alors que la moyenne des Marocains n’achève même pas son cycle primaire ?»
La défaillance du capital humain au Maroc inquiète également le groupe Banque mondiale (BM). «Le Maroc affiche de bons indicateurs à plusieurs niveaux. Alors pourquoi ça ne marche pas ? En fait, c’est le capital humain qui fait défaut au Maroc et c’est pour cette raison que le pays n’arrive pas à tirer profit de cet environnement propice dans le climat d’affaires. Cette question du capital humain est très importante pour le Maroc. Ça n’est pas uniquement le secteur public qui a les réponses. Les solutions doivent également venir du secteur privé et de ses champions», souligne Xavier Reille, directeur du bureau du Maghreb au sein de la Société financière internationale (SFI) du groupe de la Banque mondiale.
Si le secteur privé est conscient du rôle à jouer afin de participer à l’économie de la connaissance, ses mains n’en demeurent pas moins liées. En effet, il ne représente que moins de 5% de l’enseignement supérieur au Maroc. «Le secteur privé au Maroc a encore des progrès à faire s’il veut avoir un réel impact et soulager la pression sur les ressources de l’État. Le privé, lorsqu’il est institutionnalisé, permet d’augmenter significativement les investissements dans l’éducation. Ces investissements dans les ressources pédagogiques et dans les infrastructures sont une contribution à l’économie nationale», soutient Hassan Filali, CEO Honoris United Universities Maroc. 

Si les universités privées sont appelées à collaborer activement à la formation de jeunes aptes à intégrer le marché de l’emploi, la responsabilité du secteur public est double vu que la majorité écrasante des jeunes choisissent les universités publiques pour poursuivre leur enseignement supérieur. «L’accès à l’université n’est pas une garantie en soi d’enrichissement du capital humain quand on sait que l’écrasante majorité de nos étudiants, soit plus de 80%, se retrouvent dans les filières à accès ouvert qui souffrent par conséquent de la massification et dont les rendements sont alarmants : plus de 43% des étudiants abandonnent l’université sans même avoir obtenu leur diplôme. Quant à ceux qui parviennent à décrocher leur licence en trois ans, soit 13 à 20% selon les spécialités, ils ne semblent pas satisfaire aux exigences des recruteurs lorsqu’ils se mettent en quête d’un emploi», précise le ministre.
Un constat partagé par Hamid El Otmani, président de la commission Talent, formation et employabilité à la CGEM : «Ce sont quelque 30 à 35% des 300.000 diplômés qui voient apparaître une annonce par an susceptible de les concerner. Je considère que ce sont des gens hors champ du marché. C’est dire qu’il y a des branches qui déversent année après année un nombre considérable de diplômés non recrutés, que par exemple les diplômés en histoire on a besoin d’un siècle pour pouvoir les recruter. Il est donc temps de stopper cette hémorragie».
Face à cette réalité-choc, quelles sont les actions qu’il faut mettre en place pour changer la donne ? Les intervenants sont unanimes. Il est plus que nécessaire pour l’université de s’adapter aux besoins du marché. Pour Mohamed Alami Berrada, chargé de l’Emploi des jeunes au cabinet du Chef de gouvernement, il est indispensable de préparer ces jeunes en termes de compétences comportementales et d’esprit d’initiative. Il faut autant de maîtrise technique qu’un état d’esprit agile pour s’adapter en permanence aux évolutions des marchés et des entreprises. Et pour cela, toutes les parties prenantes ont un rôle à jouer dans ce sens. «Chacun de nous a un rôle à jouer dans l’insertion économique des jeunes. L’emploi des jeunes est le plus grand enjeu de la génération parce qu’il met en cause la stabilité de notre pays, maintenant ce problème ne peut être réglé qu’avec un pacte des générations dans lequel toutes les parties prenantes de la société : enseignants, apprenants, chefs d’entreprises, parents… ont un rôle à jouer. Le travail doit être fait dès la crèche : apprendre à se concentrer, apprendre des langues étrangères, apprendre la valeur travail, apprendre le leadership…», affirme-t-il. «Par ailleurs, si aucun employeur n’ouvre sa porte à trois ou quatre stagiaires à raison de 3 mois, le jeune ne pourra pas avoir l’expérience requise pour trouver un premier travail. Donc, les entreprises ont un rôle fondamental pour ouvrir leurs portes à l’apprentissage», insiste Alami Berrada.

Même son de cloche chez Hassan Filali. «Nous devons continuer à anticiper les demandes en compétence de notre économie, tout en étant conscients des limites de ce que le marché peut créer comme emplois. Ces limites nous imposent de former nos étudiants à être agile afin de pouvoir réussir aussi bien dans un poste en entreprise qu’en créant leur propre emploi. Nous voulons être les partenaires de la CGEM, car en tant que citoyens nous faisons face au même défi qui est celui de l’emploi des jeunes et plus particulièrement des jeunes diplômés», a lancé le CEO d’Honoris.
De son côté, Xavier Reille indique : «Quand on demande aux entreprises quelles sont les points qui limitent leur croissance, on retrouve dans le top 3 la qualité de la main d’œuvre. Aussi, les études ont montré que l’économie de la connaissance exige de nouveaux types de talents. 40% des compétences demandées par les entreprises vont être nouvelles dans les 10 prochaines années. Il est donc très important de s’adapter au marché de l’emploi et de faire cette connexion entre les compétences demandées par les entreprises et les cursus universitaires». À ce titre, le ministère de tutelle a mis en place une stratégie innovante qui a pour but d’aider les universités à relever ces défis. «La réforme prévoit le remplacement du diplôme de Licence par celui du Bachelor, ce qui permettra d’instaurer une année fondatrice post-bac au cours de laquelle une véritable mise à niveau des bacheliers sera effectuée tant sur le plan disciplinaire que sur le plan linguistique. Elle prévoit en outre une orientation active des bacheliers à leur entrée à l’université afin que leurs choix de filière soient en réelle adéquation avec leurs compétences et leurs affinités», a déclaré Said Amzazi. Et ce n’est pas tout le ministère prévoit également de développer la mission de l’université. «Tout le monde conviendra que l’enseignement et la recherche sont les deux missions fondamentales de l’université. Elle doit former des chercheurs, bien évidemment, or ces derniers sont une minorité. Il faut donc oublier cette idée largement répandue selon laquelle chaque étudiant doit être considéré comme un futur docteur. Désormais l’université n’a pas seulement vocation à former des spécialistes, elle doit également transmettre à ceux qui la fréquentent une formation humaniste, c’est-à-dire une formation permettant à chacun d’appréhender la complexité du monde qui l’entoure», a relevé le ministre. 


Ils ont dit

Said Amzazi, ministre de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique​

«L’université fait face à plusieurs défis, notamment celui de la recherche scientifique et de son autonomie. La recherche est, certes, toujours une source de connaissance, mais elle devient surtout productrice de richesse, grâce à l’innovation. Or le mode de financement constitue une entrave lourde à notre production scientifique. La recherche ne mène pas suffisamment vers l’innovation et, en plus, on constate une absence très préjudiciable de statut pour les doctorants. Du coup, nombre de nos étudiants abandonnent tout simplement leurs thèses et seul 1 sur 10 au final soutient sa thèse dans un délai de plus de trois ans. Par ailleurs, comment demander à l’université d’adopter un mode de gouvernance calqué sur l’esprit des entreprises quand elle ne peut, elle-même, ni gérer ses ressources humaines, ni optimiser l’utilisation des financements qui lui sont alloués ? Il faut savoir que l’autonomie des universités est aujourd’hui un standard international de l’excellence universitaire. Si notre avenir commun repose sur notre capacité à édifier une société du savoir et de l’innovation, les universités jouent un rôle central dans ce processus, et face à de tels enjeux, l’uniformité des réponses est loin d’être la bonne solution. Il est grand temps d’adopter une vraie politique de subsidiarité dans notre système d’enseignement supérieur. Les universités doivent pouvoir définir leurs stratégies financières, pédagogiques, de management des ressources humaines et de recherche dans le cadre d’une institutionnalisation de la contractualisation, d’une consécration de la gestion basée sur les résultats, d’une institutionnalisation des mécanismes d’évaluation et d’audit, et surtout à travers la mise en place d’un système d’information intégré, qui manque encore cruellement à l’appel».

Mohamed Alami Berrada, chargé de l’Emploi des jeunes au cabinet du Chef de gouvernement

«La question est de savoir qui sont les jeunes qui ne s’intègrent pas sur le marché du travail. Pourquoi ne trouvent-ils pas de travail ? Comment faire pour changer la donne ? Il faut savoir que les profils qui ne trouvent pas d’emploi sont très diversifiés et faire face à cette situation demande la mise en place de plusieurs actions. Tout d’abord, il faut accélérer la création d’emploi et inciter les chefs d’entreprises à investir davantage. 
Le deuxième point concerne l’amélioration de la qualité de l’offre des primo-employés. L’idée est donc de créer un maximum d’occasions pour décrocher son premier job. Pour ce qui est du troisième volet, il faut créer un écosystème entrepreneurial beaucoup plus favorable, amélioré via des financements, de l’accompagnement et de la formation.
Rappelons que l’intention entrepreneuriale au Maroc fait partie des plus élevées dans la région MENA. Toutefois, seuls 4% des jeunes entrepreneurs arrivent à monter une entreprise. Conséquence : le taux d’activité entrepreneuriale est très faible».

Xavier Reille, directeur du bureau du Maghreb au sein de la Société financière internationale (SFI)

«On réalise beaucoup d’études sur le Maroc et la conviction qu’on a est que le Royaume est à une étape charnière de son histoire, parce qu’il y a deux scénarios possibles. Soit on converge en développement socio-économique avec les pays d’Europe, soit on reste dans ce qu’on appelle la trappe d’économies à revenu intermédiaire. 
Il faut noter qu’il nous reste seulement 20 ans pour saisir cette opportunité grâce à cette aubaine démographique et cette jeunesse active importante. D’un autre côté, le Maroc affiche de bons indicateurs à plusieurs niveaux. C’est l’un des pays les plus stables politiquement, il est connu aussi comme l’un des pays émergents à avoir une des meilleures gestions macro-économiques, il est dans le top 60 au monde en termes de doing business, mais ce qui fait défaut, c’est le capital humain. 
Le groupe Banque mondiale a fait du capital humain et du développement de l’employabilité une priorité majeure et pour nous la création de champions du secteur privé dans l’éducation est extrêmement importante».

Hamid El Otmani, président de la commission Talent, formation et employabilité à la CGEM

«Environ 30 à 35% des 300.000 diplômés voient apparaître une annonce par an susceptible de les concerner. Je considère que ce sont des gens hors champ du marché. En effet, il y a des branches qui déversent, année après année, un nombre considérable de diplômés non recrutés. Il est temps de stopper cette hémorragie. Donc la première décision à prendre c’est d’avoir le courage politique de fermer un certain nombre de branches qui mènent droit dans le mur. Pour faire face à ce stock, on doit avoir une université parallèle à ce qu’on a aujourd’hui et qui doit se charger uniquement de la reconversion. Celle-ci nécessitera pour chaque diplômé au moins deux années d’investissements. Il y a aussi des candidats qui se présentent à des entretiens de recrutement, mais qui les ratent systématiquement. Après un mois, ce n’est pas grave, mais si cela dure deux ans, cela pose problème. Là, leur profil est recherché sur le marché, mais les candidats ne satisfont pas les recruteurs. Là aussi on a besoin d’une université parallèle pour capitaliser sur ce qui manque à ces jeunes, notamment les soft-skills».

Mohamed Ait El Kadi, directeur des études à l’Université Mundiapolis

«Le cœur de nos préoccupations, c’est bien l’employabilité. Avoir un enseignement qui a un impact fort permettant à l’étudiant d’accéder à la vie active avec ses hard-skills, mais aussi ses soft-skills. Nous nous inscrivons aussi dans la démarche du ministère qui est d’accorder plus d’importance aux compétences qui feront la distinction entre les différents étudiants. Il est évident qu’il y a un grand écart entre l’enseignement proposé et les exigences du marché. Parce qu’il faut décrocher un job et faire ses preuves une fois embauché, mais aussi avoir une qualité de vie meilleure en occupant l’emploi approprié».

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