Emploi

Prospérité inclusive et durable

Et si l’entreprise devenait le nouveau terrain de l’engagement social ?

author Souad Badri, LE MATIN

Et si l’entreprise changeait de mission ? Et si au lieu du modèle centré uniquement sur la croissance et la performance économiques, l’entreprise repense sa contribution à la prospérité, au bien-être et à la paix sociale ? Beaucoup de décideurs sont aujourd’hui conscients de ces nouveaux défis et engagent la réflexion pour changer de modèles. Cette transformation n’est donc plus simplement une urgence, c’est un impératif !

Réconcilier économie et humanité. L’idée fait son chemin et se transforme en un véritable mouvement porteur de changement qui vise à développer des modèles économiques favorisant la prospérité inclusive et durable. Ce nouveau paradigme nécessite un engagement de l’ensemble des acteurs économiques et politiques, et plus particulièrement des entreprises. Il est en effet impératif de réaligner l’entreprise avec les intérêts de la société dans son ensemble et d’en réorienter à la fois la mission, la gouvernance, les principes de création de valeur et la mesure de la performance. 
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’Initiative des États Généraux des entreprises citoyennes, organisés en coordination entre les Thinkers & Doers et l’Association Essaouira-Mogador. Si la première édition, organisée en juin 2018, a permis de jeter la lumière sur un nouveau genre d’entreprises engagées dans la voie du progrès social et environnemental, cette deuxième édition s’est attelée à explorer les leviers disponibles qui permettent d’allier croissance économique et prospérité, bien-être, performance et paix sociale.
Décideurs, ONG, experts, entrepreneurs et grandes entreprises se sont ainsi rassemblés à Essaouira pour formuler une déclaration commune et prendre des engagements concrets pour faire grandir ce mouvement en Europe, en Afrique et dans le monde arabe. Les États Généraux 2019 ont également permis de présenter les entreprises et les acteurs les plus engagés pour résoudre les enjeux prioritaires de notre époque, condition sine qua non pour envisager la prospérité, à savoir le climat, l’égalité et le progrès social. «Nous avons choisi d’allumer depuis les rivages d’Essaouira ce clignotant d’une responsabilité éthique et solidaire des entreprises», avait déclaré André Azoulay, Conseiller de S.M. le Roi et président fondateur de l’Association Essaouira-Mogador, lors de la cérémonie d’ouverture de cette édition, organisée les 26, 27 et 28 juin dernier.

Comment engager les entreprises dans des actions concrètes 
pour la prospérité ?
C’est la principale question à laquelle les participants ont tenté de répondre en proposant des solutions pratiques et innovantes et agir donc efficacement face à l’urgence. Économie sociale et solidaire, équité, engagement social… Ce sont là des mots qui ont raisonné tout au long des débats et qui ont été identifiés par de nombreux acteurs comme étant les leviers pour aller vers une économie pour l’humanité et pour faire émerger des entreprises citoyennes engagées pour le bien-être et la paix sociale au même niveau que la performance. Qu’elles soient grandes, moyennes ou petites, les entreprises agissent pour bâtir urgemment un modèle économique qui assure la préservation de l’environnement et la promotion du progrès social. «Désormais, on parle d’actions, de coalition, de méthodes et de moyens pour que les entreprises puissent déployer avec force et rapidité des solutions qui permettent d’accélérer cette transition. Les gouvernements, les grandes entreprises, les institutions internationales et les startups sont réunis pour illustrer la force de ce nouveau dialogue tripartite entre le secteur public, le secteur privé et la société civile, condition pour que la prospérité puisse être abordée», indique Amandine Lepoutre, fondatrice et présidente des Thinkers & Doers. 
Au cœur de ces changements, l’entreprise se voit assigner de nouvelles obligations. Sa mission doit en effet être élargie à la création de valeur pour l’ensemble des parties prenantes tout en prenant en compte la nécessaire internalisation des externalités environnementales et sociales générées par son activité. L’entreprise devient ainsi le nouveau terrain de l’engagement social. Mais si l’organisation se doit d’être engageante, le manager et les équipes aussi. Cela ne marche que si chacun fait un effort pour adopter les bonnes pratiques pour une entreprise citoyenne. 
Cette vision d’entreprises citoyennes au service de la prospérité implique également un engagement en faveur de l’inclusion de la diversité (culturelle, genre, etc.) qui représente un levier de croissance et d’attractivité déterminant. La responsabilité sociale des entreprises prend également une place de choix dans cette vision. Lors de ces États Généraux, les participants ont même tenté de répondre à cette question : et si la valeur financière se fondait désormais sur des critères intangibles pour juger de la pérennité d’une entreprise ? Et de noter que de plus en plus d’investisseurs évaluent le fait que les acteurs qu’ils soutiennent sont socialement responsables. 
Les nouvelles technologies représentent également un levier au service de l’action citoyenne. En effet, les plateformes en ligne de collaboration, de financement ou de communication ont largement libéré le pouvoir des citoyens à agir sur leurs territoires ou dans leurs entreprises. Devenus de véritables acteurs du changement, tous ont aujourd’hui la possibilité de mettre en œuvre des solutions innovantes pour répondre aux besoins les plus pressants de leurs communautés. 
Ce sont donc ces constats et actions que les organisateurs ont traduits en plaidoyer qui sera présenté en septembre à l’ONU et qui définit les actions clés qui permettent l’engagement des entreprises pour la transition écologique et solidaire. Dans leur manifeste final intitulé «Entreprises citoyennes, connectons-nous», ils indiquent notamment que «désormais, les solutions du 20e siècle sont les problèmes du 21e siècle. Il nous faut enfin être modernes, entrer dans le futur pour le sauver. Les générations futures ne sont plus une belle image, ce sont nos enfants qui défilent dans les rues pour espérer vivre une vie décente. Nos entreprises doivent changer d’alliances, pactiser avec le futur et rompre avec le passé (…) Nos entreprises doivent se convaincre que la société est bien plus mûre que le marché, qu’il y a un citoyen dans chaque consommateur, chaque salarié, chaque producteur. À nous d’éduquer et de sensibiliser, à nous de créer de l’irréversible, d’entrer dans le futur sans peur ni remords». 

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André Azoulay, Conseiller de S.M. le Roi et président fondateur de l’Association Essaouira-Mogador

«L’équité, ce n’est pas quelque chose que l’on peut imposer, c’est un engagement à créer et à développer avec les acteurs en toute conscience et en toute lucidité. La prospérité citoyenne agit et agira pour le bien de tous. Les entreprises engagées dans cette démarche ont tout à y gagner, pas seulement quantitativement, mais également et surtout qualitativement.»

Khalid Benjelloun, vice-président de la CGEM

«L’entreprise ne doit plus tenir compte uniquement de son développement économique, mais doit prendre en considération le volet social qui détermine même sa pérennité. Conscients de ce défi, la commission de l’entrepreneuriat social de la CGEM travaille, entre autres, pour encourager les entreprises à tenir compte du volet social.» 

Christophe Itier, haut-commissaire à l’économie sociale – France

«Nous ne parviendrons à relever les défis sociaux, territoriaux et environnementaux que si nous mobilisons les entreprises qui ont commencé à s’engager, car elles ont compris que leur performance se mesure également par leur impact social. L’objectif est donc d’entrainer ces entreprises davantage dans cette révolution solidaire.»

Chidiogo Akunyili, Founder She Roars

«Aujourd’hui, l’enjeu est de donner de l’espoir aux jeunes. Il faut qu’on s’engage, pas seulement avec les paroles, pour faire bouger les choses. Je pense que les États Généraux des entreprises citoyennes sont l’opportunité d’apporter des actions concrètes en faveur de la prospérité».

Pierre Coppey, DGA Vinci

«Je crois beaucoup à la nécessité de faire tomber les frontières et les cloisonnements entre les différents acteurs au service de l’environnement, de la prospérité et de l’insertion sociale. S’il y a une urgence maintenant, c’est celle de se donner la main et de travailler ensemble au service de la prospérité.»

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Entretien avec Amandine Lepoutre, fondatrice et présidente des Thinkers & Doers

«Pour faire émerger des modèles d’entreprises engagées pour la prospérité, il faut se coaliser, s’unir et agir collectivement»

Management & Carrière : Quel bilan faites-vous de l’édition 2019 des États généraux des entreprises citoyennes ?
Amandine Lepoutre : Nous avons vécu 3 jours très riches, très productifs. Le bilan est compliqué à faire, car cela résonnerait un peu comme un point final. Or, c’est plutôt un lancement d’initiatives que je voudrais souligner. Nous avons pris des engagements ensemble. Autour d’un Manifeste, issu du travail collaboratif entre 70 décideurs, experts réunis en ateliers de travail le premier jour des États Généraux. Ensemble, nous avons décidé des termes de l’action. De nos actions. Nous irons donc présenter un plaidoyer ensemble à l’ONU en septembre, dans la session Global Leaders Compact. C’est très important de montrer que les États et les entreprises, si elles agissent ensemble, peuvent démultiplier l’impact positif pour que la transition écologique et solidaire s’opère. Le Cercle «Equality for Growth» qui a pris son envol à Essaouira pendant ce Sommet participera à diffuser ces idées, cette vision d’une croissance inclusive. Des ambassadeurs influents à l’instar de Gabriela Ramos (directrice de Cabinet du SG de l’OCDE et Sherpa pour le G20), Sheikha Intisar Salem Al Ali Al Sabah (member of the consultative board of the United Nations Development Programme bureau in Kuwait), Chidiogo Akunyili  (fondatrice de She ROARs en Afrique), Amine Bel Hadj Soulami  (vice-président de la Finance responsable de BNP), Haifa Al Attia (membre du board OnePlate Summit), Hissa Al Daheri (Business Planner pour les fonds souverains des Émirats arabes unis), des dirigeants de fonds d’investissement, des entrepreneurs, etc.), travailleront ensemble à Dakar, Rabat, Paris, Abu Dhabi au cours de l’année pour porter le message Equality for Growth au plus niveau au sein des organisations internationales et des entreprises. Ensemble, ils identifieront les entrepreneurs les plus déférents, les plus exemplaires sur ce sujet. Nous travaillerons également sur un label pour les accélérateurs qui assurent le développement de projets économiques à forte dimension sociale et écologique. La séquence a été très forte cette année.
 
Partant de ces conclusions, quelle orientation allez-vous donner au plaidoyer que vous comptez présenter aux Nations unies en septembre ?
Nous allons signifier le niveau d’urgence. Et si la volonté des entreprises de s’engager est forte, elles ont besoin d’être soutenues, protégées, valorisées, accélérées par des initiatives gouvernementales ou institutionnelles qui créent des conditions favorables et équitables à leurs actions. À un niveau international. Nous présenterons également 3 des actions qui sont issues des workshops comme des préconisations qui permettraient aux entreprises d’agir plus vite sur les sujets de climat (via la finance), de progrès social (via la question de la diversité dans les organisations) ou d’égalité (par la tech).  
 
Dans une économie orientée profits, comment faire émerger des modèles d’entreprises engagées pour la prospérité ?
Il faut se coaliser. S’unir. Agir collectivement. C’est très important. Il faut montrer que nous sommes nombreux à agir de la sorte. Il faut présenter les risques également pour les acteurs économiques qui refusent de s’engager et qui produisent des externalités négatives sans se soucier des dommages immédiats et des générations futures ; il faut dire que ces entreprises-là mourront. Qu’elles entament leur développement. Dans un futur proche. Il faut surtout valoriser les nouveaux modèles. Ce qui marche. Les belles histoires inspirent et donnent du courage aux autres. Enfin, il faut faire travailler les gens ensemble : mettre les solutions, les nouveaux modus operandi en open source.
 
Les startups sont-elles un levier pour construire des entreprises citoyennes ? Comment les accompagner dans ce sens ?
C’est un levier majeur. Et c’est une question très compliquée ! Comment être citoyen tout de suite quand on vient de créer son entreprise. Comment prendre des décisions couteuses ou qui permettent d’envisager moins facilement la rentabilité à court terme, quand on est tout jeune et qu’on doit répondre tout de suite à la question de la viabilité économique, voire de la performance pour ses investisseurs. Il faut les accompagner via des dispositifs financiers nouveaux. Via des fonds d’investissement qui modifient leur manière d’envisager le retour sur investissement. Il y a un vrai mouvement de fond dans ce sens. Et puis il faut également des mentors. Des experts qui permettent aux startups de s’appuyer sur ceux qui savent. Et surtout ceux qui croient qu’un nouveau capitalisme, conscient, responsable est possible. 
Entretien réalisé par Souad Badri

 

 

 

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