Culture

Entretien avec Abdelkader Retnani, président de l’Union professionnelle des éditeurs du Maroc et directeur général de la maison d’édition La Croisée des Chemins

«Le marché de l'édition est encore en croissance avec un manque flagrant d’éditeurs pour une population de 35 millions d’habitants»

Nadia Ouiddar Nadia Ouiddar,

Selon un rapport de la Fondation du Roi Abdul Aziz Al-Saoud pour les études islamiques et les sciences humaines, le nombre d'éditeurs a augmenté. On recense 148 éditeurs professionnels privés actifs au titre de l’année 2017-2018, avec un volume publié constitué de 1.192 titres, soit 40% des ouvrages édités. Abdelkader Retnani, président de l’Union professionnelle des éditeurs du Maroc, apporte un éclairage sur l'état actuel du secteur de l'édition au Maroc.

Le Matin : Comment se porte actuellement le secteur de l’édition au Maroc ?
Abdelkader Retnani
: Nous pouvons dire que le secteur de l’édition, qui est relativement jeune puisque ses débuts datent de 1980, connaît, malgré le faible nombre de lecteurs dont souffre notre pays, une augmentation de la production. Le dernier rapport émis par la Fondation du Roi Abdul-Aziz Al Saoud donne le chiffre de 4.158 titres produits pour l’année 2017-2018. Une autre réponse à cette question pourrait être donnée à travers le prisme du nombre d’éditeurs professionnels. De nombreux acteurs qui se prétendent éditeurs font fi des règles les plus élémentaires du métier, dont celles d’apposer un numéro d’ISBN (International Standard Book Number ou Numéro international normalisé du livre est un numéro internationalement reconnu, identifiant de manière unique chaque édition de chaque livre), un numéro de dépôt légal et un prix sur chaque livre publié. En d’autres termes, plusieurs parutions sont «sans carte d’identité» et ne peuvent être répertoriées par la BNRM (Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc). Cela n’est pas admissible et c’est l’une des questions sur lesquelles nous sommes en train de travailler avec le ministère de la Culture et de la communication. Le secteur de l’édition se professionnalise de plus en plus ; cela est en soi une bonne nouvelle !

Comment peut-on comparer l’évolution de ce secteur à celle des autres pays arabes et voisins ?
La production éditoriale marocaine n’atteint pas encore le même niveau que celles de certains pays voisins comme l’Espagne (avec 79.000 titres) ou la France (avec plus de 81.000 titres) qui ont des tirages moyens de 5.000 exemplaires, quand nous peinons à écouler le premier millier. Rapportée au nombre d’habitants, elle nous paraît encore plus faible, mais l’on note tout de même une croissance de 8,37% par rapport à l’année précédente. Pour les pays arabes, le fonctionnement est un peu particulier. Pour la plupart, on constate une domination de l’État dans le domaine de l’édition.

Est-ce que les importations de livres impactent le secteur de l’édition au Maroc ?
Il y a bien entendu un impact : le nombre de lecteurs et de lectrices au Maroc est faible, c'est un secret de polichinelle. Donc, forcément, les livres qui arrivent par voie officielle sont en concurrence avec la production locale. Mais cela est une bonne chose en soi ! Nous ne pouvons nous refermer sur nous-mêmes. Le lecteur doit avoir le choix dans n’importe quelle librairie dans laquelle il entre. C’est à nous de faire mieux et de faire en sorte de faire connaître les auteurs marocains, aussi bien que les étrangers. Notez aussi que les prix des ouvrages ne sont pas les mêmes. À titre d’exemple, nous avons coédité à la Croisée des Chemins, en 2016, l’ouvrage «Lectures du Coran» de Mohammed Arkoun avec Albin Michel. Le livre est disponible en France au prix de 25 euros quand il est commercialisé ici au prix de 125 DH, soit presque trois fois moins cher.

Que pouvez-vous nous dire sur le phénomène du piratage des livres ?
C’est une véritable plaie ! Et c’est cela la vraie concurrence déloyale. Car ces livres piratés ne servent ni les lecteurs, puisque ces derniers n’ont aucune garantie de la fiabilité ou de l’authenticité des ouvrages, ni les auteurs, puisqu’ils perdent leurs droits sur toutes les contrefaçons. Sans parler des éditeurs qui voient leurs productions invendues alors que des versions piratées pullulent au nez et à la barbe de tous. Les autorités doivent agir, et de manière intransigeante, contre ce phénomène afin de l’éradiquer à la source et de ne pas faire de notre pays un emblème de la contrefaçon, comme d’autres. C’est une des réputations dont on ne sort pas indemne. À cet effet, le ministère de la Culture et de la communication a été fortement sensibilisé à travers plusieurs réunions que nous avons menées avec Mohamed Laarej. L’une de ses dernières actions concrètes est le renforcement du contrôle des conteneurs provenant de l’étranger. La vigilance doit rester de mise à ce sujet.

Comment évaluez-vous le soutien de l’État à ce secteur ?
Au-delà de l’étroite collaboration avec le ministère de la Culture et de la communication, ce dernier a depuis 2014 augmenté ses aides et subventions à l’édition et au livre. Mais nous revendiquons, au nom de l’Union professionnelle des éditeurs du Maroc, une meilleure démarche au niveau de l’octroi de ces soutiens. En termes plus clairs, la commission en charge de statuer sur les bénéficiaires de ces subventions devrait être composée de professionnels des métiers du livre (et non d'universitaires ou de théoriciens) afin d’être plus à même de faire un choix judicieux dans ce dossier. Ce qui n’a pas été le cas cette dernière année par exemple. Connaître les pratiques du secteur, ses spécificités et ses exigences est indispensable pour accorder des aides aux acteurs de la chaîne du livre.
Il faudrait aussi encourager et accompagner la création de nouvelles librairies. Cette demande a d’ailleurs été acceptée par le ministre de la Culture et devrait être mise en place dès cette année. Le secteur de l’édition ne peut évoluer en vase clos sans une réelle politique et une volonté politique. L’exemple des Émirats arabes unis est d’ailleurs très intéressant à étudier. Il y a quelques années à peine, ce pays n’avait aucun secteur d’édition, pas d’acteurs et encore moins de structure. Une volonté et des moyens investis dans la culture ont permis de le placer, à l’heure actuelle, au 34e rang des marchés mondiaux. Alors que la lecture n’était absolument pas dans l’habitude des Émiratis, jeunes et moins jeunes, plusieurs initiatives ont été mises en place : l'installation d’une librairie au minimum par centre commercial, l’obligation de dédier un espace aux livres dans les supermarchés, l’organisation de challenges de lecture… Autant dire que quand il y a de la volonté et une politique culturelle, il y a des résultats.

Qu’est-ce que vous faites en tant qu’éditeurs pour soutenir la création littéraire et pour encourager la lecture ?
Tout d’abord, nous faisons confiance à des auteurs qui nous font l’honneur de nous accorder la leur et nous les remercions pour cela. Ensuite, et en tant qu’association professionnelle regroupant plusieurs éditeurs importants, nous encourageons toutes les initiatives visant à soutenir la création littéraire et à encourager la lecture.

Est-ce que, selon vous, le marché marocain supporterait la création de nouvelles maisons d’édition ?
Bien entendu ! Tant que celles-ci sont sérieuses, rigoureuses et qu’elles respectent les règles professionnelles du métier, cela ne peut être que bénéfique pour le secteur.
C’est un marché encore en croissance avec un manque flagrant d’éditeurs pour une population de 35 millions d’habitants. Ce n’est pas la concurrence loyale et saine qui nuit à un marché, mais bien la contrefaçon et les actions déloyales. 


Les actions soutenues par l'UPEM

L’Union professionnelle des éditeurs du Maroc (UPEM) encourage les initiatives visant à soutenir la création littéraire et à encourager la lecture, telles que l’organisation annuelle de la Rentrée littéraire. Ce rendez-vous de la scène littéraire et médiatique permet de mettre en lumière les productions livresques ainsi que les écrivains et écrivaines marocains. Ce qui permet au public marocain de découvrir les nouveautés qui sont très diverses (essais, romans, poésies, nouvelles, beaux livres…) et dans les trois langues (arabe, français et amazigh). La quatrième Rentrée littéraire aura lieu après le Salon du livre de Casablanca, au mois de mars prochain, et se tiendra au siège de la région de Casablanca-Settat et en partenariat avec elle. L’UPEM soutient également le lancement de Prix littéraires. «Cette année 2018 a été riche en lancements de prix littéraires, ce qui est un encouragement direct à la création littéraire», souligne le président de l’UPEM. En effet, la Fondation Attijariwafa bank a lancé, en collaboration avec l’UPEM, les Prix littéraires du Livre de l’année récompensant des œuvres dans les trois langues du Maroc (arabe, français et amazigh), d’une valeur de 30.000 DH chacun.
Toujours en partenariat avec l’Union des éditeurs du Maroc, la région de Casablanca-Settat a lancé quatre Prix littéraires d’une valeur de 50.000 DH chacun. Trois Prix pour chacune des langues du pays (arabe, français et amazigh) ainsi qu’un Prix spécial pour la traduction de même valeur, 50.000 DH. «L’un des moments cruciaux de rencontres des lecteurs et des lectrices se déroule incontestablement lors de salons du livre. Nous tenons donc à être présents dans les plus importants salons du monde francophone et arabophone (en moyenne une douzaine par an). Sans oublier l’un des plus importants en matière d’achat et de vente de droits, celui de Franckfort», explique Abdelkader Retnani. De plus, depuis 3 années, l’UPEM est partenaire du premier Salon maghrébin du livre, qui a lieu à Oujda.

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