Sports

Entretien avec Mohamed Moufid, ancien dirigeant de la FRMF, la FRMT et la FRMHB

«Le Maroc est un pays de sportifs, mais sans politique du sport»

Abderrahmane Ichi Abderrahmane Ichi,

Ancien international de handball, Mohamed Moufid a occupé diverses fonctions au sein de la FRMF, de la FRMT et de la FRMHB. Grand connaisseur des arcanes du sport national, Moufid décortique pour le «Matin» les raisons du recul inquiétant du sport national. Le constat est sans équivoque dixit Moufid : «le Maroc n’a pas de politique sportive».

Le Matin : Que pensez-vous des propos de l’ancien ministre de la Jeunesse et des sports qui avait déclaré qu’il ne fallait pas s’attendre à un miracle aux Jeux olympiques de Tokyo 2020 et qu’il fallait attendre 2024 et 2028 pour vraiment avoir de grands sportifs marocains en mesure de lutter pour les médailles ? Ce discours, on l’avait déjà entendu auparavant et à chaque fois, l’échéance est repoussée. Pourquoi le sport marocain n’arriva-t-il toujours pas à décoller, malgré les gros moyens dont il bénéficie ?
Mohamed Moufid
: Je pense que le diagnostic a été fait par S.M. le Roi Mohammed VI, que Dieu Le glorifie, lors de son message adressé aux participants au Symposium du sport national en 2008. Le Souverain avait souligné que le sport national était en crise. Il avait également donné la feuille de route pour sortir de cette crise. On croyait que tout le monde allait se mobiliser pour appliquer cette feuille de route et sortir le sport national de la nasse. Je pense que si tout le monde s’était mobilisé, le sport national ne serait pas dans cette situation actuellement. Malheureusement, on a juste apporté quelques retouches, mais ce n’était pas suffisant. Je vous donne quelques exemples. Prenez le cas de la loi 30-09 relative à l’éducation physique et au sport. Le Souverain avait souligné en 2008 la nécessité d’adapter le cadre juridique et réglementaire au développement du sport. En 2009, cette loi a, effectivement, vu le jour. Sans faire d’efforts, on peut déduire qu’elle a été adoptée à la hâte. La preuve en est que certains aspects de cette loi sont toujours inapplicables. On n’a pas pris suffisamment de temps pour sortir une loi valable sur le long terme et applicable immédiatement. En ce qui concerne les infrastructures, le Souverain a souligné qu’il y a un manque au niveau des infrastructures, notamment dans le monde rural. On aurait pu mettre en place un schéma directeur des installations sportives au Maroc. Prenez, le cas de Casablanca, qui comprend deux grands clubs : quand le complexe sportif Mohammed V est fermé, ces clubs sont obligés de faire la transhumance.

Où réside donc le problème ?
Je constate qu’on lance des projets avec de grandes ambitions, avec un deadline à court, moyen et long terme. Mais on ne fait que rarement l’évaluation de ces programmes. C’est le cas du Message Royal aux participants aux Assises du sport. Normalement, au bout de trois ou quatre ans après ce message, on aurait pu s’arrêter pour faire le bilan et voir ce qui marche et ce qui ne marche pas. Je dis et redis que le Maroc dispose de plusieurs atouts, qu’ils soient géographiques, climatiques ou humains qui lui permettent de briller sur la scène sportive internationale. Les chances pour que le Maroc brille sportivement au niveau continental et international sont grandes. On a le facteur humain. Le Marocain et la Marocaine sont capables de pratiquer le sport au plus haut niveau.

Pourquoi alors ne brillent-ils pas sur la scène internationale ?
Parce que le modèle sportif avec lequel nous travaillons est obsolète. C’est un modèle que nous avons hérité du colonialisme. On a chassé le colonialisme, mais son modèle est toujours là. On ne l’a jamais revisité. Pour résumer, je dirais qu’on n’a pas réellement une politique sportive proprement dite. Le Maroc est un pays de sportifs, mais sans politique du sport. Normalement, les responsables devraient se concerter avec les pratiquants, les experts et les fans pour mettre en place un modèle de développement du sport sans faire appel à l’expertise étrangère. La politique sportive devra aborder les axes réglementaires et juridiques, les infrastructures, la formation, le financement, la gouvernance…

Vous dites que nous n’avons pas encore de politique sportive et pourtant chaque fois qu’un ministre de la Jeunesse et des sports débarque, il vante le modèle sportif marocain ... 
Quand je parle de l’absence de politique sportive au Maroc, je ne parle pas dans le vide. Il ne suffit pas de créer un petit comité qui va nous sortir quelques recommandations, comme cela a été le cas en 2008. À l’époque, le ministère de la Jeunesse et des sports a réuni quelques experts qui ont concocté ce qu’ils ont appelé une stratégie de développement du sport 2008-2020. On est déjà en 2020 et je n’ai pas vu de stratégie. Une stratégie ou une politique de sport nécessite l’intervention de l’ensemble des intervenants dans le sport (ministère de tutelle, collectivités locales, monde économique, sportifs et experts du sport…). Tout ce monde doit réfléchir au modèle de politique sportive à mettre en place, quitte à ce que cette réflexion dure deux ans à travers des séminaires et des conférences, pour qu’à la fin on aboutisse à une politique qui capitalise sur les sports dans lesquels le Maroc à un véritable potentiel. On ne peut pas dire que tout est noir. Il y a quelques éclaircies par ci et par là, mais les résultats auraient pu être meilleurs, vu le potentiel que nous avons.

Est-ce que l’on peut avoir un sport de haut niveau, alors que des régions entières du Maroc sont marginalisées ?
Si on fait un inventaire des sportifs les plus connus au Maroc, on trouve qu’ils sont tous issus des régions rurales. Si on avait fait le schéma directeur des infrastructures sportives, on aurait logiquement réalisé des infrastructures sportives dans des régions à fort potentiel humain. Prenons le cas du football, Abdelilah Hafidi, l’une des stars du Raja, est issu de la région de Bejaâd. Il a eu la chance de s’échapper de cette région. Il doit sûrement y avoir beaucoup de Hafidi dans cette région et dans d’autres, mais qui n’ont pas eu cette chance. Khalid El Askry est issu de la ville de Missour. Si on avait installé des centres sportifs dans les différentes régions et si les clubs avaient des partenariats avec des petits clubs partout dans le Royaume, on aurait pu voir beaucoup joueurs émerger.

Je répète ma question : peut-on avoir un véritable développement du sport sans associer toutes les régions du Maroc ?
Je vais revenir à la Lettre Royale de 2008. Le Souverain a pointé du doigt ce problème de marginalisation des régions. Le Souverain a appelé à s’occuper de toutes les régions du Maroc pour réussir un décollage sportif, mais rien ou presque n’a été fait. Je vous donne mon propre exemple, je ne suis né ni à Casablanca ni à Rabat. Je suis né dans un petit patelin situé entre Missour et Boulemane, qui s’appelle Njil. J’ai grandi à Rich, près d’Errachidia, et ensuite à Imilchil. J’ai fait ma scolarisation à Ksar Es-Souk, actuellement Errachidia. Je suis entré à l’école à l’âge de 10 ans et je suis devenu un joueur international de handball, alors que je n’avais jamais vu ce sport dans les régions où j’avais grandi. S’il y avait eu des infrastructures depuis l’indépendance jusqu’à maintenant, le Maroc aurait été l’un des leaders du sport international.

Quelle est donc la solution à votre avis ?
Il faut mettre fin à la surenchère entre les dirigeants, mettre fin à la politique unilatérale de certains présidents, mettre fin à la marginalisation des compétences dont regorge tout le Maroc. Pour mettre fin à l’irrégularité dans les résultats, il faut mettre en place une politique sportive digne de ce nom. 

Ph. Sradni

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