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Recherche & Développement : Des progrès, mais le Maroc peut mieux faire !

LE MATIN

L’effort en matière de Recherche & Développement (R&D) au Maroc est-il à la hauteur des enjeux de développement dans un environnement d'innovations et de mondialisation ? À la lumière des indicateurs clés dans ce domaine, il est clair qu’il faut fédérer les efforts, tous secteurs confondus, pour assurer un saut qualitatif afin de surmonter les entraves au développement de la R&D. Objectif : produire les connaissances sources des innovations futures et moteurs de la croissance.

L’Afrique s’est fixée, dans le cadre des Objectifs de développement durable (ODD), un objectif de dépenses d’investissements R&D représentant 1% du PIB en 2020. Or le budget alloué à la recherche scientifique et technique au Maroc n’est que de 0,8% du PIB. Un taux qui reste faible comparativement à celui des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), mais marque une progression par rapport à 2016. Dans la course à l’innovation, acteurs publics et privés semblent avoir pris conscience de l’enjeu d’asseoir une stratégie pour le R&D qui tient compte du seuil d’investissements, du nombre de chercheurs et celui des brevets déposés.

Le Maroc peut mieux faire !
Une implication du monde universitaire et un rapprochement entre le monde académique et celui de l’entreprise restent les grandes clés qui permettront au Maroc d’assurer sa performance dans le domaine de la R&D. Ce constat été en effet l’un des axes traités lors du Colloque X-Maroc 2019, tenu la semaine dernière à Casablanca, placé sous le thème «La Recherche & Développement comme levier de croissance». 
En pleine réflexion sur le nouveau modèle de développement, le Maroc doit prendre en considération l’importance de la R&D pour la croissance. C’est d’ailleurs dans ce même cadre de la réflexion demandée par S.M. le Roi sur le nouveau modèle de développement que ce colloque a été pensé et réalisé, comme l’a souligné Khalid Safir, président de l’association 
X-Maroc, dans son allocution d’ouverture. L’événement se veut donc «une opportunité fructueuse pour étudier la contribution de la R&D aux efforts déployés en vue de mettre en place un nouveau modèle de développement durable, juste et efficace», précise M. Safir, mais également une occasion de mettre en avant l’importance du lien entre la R&D et la croissance économique. L’objectif étant de créer des passerelles d’échanges entre le secteur public et le secteur privé pour réfléchir à un créer un écosystème pour la R&D.  
Quel est l’état des lieux de la R&D au Maroc ? À cette question, le ministre de l'Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Saïd Amzazi, a répondu en rappelant que le Royaume a lancé un certain nombre de chantiers structurants, notamment dans les domaines de l’énergie renouvelable, de l’aéronautique et de l’automobile. Des chantiers qui imposent à l’université de jouer pleinement son rôle dans la recherche pour accompagner cette dynamique. À cet égard, il faut rappeler qu’en 2017, le budget alloué à la recherche scientifique et technique au Maroc était de 0,8% du PIB, un taux qui demeure faible comparativement à celui des pays de l’OCDE (2,3%), mais qui est en progression par rapport à 2016 (0,34%). Ces efforts ont d’ailleurs permis au Maroc de se classer troisième en Afrique, après l’Égypte et l'Afrique du Sud, dans le dernier rapport de l'Unesco qui évalue l'investissement des pays dans la R&D, avec 14 milliards 
de dirhams de fonds alloués à la recherche.
Cependant, ces fonds restent non utilisés par les universités tant les procédures sont complexes, lentes et totalement inadaptées aux particularités et aux spécificités de la fonction recherche, qui exige souplesse et réactivité, avait d’ailleurs alerté le ministre de tutelle. Sur ce volet, le ministre a cassé le préjugé qui prétend que le problème de la recherche scientifique au Maroc serait prioritairement celui du financement et des moyens. «Même si le budget alloué à la recherche scientifique et technique reste de l’ordre de 0,8% du PIB, ce sont avant tout les procédures d’engagement de ce financement qui posent vraiment problème», a-t-il insisté. Il s’agit là d’une vraie problématique qui constitue une source directe de démotivation pour les chercheurs marocains. D’ailleurs, «nombre de nos étudiants abandonnent tout simplement leurs thèses et seul un sur 10 au final soutient sa thèse dans un délai de plus de 3 ans», regrette le ministre, qui ne manque pas de préciser que la cause principale de cette réalité serait le statut de l’université qui est toujours considérée comme étant un établissement public à caractère administratif et non pas un établissement susceptible de produire de la richesse. «Si l’on veut permettre à l’université de remplir sa mission, il faut impérativement repenser son statut», suggère le ministre. 
Ceci dit, avec ses 35.000 chercheurs, le Maroc est le pays africain qui compte le plus de chercheurs, soit environ 1.800 chercheurs par million d’habitants. 
À noter également que les universités et les centres de recherches nationaux ont déposé 117 brevets d’invention au titre de l’année 2017 et le nombre de publications scientifiques a augmenté de 54% 
entre 2014 et 2017. Mais que manque-t-il pour tirer profit de ces recherches ? «Au Maroc, nous avons la chance d’avoir suffisamment de ressources humaines pour pouvoir relever ce défi, mais encore faut-il qu’on trouve un passage simple entre la recherche universitaire et le monde industriel», souligne Ismail Akalay, ex-DG des mines et des industries de Managem. Même son de cloche pour Rabah Arezki, économiste en chef de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, qui précise que le Maroc regorge de grandes écoles et d’universités brillantes, il faut maintenant les rapprocher plus du secteur privé et faire en sorte que le cadre réglementaire et fiscal encourage cette innovation.  Pour le ministre de l'Éducation nationale, «nos entreprises n’ont pas encore intégré le réflexe de solliciter les chercheurs et de prospecter l’innovation. Seule une entreprise sur trois à l’échelle nationale déclare avoir mis en place une activité R&D qui, dans un cas sur trois, est totalement sous-traitée à l’extérieur de celle-ci». Les universités, de leurs côtés, doivent communiquer davantage sur leurs savoir-faire et expertise ; et gagner la confiance des industriels.

Vers un écosystème de R&D
Valorisation de la recherche, développement de la chaine de valeur, renforcement du capital humain… ce sont quelques idées clés à retenir des différents panels qui ont marqué cette édition de X-Maroc 2019. À l’unanimité, les intervenants ont souligné la nécessité de fédérer les efforts pour aller de l’avant dans la recherche, tous secteurs confondus. Un challenge qui ne peut être relevé qu’à travers le progrès en matière des ressources humaines, de la production scientifique et des moyens financiers, comme l’explique Omar Fassi Fehri, secrétaire perpétuel de l'Académie Hassan II des sciences et techniques. Pour le responsable, le nombre de doctorants et de brevets déposés d'origine marocaine demeure insuffisant. «Nous ne formons pas assez de cadres de la recherche, nous ne formons pas assez de docteurs et d’ingénieurs», a-t-il affirmé. Cette situation se traduit notamment par un manque des enseignants-chercheurs au niveau des établissements d’enseignement, qui vont assurer la formation et la recherche, la transmission des connaissances et la production des connaissances.
Autre défi à relever, la mise à niveau des moyens à la disposition des établissements. «Il faut mettre à jour les méthodes et les outils technologiques et adapter les formations pour répondre aux besoins actuels», déclare Hicham Medromi, directeur général de l'ENSEM (École nationale supérieure d'électricité et mécanique). Pour sa part, Chakib Nejjari, président de l'Université Mohammed VI des sciences de la santé, a appelé à une ouverture de l'université sur son environnement pour un réel développement de la R&D. En effet, une diversité et une complémentarité des acteurs sont de mise dans la mise en place de projets de recherche applicables, comme en témoigne Nawal Chraibi, directrice générale de la Moroccan Association for Science, Innovation and Research (MAScIR). «MAScIR compte à son actif plus de 160 brevets déposés au niveau national avec une trentaine au niveau international, plus de 600 publications dans des revues scientifiques à haut facteur d’impact, ainsi que plus d’une centaine de contrats avec des partenaires industriels», a-t-elle indiqué. La responsable de la Fondation, créée il y a plus de dix ans, a souligné l’importance de la promotion de la R&D, notamment celle orientée Industrie et Marché, à travers une collaboration plus étroite entre le public et le privé. L’idée étant de développer des solutions innovantes pour répondre aux besoins des partenaires industriels. Même son de cloche auprès d’Anas Lahlou, directeur des Partenariats à l'Université Mohammed VI Polytechnique, qui a rappelé que la réussite des projets R&D passe par une diversité et une complémentarité entre les différents acteurs. «Il y a une volonté de la part des chercheurs de concrétiser leurs travaux théoriques et leur assurer un ancrage industriel», a-t-il noté. L’enjeu étant de bâtir un écosystème de R&D à même d’accélérer le développement  du pays. 


Ils ont dit

Said Amzazi, ministre de l'Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique

«La recherche constitue le véritable levier de l’enseignement supérieur susceptible d'impacter positivement le développement économique et social de notre pays. Aujourd’hui, nous sommes en train de réorienter cette recherche vers une recherche plus appliquée. Le Maroc a lancé un certain nombre de chantiers structurants, notamment dans les domaines de l’énergie renouvelable, de l’aéronautique, de l’automobile. Les universités sont appelées à accompagner cette dynamique. L’objectif est 
de promouvoir l’innovation, véritable trait d’union entre la recherche académique et la recherche industrielle».

Khalid Safir, président du Groupe X-Maroc

«L’économie du savoir et l’innovation en général, et la recherche appliquée en particulier constituent un levier important pour booster la modernisation de l’économie marocaine. Et le Maroc a connu, ces dernières années, une évolution très intéressante en matière de R&D. Aujourd’hui, tous les ingrédients sont réunis pour passer à une nouvelle étape, créer de meilleurs liens entre le secteur privé et l’université marocaine et attirer de grands groupes internationaux afin qu’ils viennent installer leurs centres de recherche au Maroc. Cette dynamique est rendue possible notamment grâce aux compétences qui sont formées dans nos universités et 
nos écoles d’ingénieurs.» 

M’hamed Douiri, premier polytechnicien marocain

«C’est par le travail et la persévérance qu’on arrive à bâtir une bonne carrière. Les jeunes ont la responsabilité de diriger ce pays. À propos de la R&D, je pense que sans recherche, on ne peut aboutir à rien. Ainsi, le rôle des polytechniciens, entre autres, serait de développer la recherche là où ils sont. Qu’ils soient à l’université, en entreprise ou dans toute autre activité, ils doivent contribuer au développement de la recherche et de l’innovation».

Ismail Akalay, Ex-DG des mines et des industries de Managem

«La R&D est aujourd’hui une nécessité. Au Maroc, nous avons la chance d’avoir suffisamment de ressources humaines pour pouvoir relever ce défi, mais encore faut-il qu’on trouve un passage simple entre la recherche universitaire et le monde industriel. Les autorités doivent encourager 
les PME et les PMI marocaines à donner plus d’importance à la R&D, car il s’agit d’un levier de développement extrêmement important».

Rabah Arezki, économiste en chef de la Banque mondiale pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord

«La R&D permet d’assurer l’innovation. Ce qui se traduit par des gains de productivité et de revenus pour tous. C’est aussi le résultat d’un cadre institutionnel. La conférence organisée par X-Maroc reflète cette envie d’aller de l’avant. Le Maroc regorge de grandes écoles et d’universités brillantes, il faut maintenant les rapprocher plus du secteur privé et faire en sorte que le cadre réglementaire et fiscal encourage cette innovation».

Mohamed Horani, PDG de HPS

«Faire du Maroc un hub de la R&D est une très bonne idée, mais ce n’est pas une fin en soi. Il faut d’abord viser la performance des entreprises marocaines à travers une vision nationale de la R&D qui devra permettre l’émergence de pôles d’excellence en relation avec ce que nous savons déjà faire, en tenant en compte cette dimension de régionalisation avancée – car chaque région doit se spécialiser dans un domaine suivant ses atouts –, à l’exemple de Casablanca qui est bien placée pour porter le pôle d’excellence des Fintechs».

Mehdi Alaoui, fondateur de ScreenDy

«Le Maroc devrait réfléchir à mettre en place le crédit d'impôt et de recherche, à l’instar de plusieurs autres pays, pour justement inciter les entreprises à innover et à faire de la R&D. Ce procédé ne peut qu'avoir un impact positif sur la productivité dans les différents secteurs. Je pense qu'il y a un problème de confiance qu'il faut arranger. Il y a aussi le problème de fiscalité de groupes qui n'est pas encore mise en place. Mais nous ne pouvons pas nous permettre aujourd'hui, en 2019, à bloquer sur ces freins et ne pas appliquer cet impôt. L'enjeu est important, nous sommes en train de bloquer toute l'innovation au risque de voir des 
activités stagner et des entreprises disparaître». 

Tawfik Mouline, DG de l'Institut Royal des études stratégiques

Nous avons des îlots d’excellence au Maroc. Nous avons également les ingrédients d’un écosystème de la recherche scientifique et technique. Ce qu’il faut c’est construire cet écosystème et que les entreprises les plus innovantes puissent tirer les autres, particulièrement les petites et moyennes entreprises (PME). Il est possible de faire du Maroc un hub de la R&D comme c’est le cas pour les secteurs financier, aéronautique, aérien ou portuaire. Ce qu’il faut, c’est partir des acquis de la recherche scientifique au Maroc – et ils sont nombreux –, s’attaquer aux filiales et avancer plus vite que les autres pays, car nous sommes dans une compétition internationale. Il y va de l’avenir du Maroc.

Anas Lahlou, responsable Partenariats à l’Université Mohammed VI Polytechnique

 «La R&D au Maroc a connu une réelle dynamique qu’il faut renforcer pour passer à un autre cap. Il faudrait que d’autres acteurs viennent s’ajouter à ceux qui existent déjà, car il y a des maillons qui manquent à la chaîne par exemple pour le passage de la thèse à la mise sur le marché du produit. Ce sont des acteurs spécifiques qui apportent une valeur ajoutée au travail du chercheur et qui permettent d’apporter cette jonction entre le monde de la recherche et celui de l’industrie. C’est peut-être cette complétude d’écosystèmes qui permettrait le passage à un autre cap».

 Nabila Bakkass & Mohamed Sellam. 

 

 

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