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Samedi 04 Avril 2026
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Haro sur la violence en ligne visant les femmes journalistes

Établir comment les modèles de violence en ligne contre les femmes journalistes varient dans le monde surtout en cette période exceptionnelle de pandémie, examiner comment les femmes journalistes vivent la violence en ligne de manière intersectionnelle, évaluer l’efficacité des tentatives de lutte contre cette crise, faire des recommandations aux Nations unies, aux gouvernements, à l’industrie, aux organisations de la société civile et aux entreprises de technologie pour trouver des moyens plus efficaces de lutter contre le problème. Tels sont globalement les objectifs de l’enquête de l’Unesco et du Centre international des journalistes (International Center for Journalists/ICFJ).

Alors que le numérique a créé de nouvelles opportunités pour les femmes journalistes afin de s’affirmer en tant qu’actrices de changement, il s’est également accompagné de nouvelles formes de violence en ligne. Cette nouvelle forme de harcèlement fait partie des préoccupations des organisations nationales et internationales. «Les journalistes du monde entier sont ciblées en ligne et hors ligne et subissent divers types de menaces et d’attaques. Ces attaques prennent souvent une dimension sexiste ou sexuelle», a souligné Golda El-Khoury, directrice et représentante du bureau de l’Unesco pour le Maghreb. 

Préoccupée par trois questions : le harcèlement et les menaces en ligne peuvent conduire à l’autocensure et donc avoir un impact négatif sur la liberté d’expression et la diversité dans les médias, le préjudice psychologique infligé aux personnes menacées et harcelées en ligne ne peut être sous-estimé et la violence en ligne peut se traduire par une violence «hors ligne», c’est-à-dire des agressions physiques contre les femmes journalistes, L’Unesco et le ICFJ lancent une enquête mondiale pour évaluer l’ampleur des violences en ligne visant les femmes journalistes à travers le monde et pour aider à identifier des solutions à ce problème pernicieux. «L’étude mondiale, actuellement menée par le Centre international des journalistes (ICFJ) et commandée par l’Unesco, vise précisément à mieux comprendre cette question complexe du harcèlement en ligne et à formuler des recommandations fondées sur des données probantes sur ce que les différents acteurs devraient faire pour mettre fin à la violence en ligne contre les femmes journalistes. Il est important que ces actions prennent en compte la portée mondiale de l’internet ainsi que les réalités locales», ajoute la responsable onusienne.  Pour rappel, en 2016, le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies a adopté à l’unanimité la résolution 33-2 relative à la sécurité des journalistes. Suivi, en 2017, de l’Assemblée générale des Nations unies qui a adopté à l’unanimité la résolution (72-175) traitant la même problématique. 

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Entretien avec Golda El-Khoury, directrice et représentante du bureau de l’Unesco pour le Maghreb

«L’Unesco, en tant qu’Organisation des Nations unies ayant pour mandat de protéger la liberté d’expression, condamne toutes les formes de violences à l’encontre des journalistes»

Le Matin : L’Unesco et le Centre international des journalistes (International Center for Journalists / ICFJ) lancent une enquête mondiale pour évaluer l’ampleur des violences en ligne visant les femmes journalistes à travers le monde. Quelle est l’idée derrière ce travail ? 

Golda El-Khoury : Cette recherche vise à cartographier et à comprendre l’ampleur, la portée et l’impact du harcèlement en ligne des femmes journalistes. Les journalistes du monde entier sont ciblées en ligne et hors ligne et subissent divers types de menaces et d’attaques. Ces attaques prennent souvent une dimension sexiste ou sexuelle. L’Unesco est particulièrement préoccupée par trois questions : tout d’abord, le harcèlement et les menaces en ligne peuvent conduire à l’autocensure et donc avoir un impact négatif sur la liberté d’expression et la diversité dans les médias. Deuxièmement, le préjudice psychologique infligé aux personnes menacées et harcelées en ligne ne peut être sous-estimé. Et troisièmement, la violence en ligne peut se traduire par une violence «hors ligne», c’est-à-dire des agressions physiques contre les femmes journalistes.  Cette enquête fait partie d’une étude mondiale plus vaste, qui sera réalisée sur une année et qui utilise également d’autres formes de collecte de données, telles que l’analyse de données à grande échelle et la recherche sur le terrain. L’étude est unique en ce sens qu’elle tente d’étudier le harcèlement des femmes journalistes à l’échelle mondiale, comblant ainsi une lacune existante dans la recherche sur la sécurité des journalistes. Elle se focalise notamment sur le harcèlement en ligne dans les pays du Sud, et aborde la question de manière intersectionnelle, en s’intéressant par exemple à la manière dont l’appartenance ethnique, la sexualité, la religion et d’autres facteurs jouent également un rôle dans les attaques visant les femmes journalistes. 

Quels sont les pays ciblés ? 

L’enquête cible les femmes journalistes et responsables de médias dans le monde entier et est disponible en 5 langues (anglais, français, espagnol, portugais et arabe). En raison du caractère mondial de la violence en ligne, l’Unesco  et le CIFJ visent à atteindre le plus grand nombre possible de répondants avec cette enquête. Comme il y a eu jusqu’ici très peu de recherches sur l’ampleur et l’impact du problème dans les pays du Sud, cette étude vise à accorder une attention particulière aux expériences et interventions dans cette partie du monde. 

La violence sous toutes ses formes en général est un acte banni par toutes les ONG. Comment comptez-vous lutter contre ce fléau destructeur ? 

L’Unesco, en tant qu’Organisation des Nations unies ayant pour mandat de protéger la liberté d’expression, condamne toutes les formes de violences à l’encontre des journalistes. Le harcèlement en ligne des femmes journalistes est une question complexe qui doit être abordée par de multiples acteurs, notamment les gouvernements, les plateformes internet et les médias. L’Unesco offre une plateforme à travers laquelle ces acteurs peuvent coopérer et échanger des bonnes pratiques. Cela se fait notamment dans le cadre du Plan d’action des Nations unies sur la sécurité des journalistes, qui coordonne depuis 2012 les efforts de ces différents acteurs.  En outre, l’Unesco a mis en œuvre une panoplie de projets sur la sécurité des journalistes, y compris la sécurité des femmes journalistes. Cela comprend la publication de matériel de formation et d’éducation, l’organisation de formations, et la collaboration avec les organisations de presse ainsi qu’avec les autorités nationales, la société civile, et les services de police et du judiciaire pour mettre en place des protocoles et des mécanismes de prévention, de protection et de poursuite pour les crimes commis contre les journalistes.

Quelles seraient vos recommandations pour mettre fin à ces violences ? 

Le harcèlement en ligne est un problème complexe et nouveau qui ne peut être efficacement abordé que par une approche à plusieurs volets qui implique la participation active d’une variété d’acteurs - de la police et du système judiciaire aux intermédiaires Internet, en passant par les syndicats professionnels et les organisations de médias eux-mêmes. L’étude mondiale, actuellement menée par le Centre international des journalistes (ICFJ) et commandée par l’Unesco , vise précisément à mieux comprendre cette question complexe du harcèlement en ligne et à formuler des recommandations fondées sur des données probantes sur ce que les différents acteurs devraient faire pour mettre fin à la violence en ligne contre les femmes journalistes. Il est important que ces actions prennent en compte la portée mondiale de l’internet ainsi que les réalités locales.  Des pistes que nous explorons incluent la mise en œuvre de protocoles de sécurité dans les médias qui prennent en compte la question du harcèlement en ligne ; combler les lacunes dans les cadres juridiques nationaux et s’assurer que ces derniers offrent des voies de recours en cas d’attaques en ligne ; l’amélioration des protocoles de sécurité des plateformes en ligne ; ainsi que la formation des responsables des médias et des journalistes sur les questions de sécurité numérique. 

Propos recueillis par N.M.

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