Apprendre à vivre avec le virus et adapter son système sanitaire et éducatif au lieu de tenter de contrôler la propagation de la maladie, tel est l’une des recommandations émises par le professeur en médecine préventive, spécialiste des maladies infectieuses et épidémiologiste Jaâfar Heïkel, lors de son passage dans l’émission «l’Info en Face», animée par le journaliste Rachid Hallaouy. Selon cet expert, il est devenu urgent d’adapter la stratégie sanitaire adoptée par le Maroc à la nouvelle situation épidémiologique marquée par la hausse considérable du nombre de contaminations. La nouvelle stratégie devra être axée sur le dépistage et la prise en charge précoce des personnes vulnérables souffrant de maladies chroniques et des personnes âgées en priorité. Et pour ce faire,
M. Heïkel propose le renforcement de la coopération entre les structures de santé publique et privée à travers la mise en place d’une formule qui permet de transformer les cabinets médicaux privés en petits centres de santé afin de pouvoir prendre en charge à temps les personnes contaminées.
Sur un autre registre, abordant la situation épidémique, M. Heikel a reconnu l’existence d’une hausse considérable du nombre de contaminations, tout en soulignant que l’analyse globale de la situation montre que le taux de létalité reste assez bas et que le nombre des cas graves et de malades intubés demeure également limité. «Le taux de létalité ne dépasse toujours pas 1,9% sachant que les cas des malades intubés ne représentent que 30%. Et encore, nous observons une hausse des cas graves à cause du retard de la prise en charge», souligne-t-il.
Par ailleurs, revenant sur la décision du gouvernement d’opter exclusivement pour l’enseignement distanciel au niveau des huit préfectures de Casablanca, M. Heïkel a indiqué que cette décision a été prise dans le but de tenter de freiner la propagation du virus et de protéger les citoyens. Néanmoins, l’épidémiologiste a jugé que cette rentrée aurait pu avoir lieu normalement, dans la mesure où les enfants restent très peu contaminants. «Du point de vue scientifique, les études ont montré que l’impact du virus sur les enfants et moindre que sur les adultes. Je pense donc pour ma part que cette rentrée devait être gérée différemment et que le mode présentiel devait être maintenu tout en veillant bien sûr au respect strict et rigoureux des mesures de prévention et de distanciation. Il est important d’apprendre à cohabiter avec le virus tant que le vaccin n’est pas encore accessible», conclut M. Heïkel.