Économie

Entretien avec Denis Chemillier-Gendreau, président fondateur de Finactu, et Géraldine Mermoux, DG associée

Post-Covid-19 : «Nous sommes confiants dans l’économie marocaine, nous la savons résiliente»

Saïd Naoumi Saïd Naoumi, LE MATIN

Géraldine Mermouxet Denis Cahemillier-Gendreau.

Géraldine Mermouxet Denis Cahemillier-Gendreau.

Le Maroc a été réactif dans sa lutte contre la pandémie du Covid-19. Les mesures adoptées par le Royaume dès l’apparition du coronavirus vont dans le bon sens, celui de limiter la casse irréversible d’une telle crise. Celle-ci doit toutefois confirmer l’actualité brûlante d’une réforme de la protection sociale dans le pays. Une réforme qui doit, entre autres, être basée sur une rationalisation des dispositifs sociaux existants et se décliner à travers un registre social unique qui en sera la colonne vertébrale. L’analyse de Denis Chemillier-Gendreau, président fondateur de Finactu, et Géraldine Mermoux, DG associée.

Le Matin : Dans votre étude intitulée «Coronavirus et l’Afrique : quelles mesures pour atténuer l’impact de la crise sur l’économie africaine ?», vous suggérez aux gouvernements que les caisses de prévoyance sociale peuvent être un formidable levier dans la lutte contre des crises sanitaires et économiques. Qu’en est-il du Maroc ?
CH. Gendreau-G. Mermoux :
Ce que nous avons écrit, c’est que nos économies vont s’engager dans un formidable cercle vicieux dans lequel chacun, pour se protéger, va prendre des mesures qui vont pénaliser les autres et ainsi accélérer le désastre collectif. Le restaurant, obligé de fermer, licencie son cuisinier qui renonce à acheter sa nouvelle voiture au concessionnaire, qui licencie son vendeur, qui renonce à acheter sa nouvelle TV… C’est le fameux «multiplicateur keynésien», mais fonctionnant à l’envers. Dans cette sorte de spirale déflationniste, les institutions de sécurité sociale sont l’une des rares entités à ne pas être soumises à cet impératif du résultat financier, et donc à pouvoir jouer un rôle contracyclique. Et si le système de protection sociale a été bien géré, les caisses sont censées avoir des réserves financières pour le faire. Rappelons qu’un bon système de protection sociale doit faire en sorte que les engagements sociaux qu’il prend soient la juste contrepartie des cotisations qu’ils prélèvent. L’expression «juste contrepartie» signifie ici, en termes techniques, que les garanties sociales sont tarifées à leur prix actuariel. Si cela est le cas, les caisses gestionnaires de ces régimes engrangeront des excédents – et accumuleront donc des réserves – pendant les périodes de croissance forte de l’activité, qu’elles utiliseront pendant les périodes de ralentissement conjoncturel. Dans un contexte comme celui du Covid-19, il serait légitime que les caisses qui ont des réserves financières puissent utiliser ces dernières pour soutenir l’activité, soit en soutenant la demande à travers des mesures sur les prestations, soit en soutenant l’offre par un soutien des entreprises, ou encore en soutenant plus généralement l’activité en n’abandonnant pas, par exemple, les projets d’investissement. En d’autres termes, les caisses de prévoyance sociale ont la chance de pouvoir être des institutions relativement exonérées des contraintes de compétitivité financière : profitons-en ! 
Évidemment, dans le contexte marocain, cela prend une tournure difficile puisque les caisses souffrent de difficultés chroniques. Pour autant, elles ont encore des réserves financières, fruit du dynamisme économique et démographique des décennies passées. Prenons la CNSS, qui dispose d’une cinquantaine de milliards de dirhams de réserves. Il est clairement dans l’intérêt de cette grande institution de la sécurité sociale marocaine que le plus grand nombre d’entreprises survivent à la crise : une entreprise qui meurt des conséquences du Covid-19, c’est des cotisations en moins au moment de la reprise. C’est donc un bon investissement, dans l’intérêt même de la CNSS, d’utiliser une partie de ses réserves actuelles pour soutenir les entreprises qui, demain, le lui rendront en ayant survécu à la crise et en continuant à payer des cotisations. C’est, d’ailleurs déjà, ce que la Caisse fait avec l’annonce d’une suspension du paiement des charges sociales dans certains cas, la mise en place d’indemnités spécifiques, le maintien des allocations familiales et de l’Assurance maladie obligatoire, la mobilisation de trois nouvelles polycliniques en appui aux efforts de lutte contre la pandémie et sa contribution de 500 millions de DH au Fonds spécial anti-Covid-19.

Les caisses de prévoyance sociales au Maroc, avec les déséquilibres financiers dont pâtissent certaines, peuvent-elles finalement jouer ce rôle d’amortisseur de chocs ?
Les déséquilibres dont vous parlez, et qui sont tout à fait réels – hélas – ne se traduisent pas encore par des problèmes de trésorerie et les caisses qui gèrent des régimes obligatoires peuvent utiliser à la marge leurs réserves financières. Sur les régimes de bases (CNSS, CMR, RCAR), l’on totalise plus de 200 milliards ! Nous savons tous – et Finactu en particulier, puisque nous avons l’honneur d’accompagner le Royaume dans la réforme en cours du système de retraite – que ces réserves sont là pour servir à payer, demain, les engagements viagers accumulés. Et nous savons qu’elles n’y suffiront pas, et de loin. Mais si, pour protéger ces réserves, on laisse cette crise tuer trop d’entreprises, on hypothèque aussi l’avenir de ces mêmes institutions, en les privant des cotisations de demain. Il faut trouver le juste compromis et identifier les bonnes mesures pour sauver tout ce qui peut l’être. Accorder des facilités de paiements des cotisations aux entreprises me semble être de bonne politique, comme le font déjà les caisses marocaines.

La CNSS a donc été investie de la mission d’octroyer des aides financières aux salariés vulnérables touchés par la crise sanitaire. Quel impact cela aura-t-il, en post-crise, sur sa manière de fonctionner et surtout sur son rôle ?
Ces choix politiques confortent le rôle central de la CNSS dans la protection sociale marocaine. Et ce rôle est amené à prospérer considérablement avec les projets d’extension aux populations non-salariées ou informelles. Rappelons que si la CNSS a considérablement progressé dans la couverture des salariés du secteur formel, elle ne bénéficie pas encore aux non-salariés, qui forment le gros du bataillon des travailleurs. C’est tout l’enjeu de cette grande institution, plus encore demain après la crise qu’avant : comment faire pour étendre sa couverture à tous ? Car nous réalisons que si la CNSS avait aujourd’hui la couverture qu’elle ambitionne, elle aurait aussi une force de frappe bien supérieure, et le soutien qu’elle peut apporter serait bien plus grand.

De manière générale, quelle lecture faites-vous des mesures économiques anti-Covid-19 prises dans le cadre du Comité de veille économique ?
Ces mesures vont évidemment dans le bon sens, qui est de limiter la casse irréversible d’une telle crise, toujours avec l’idée qu’une entreprise qui meurt pendant la crise, c’est une entreprise de moins après la crise pour payer des impôts, des cotisations sociales et procurer du travail… Ce qui est frappant dans la réaction du Maroc à la crise, c’est sa fulgurance, avec des mesures puissantes et rapides. Ce qui est la clé du succès face à une épidémie de cette nature. On note, d’ailleurs, que cette fulgurance est récompensée : le Royaume souffre clairement moins de la crise que d’autres pays, comme nous le montrons dans notre étude.

Comment imaginez-vous l’après-Covid-19 au Maroc sur les plans économique et social ? 
Cette crise confirme l’actualité brûlante d’une réforme de la protection sociale au Maroc, déjà soulignée avec forme par Sa Majesté dans Son Discours du Trône de l’été 2018. Deux axes animent cette réforme. Le premier est celui d’une rationalisation des dispositifs sociaux existants, sur la base d’un registre social unique qui en sera la colonne vertébrale. Avec un tel outil, permettant une connaissance fine de la population et de ses besoins sociaux, il serait possible, en ces temps de crise, d’atteindre rapidement cette population avec des cash-transferts de soutien plus ciblés et donc plus efficaces. Finactu a eu le privilège de travailler sur cette réforme sur financement de l’Unicef. Le second axe est celui de la réforme des régimes de retraite, déjà lancée, mais qui doit être accélérée. Si les régimes de retraite actuels, au lieu d’être sur un mode défensif face à des déficits incessants, étaient plus forts grâce à une réforme de leurs paramètres, ils pourraient être plus offensifs face à cette crise et engager un soutien plus actif de l’économie.
Ceci étant dit, nous sommes confiants pour l’économie marocaine, d’abord car nous la savons résiliente, ensuite parce que le Royaume peut espérer être moins touché que les pays d’Europe ou d’Amérique. Rappelons que le Covid-19 est une maladie qui touche principalement les personnes au-delà de 60 ans, et notamment celles qui souffrent d’une comorbidité, sont en surpoids et fument. Or, le Maroc présente sur ces critères d’importantes différences par rapport aux pays industrialisés vieillissants. Les équipes de Finactu ont ainsi calculé que le Maroc, grâce à sa jeunesse, présente presque trois fois moins de risque qu’un pays comme la France en termes de mortalité. 

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