Dans ses récentes expositions, Najia Mehadji avait offert deux thématiques rétrospectives qui ont investi les espaces des deux Villas des arts de Rabat et Casablanca, sous l’intitulé «Le trait et la forme, 1985-2018» et «Le flux et la danse, 2011-2018». Un vrai challenge, car c’était la première rétrospective présentée dans son pays d’origine, où elle vit partagée entre Essaouira et Paris. Najia est connue pour son sujet de prédilection : la vague qui est, en effet, présente dans son esprit comme dans son œuvre depuis fort longtemps. Déjà à l’adolescence, Najia Mehadji offrait à ses proches de petits tableaux de vagues, premières peintures inspirées de cartes postales où les vues de bords de mer l’attiraient de façon irrésistible. Puis vinrent les années de formation, au milieu des années 1970.
La curiosité et le désir d’expérimentation amènent l’étudiante en arts plastiques vers la pratique du théâtre et de l’expression corporelle. «Dans une recherche de fusion, d’unité entre ces disciplines, le corps devient un instrument privilégié, le geste l’essence même du travail. Le corps entier, le bras, la main, comme parcourus par une onde, s’engagent dans un mouvement dont subsistera la trace inscrite sur le mur, le papier ou la toile. De cet élan créateur, découlent des œuvres au fusain, des empreintes de baguettes de balsa préalablement encrées, traits et traces nés d’une énergie vibratoire. Oscillation, frémissement de l’onde graphique comme de l’onde sonore… Certains dessins présentent alors une troublante ressemblance avec des sonagrammes de chants d’oiseaux. La musique est présente dans l’atelier de Najia Mehadji».
Dans l’analyse de la provenance des sources auxquelles puise Najia ses sujets, Nathalie Gallissot, conservatrice en chef du musée d’art moderne de Céret, évoque ses racines plurielles occidentales et orientales, où contemplation, union du corps et de l’esprit, vérité, engagement, passage de témoin et expression pure se rejoignent dans ses œuvres. «Le corps est là, dans la voix, le geste, le souffle. Ses mouvements, son échelle, donnent aux premiers dessins l’élan de leur gestuelle, une construction, un espace. La pensée ne lui est pas étrangère ou extérieure, elle ne fait qu’un avec ce corps qui est bien plus qu’une enveloppe». Toute une symbolique profonde qui porte l’œuvre de Mehadji dans un langage pictural tendant à l’abstraction et à l’universel.
Tête-à-tête réalisé par l’équipe de l’Atelier 21
Votre état d’esprit actuel ?
Interrogatif.
Votre espace de travail ?
Mon atelier près d’Essaouira.
Votre programme du jour ?
Travailler, lire, regarder des films et cuisiner.
Un livre ?
«La Promenade au phare» de Virginia Woolf.
Une œuvre d’art ?
«Andreï Roublev» de Tarkovsky.
Une envie tout de suite ?
Être au mois de juin.
Votre devise favorite ?
«Une situation dramatique engendre toujours du positif».
Comment voyez-vous le monde après le confinement ?
Plus conscient j’espère.
Quel est le message que l’univers nous envoie ?
L’être humain est une goutte d’eau dans l’océan.