Culture

Poterie et céramique, un art qui peut raconter bien des histoires

Ahmed Kdadri : «Il faut avoir une culture nationale pour encourager le produit de l’artisanat marocain»

Ouafaa Bennani Ouafaa Bennani,

Transmis de père en fils, l’artisanat marocain est un savoir-faire ancestral. Il s’illustre dans plusieurs matières, notamment le bois, la laine, le cuir, l’argent, le métal, le textile, la pierre, le doum, la céramique, l’argile… La poterie marocaine, l’une des composantes de cette diversité artisanale, a toujours représenté la culture locale de chaque région et de certaines villes comme les poteries et céramiques réputées de Fès, Safi et Salé. Au Complexe des potiers de l’Oulja à Salé, le visiteur, qu’il soit marocain ou étranger, reste ébahi par cet art qui a connu des jours florissants. Hélas, aujourd’hui, pour plusieurs causes, il est dans une situation de lutte pour une survie qui risque d’être courte.

Entretien avec L’Mâalem Ahmed Kdadri, un vétéran du renouvellement dans la poterie marocaine

Un parcours singulier, plein de collaborations 
avec des artistes-peintres, des designers et des sculpteurs

Le Matin : Racontez-nous un peu vos débuts et votre évolution dans l’univers de la poterie et de la céramique ?
Ahmed Kdadri
: Mes premiers débuts dans ce domaine étaient à un âge très précoce où je venais, avec d’autres enfants de mon âge, dans les périodes de vacances d’été, dans les ateliers de poterie pour apprendre un peu à façonner la pâte d’argile et lui donner différentes formes. Après, il y a eu la période du ministre de l’Artisanat, Abdellah Gharnit, qui avait une vision évolutive concernant ce domaine, en faisant appel aux fils des Mâalmine qui ont arrêté leurs études pour apprendre le métier d’artisanat sur des bases académiques.
Il a ouvert un Institut à la Direction de l’artisanat. J’ai entamé ma première année de ce diplôme en 1972 avec le professeur Mrini des métaux, le professeur-dessinateur Sassi, puis ils ont fait venir une Canadienne qui nous apprenait la pratique de la poterie avec une grande technique. Après les deux années de théorie (où j’ai appris le tour, la préparation de l’émail, de l’argile, la décoration sur poterie traditionnelle et moderne), nous sommes venus à El Oulja pour faire la pratique. Dix années plus tard d’expérience et de maîtrise du métier, j’ai pensé à créer un nouveau style dans la poterie qu’on n’a jamais vu à Salé. J’ai commencé à faire des casbahs, des musiciens, des gnaouis, des porteurs d’eau… Mon objectif était de fonder une nouvelle école dans l’univers de la poterie. Et c’est ainsi que, jour après jour, les idées viennent et les sujets se diversifient. C’est aussi grâce aux deux années que j’ai faites avec de grands professeurs qui m’ont appris énormément de choses sur ce volet.

Comment a été accueilli ce changement brutal dans la poterie, surtout ici à El Oulja ?
Il a été mal interprété. La nouveauté choque toujours au départ. Mais quand ils ont vu combien les étrangers appréciaient mes travaux et les considéraient comme des pièces artistiques, ils ont commencé à croire en ce que je fais. Beaucoup de médias étrangers sont venus me voir pour réaliser des entretiens avec moi sur mes travaux. Je recevais des commandes de plusieurs pays qui ont compris que ce que je faisais est un art et une science qui demandent de nouvelles idées et beaucoup de maîtrise. Par la suite, j’ai commencé à encadrer des jeunes apprentis en leur transmettant mes connaissances, aussi bien dans la poterie que dans la céramique pour qu’ils puissent être au-devant de la scène et poursuivre le travail que j’ai entamé.

Est-ce que nos villes, connues pour leurs céramique et poterie, gardent toujours leur spécificité dans ce domaine ?
En effet, chaque ville a son cachet qui la distingue de l’autre. La manière de travailler à Salé n’est pas la même à Fès. Celle de Fès n’est pas comme celle de Safi. Mais ce n’est pas le cas actuellement. Sauf pour quelques Mâalmine qui gardent encore cette authenticité.

L’artisanat marocain a connu des années de gloire. Ce qui n’est plus le cas ces dernières années. Quelles en sont les raisons ?
D’abord, la majorité des grands maîtres sont décédés. Beaucoup de leurs enfants n’ont pas suivi le même chemin. Donc, il n’y a pas eu de relève pour reprendre le flambeau. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’artisanat connaît des jours durs. La deuxième raison est que beaucoup de gens qui travaillent dans ce domaine se sont dirigés vers ce qui est plus commercial. L’apparition des usines de céramique a tué l’artisanat et le Mâalem-artisan qui travaille avec son cœur, son esprit et son âme ne peut pas rivaliser. Puis le manque d’encouragement de la part du citoyen lui-même. Quelque 20 ou 30% de gens respectent encore ces artisans et achètent leur produit. Ces personnes qui possèdent cette culture nationale ne sont pas nombreuses, malheureusement. Les autres ne font pas la différence entre ces pièces faites à la main et celles produites par les machines. Elles ne savent pas que la valeur de cette pièce peut devenir inestimable avec le temps et peut même faire partie, après des années, d’une collection muséale.

Comment peut-on inculquer cette culture nationale au citoyen ?
Cette culture doit d’abord commencer dans les écoles. À titre d’exemple, dans les écoles des missions qui font des ateliers pour leurs élèves dans plusieurs disciplines (musique, danse, gâteaux, poterie, céramique…). Cela fait une trentaine d’années que certaines de ces missions font appel à moi pour animer des ateliers de pratique dans la poterie et la céramique. Il ne faut pas oublier les médias et leur rôle important dans la promotion de notre artisanat.

Dans votre longue carrière, vous avez collaboré avec plusieurs artistes-peintres et sculpteurs. En ce moment, vous collaborez avec l’artiste-styliste et designer Fatimah Al Jarrari. Que pouvez-vous nous dire sur ce projet ?
C’est vrai que j’ai une grande expérience de collaboration avec les artistes. Ils sont plus de 80 avec qui j’ai travaillé et que j’ai exposés dans différents espaces, notamment le Théâtre national Mohammed V et plusieurs instituts, au Maroc et à l’étranger. S’agissant de Fatimah Al Jarrari, c’est d’abord une grande artiste qui a des projets grandioses. C’est aussi une éducatrice confirmée. Elle a une grande connaissance du design. Mais au-delà du projet sur lequel nous travaillons actuellement, elle a, également, des idées pour sauver les enfants abandonnés, ceux de la rue et ceux qui ont arrêté leurs études, en leur créant un espace où ils peuvent apprendre un métier. Elle pense aussi à créer des moules et faire travailler ces enfants. Je suis très satisfait du résultat et fier de collaborer avec cette dame. L’artisanat marocain a besoin de gens comme Fatimah pour avancer avec la science et l’académisme. Car Fatimah est une designer internationale qui a vécu en Australie, au Liban et voyagé un peu partout dans le monde. Elle connaît beaucoup de cultures et de civilisations. Il faut la comprendre et l’encourager, parce que c’est un projet qui aura un grand succès et beaucoup d’impact sur le Maroc. Cela ouvrira de nouveaux horizons et de nouvelles écoles où vont travailler beaucoup de jeunes. C’est toute une dynamique qui va se créer.


Questions à Fatimah Al Jarrari, styliste et designer 

«Mon projet se résume en deux points importants : le recyclage et la pérennité»

Le Matin : Parlez-nous un peu de votre projet «Al-Chaâbi Esthétique» ?
Fatimah Al Jarrari
: «Al-Chaâbi Esthétique» est un projet dont l’idée germait dans ma tête depuis quelques années. Mais puisque le concept veut dire «du peuple au peuple», il a fallu que j’étudie le peuple, que je le connaisse et que je le comprenne pour bien mener ce projet comme je l’imaginais. C’est pour cela que tout ce qui est utilisé dans ce projet provient du peuple et de la tradition marocaine, notamment le domaine de l’artisanat. C’est-à-dire «de la terre à la terre» qui se résume dans deux points importants qui sont le recyclage et la pérennité, sachant que la culture du design est un repère important dans l’Islam. Au Maroc, nous trouvons des objets qui sont restés depuis des milliers d’années sans perdre de leur authenticité et de leur utilisation.
 
Comment s’est déroulé le travail avec L’Mâalem Ahmed Kdadri ?
Je ne le connaissais pas avant ce projet. Je suis allée en premier lieu chez L’Mâalem Driss Tazarni. Quand il a vu mes dessins, il m’a dit que ce n’était pas lui qui pourrait concrétiser mes designs. Ainsi, il m’a amenée chez L’Mâalem Ahmed qui a été au départ surpris par ce que je lui ai présenté. Mais il a tout de suite accepté de travailler avec moi. Le premier essai n’était pas assez bon. Par la suite, quand il a compris ce que je voulais, il m’a étonnée par son travail. Cela a été un bon résultat et nous étions tous les deux très contents. Puis nous nous sommes attaqués aux couleurs, et ce à travers l’idée que j’ai eue de rapporter toutes les couleurs que j’ai vues dans la collection de peintures exposée au Musée Mohammed VI sur l’histoire de la peinture au Maroc. Des couleurs que j’avais vues au Maroc, il y a une trentaine d’années. Quand nous sommes arrivés aux phases finales du projet, j’ai compris que Si Ahmed est un grand Mâalem qui a beaucoup de connaissances et l’expérience de plusieurs années de travail et de recherches. On a donc réussi tous les points dans le design que j’avais proposé. Il restait un seul point qui est celui de donner à ces pièces une portée internationale en y ajoutant d’autres accessoires. C’est le but de ce projet, c’est-à-dire avoir un design international très développé qui a pris naissance au Maroc, par des Marocains.
 
Vous avez parlé de faire revivre quelque chose qui est en train de mourir. Comment ?
À chaque fois que je repartais de El Oulja, j’avais l’impression de laisser derrière moi un lieu qui meurt petit à petit. C’est là où m’est venue l’idée d’élargir ce projet. Ainsi, après l’exposition de cette collection au Maroc, on va faire en sorte de la présenter un peu partout dans le monde. L’étape suivante est de donner à ce projet plus d’importance et d’impact. Nous nous sommes mis d’accord, moi, Ahmed Kdadri, Driss Tazarni et Mustapha Bougattaya (Neqqach), pour organiser des masterclass pour des jeunes pour faire revivre ce domaine et le transmettre aux générations futures. Donc, notre travail ne va pas s’arrêter à l’exposition. 
Nous envisageons d’aider les enfants de la rue et ceux qui ont arrêté leurs études, en leur apprenant un métier. On va aussi les payer pour qu’ils puissent subvenir à leurs besoins et même réaliser leurs propres projets. On va leur apprendre comment gérer leur vie et leur argent pour qu’ils soient indépendants.
 Moi, de mon côté, je vais choisir les plus brillants pour leur transmettre mon expérience pour les aider à se développer et faire évoluer leur art pour qu’ils soient fiers de leur travail marocain et islamique. 

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