Nation

Interview avec l’ambassadeur d’Italie au Maroc

Armando Barucco : «Le Maroc est un partenaire stratégique de l’Italie et de l’Europe à 360 degrés»

Abdelwahed Rmiche Abdelwahed Rmiche,

Armando Barucco, ambassadeur d’Italie au Maroc.

Armando Barucco, ambassadeur d’Italie au Maroc.

«Le Maroc est un partenaire stratégique de l’Italie et de l’Europe à 360 degrés. C’est pour cette raison que nous considérons qu’il est essentiel de préserver et de renforcer le cadre juridique existant», a affirmé Armando Barucco, l’ambassadeur d’Italie au Maroc. Dans un entretien accordé au «Matin», le diplomate italien a mis en avant «la valeur ajoutée incroyable» pour le système social et économique italien générée par la communauté marocaine en Italie. C’est la première communauté résidente non européenne, avec près d’un demi-million de présences enregistrées et plus de 65.000 entreprises individuelles, a-t-il expliqué. S’agissant du G20 que Rome a abrité les 30 et 31 octobre dernier, M. Barucco a souligné que la principale avancée de ce sommet est la relance du multilatéralisme. «C’est un point essentiel pour l’Italie, qui fait du soutien au multilatéralisme l’une des pierres angulaires de sa politique étrangère».

Le Matin : À l’issue d’une réunion de deux jours à Rome, les pays du G20 ont réussi à se mettre d’accord sur nombre de points, notamment sur le climat, la relance post-pandémie et l’aide aux pays pauvres. Quelle est selon vous la plus importante avancée réalisée ?
Armando Barucco :
Sans aucun doute, la relance du multilatéralisme. Les décisions prises lors du G20 contribueront de manière remarquable à définir la réponse aux défis du monde post-covidien. Depuis Rome, nous avons lancé un nouveau pacte entre les personnes, les États et les générations pour construire, comme l’a déclaré notre Premier ministre, Mario Draghi, un nouveau modèle économique. À l’égard des objectifs concrets, je tiens particulièrement à mentionner la taxe de 15% sur les multinationales, l’engagement de 100 milliards pour la transition écologique des pays en voie d’industrialisation, la neutralité carbonique d’ici le milieu du siècle et le renforcement du rôle des femmes dans tous les processus décisionnels.
Outre les objectifs numériques, comme je l’ai dit, l’élément central du G20 est la volonté commune de tous les participants de procéder dans un climat de transparence et de multilatéralisme. C’est un point essentiel pour l’Italie, qui fait du soutien au multilatéralisme l’une des pierres angulaires de sa politique étrangère. C’est également un point important pour la poursuite des travaux sur les questions environnementales lors de la COP 26, dont l’Italie assure la coprésidence avec le Royaume-Uni. Sur ce point, comme sur les questions du G20, les travaux se poursuivront même après les réunions, dans un climat de partenariat étroit avec l’Union européenne et les Nations unies.

Quel rôle a joué l’Italie pour parvenir aux accords du weekend dernier ?
Fondamental. Tant du point de vue des négociations que du point de vue symbolique. En 2021, l’Italie a eu la présidence du G20 et la coprésidence de la COP 26. C’était une circonstance clé qui nous a permis d’unir les deux voies de négociation en plaçant les personnes, la planète et le développement au centre du débat, avec un fort accent sur la relance de la croissance globale et sur la lutte contre les changements climatiques et les inégalités sociales. Nous avons été le premier pays en Occident à subir les pires effets de la pandémie et à prendre des mesures de riposte énergiques, telles que le confinement et la vaccination de masse. Même à contre-courant, alors que d’autres pays ne le jugeaient pas nécessaire.
L’inclusion sociale et la lutte contre les inégalités – des thèmes au cœur du G20 et de la COP 26 – sont des questions sur lesquelles l’Italie a développé une forte conscience politique et nationale, notamment en raison des conséquences de la Seconde Guerre mondiale. En l’espace de 30 ans, l’Italie est devenue l’une des sept grandes puissances industrielles du monde. Ce processus a transformé notre société, en plaçant la dignité du travail, la mobilité sociale et l’égalité au cœur de la vie commune. Ce n’est pas une coïncidence si c’est en Italie que le coefficient de Gini, l’une des principales mesures permettant de calculer les inégalités de revenu et de richesse, a été mis au point.

Le G20 réaffirme l’objectif de l’Accord de Paris, à savoir «maintenir l’augmentation moyenne des températures bien en dessous de 2 degrés et poursuivre les efforts pour la limiter à 1,5 degré au-dessus des niveaux pré-industriels». Visiblement, c’était insuffisant aux yeux du SG de l’ONU. Ce dernier a déclaré sur twitter : «Je salue l’engagement renouvelé du G20 en faveur de solutions au niveau mondial, mais je quitte Rome avec des espoirs déçus – même s’ils ne sont pas enterrés». Qu’en pensez-vous ?
La réalisation des objectifs climatiques est le grand défi de ce siècle. Le bien-être des générations futures en dépendra. L’Italie a placé les jeunes au centre des travaux préparatoires de la COP26. Nous avons organisé à Milan l’événement Youth4Climate, la Cop des jeunes, dans la période précédant les négociations. C’est la première fois dans l’histoire des COPs. Y4C a offert aux jeunes délégués une occasion sans précédent de dialoguer directement avec les décideurs. Une manière concrète d’inclure les décideurs du futur avec une méthode que nous voulons inclure de façon permanente dans l’organisation des COP. À Glasgow, nous avons annoncé un budget annuel d’environ 4 millions d’euros pour faire de la conférence Youth4Climate un événement annuel fixe.
L’objectif de 1,5 degré reste extrêmement ambitieux, notamment en raison de l’opposition de certains pays. Les différences d’opinions sont naturelles. Mais c’est précisément parce que l’objectif est ambitieux que l’heure n’est pas aux reproches, mais plutôt à la collaboration et au dialogue pour trouver un modèle qui puisse répondre aux différents besoins de développement. Nous avons perdu trop de temps. Déjà en 1975, Pier Paolo Pasolini – avec la puissante métaphore de la «disparition des lucioles» – avait dénoncé les conséquences d’un modèle de développement qui avait progressivement perdu la compréhension du lien indissoluble entre la protection de la nature et la dignité de la personne.

Les pays du G20 s’engagent à reverser aux pays vulnérables 100 milliards de dollars sur le montant global de 650 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux (DTS) émis par le Fonds monétaire international (FMI) pour affronter la crise causée par la pandémie. Les promesses de dons s’élèvent jusqu’ici à environ 45 milliards de dollars. Quelle est la contribution de l’Italie dans cet engagement ? Le Maroc est-il éligible pour bénéficier de cette manne ?
À Glasgow, le Premier ministre italien, Mario Draghi, a proposé la création d’une task force chargée d’élaborer des propositions concrètes au niveau des Nations unies et de mobiliser et d’encourager les investissements privés, avec l’aide des banques multilatérales de développement et de la Banque mondiale. Il s’agit de mobiliser plusieurs milliers de milliards de dollars en perspective, en s’appuyant sur le partenariat public-privé et sur les capacités des institutions financières internationales. Les instruments à utiliser comme modèle existent, de même qu’une forte prise de conscience de l’urgence climatique de la part des grands investisseurs privés. L’Italie veut être le chef de file de cet effort, tant sur le plan stratégique que financier, en s’appuyant également sur des partenariats bilatéraux fructueux, comme celui avec le Maroc. Le Maroc sera certainement en mesure d’accéder à ces ressources, notamment en raison de son leadership mondial incontesté dans le développement des ressources renouvelables.

En visite au Maroc, en juillet dernier, la ministre italienne de l’Intérieur avait déclaré que «le Maroc est un partenaire essentiel pour toute stratégie efficace sur le front des migrations, de la sécurité et du développement». Où réside l’importance du partenariat avec le Maroc dans les domaines sécuritaire et migratoire ?
Le Maroc est un partenaire stratégique de l’Italie et de l’Europe à 360 degrés. C’est pour cette raison que nous considérons qu’il est essentiel de préserver et de renforcer le cadre juridique existant. Le concept de sécurité mutuelle est le fondement de nos relations bilatérales et, plus généralement, des relations entre le Maroc et l’Union européenne. Il s’agit toutefois d’un concept qui est étroitement lié aux relations économiques et culturelles. Dans le cas de l’Italie, cela prend aussi la forme de programmes de bourses d’études pour les jeunes Marocains et de financements pour la préservation du patrimoine culturel national, comme à Chellah, Volubilis et Lixus. Ce sont des éléments que nos pays ont voulu consolider avec la Déclaration conjointe de 2019, un document essentiel pour renforcer de manière décisive notre coopération bilatérale. Sur la base de ce document, on a une coopération étroite et continue sur les dossiers sécuritaire et politique. À l’occasion de la récente visite de la ministre de l’Intérieur, Luciana Lamorgese, en juillet dernier, nous avons décidé de créer un groupe de travail sur les questions de migration. Un exemple concret du dialogue en cours avec les autorités marocaines. Un dialogue que nous entendons poursuivre également au niveau stratégique. C’est pour cette raison que nous avons invité le Maroc à participer au plus haut niveau à la prochaine édition des «Med Dialogues», le principal événement mondial consacré à la Méditerranée élargie, qui se tient à Rome chaque année en décembre.

Comment se porte la coopération économique entre Rabat et Rome ? Quelles sont les principales entreprises italiennes installées au Maroc ?
Je suis convaincu qu’on est déjà dans un «quantum leap» dans notre coopération. Le commerce entre l’Italie et le Maroc a crû au cours des cinq premiers mois de l’année de 47,6% par rapport aux mêmes mois en 2020. Les exportations (+43,6%) et les importations (+55,6%) ont augmenté également. L’Italie est désormais le troisième partenaire européen du Maroc, ainsi que le cinquième fournisseur et le quatrième marché de destination des exportations marocaines dans le monde. Les mesures de soutien économique prises dans notre pays face à la Covid-19 sont en train de produire une forte croissance prévue autour de 6% du PIB, avec d’excellentes perspectives pour les investissements italiens à l’étranger au cours des deux prochaines années.
Les données nous montrent que nos systèmes économiques sont désormais en train de réaliser le potentiel réel de notre coopération, ouvrant la voie à une coopération qui va au-delà des secteurs traditionnels, tels que l’agroalimentaire, les machines et l’automobile. Le développement du secteur des énergies renouvelables est stratégique pour la réalisation d’un modèle de développement respectueux de l’environnement, durable et inclusif. Un secteur dans lequel l’Italie possède une expertise mondiale incontestée, grâce à l’action de grands groupes industriels tels que Enel Green Power, SNAM et SAIPEM et beaucoup d’autres, grands, moyens et petits. Certains sont déjà présents, beaucoup d’autres sont exceptionnellement intéressés à aider le Maroc à renforcer ses atouts énergétiques et industriels. Nous voulons nous appuyer sur la coopération solide et structurée avec le Maroc, par exemple dans le domaine de l’énergie éolienne, pour développer un partenariat dans des domaines clés pour l’avenir de l’énergie, comme la production d’hydrogène vert.
Aujourd’hui, les entreprises italiennes, ou celles qui ont une forte présence italienne, sont présentes au Maroc dans tous les secteurs. Je pense à Enel Green Power, ENI, CNH, Grandi Navi Veloci, Stellantis, ou à l’ensemble du cluster des composants automobiles : Marelli, SIGIT, Promaghreb, MTA, Denso, pour n’en citer que quelques-uns. Le partenariat économique italo-marocain est caractérisé par des expériences très réussies, qui profitent avant tout aux travailleurs marocains avec des milliers d’emplois créés.

L’Italie abrite une importante communauté des Marocains résidants à l’étranger. Quelle valeur ajoutée apporte cette diaspora à l’Italie ?
La communauté marocaine en Italie est la première communauté résidente non européenne, avec près d’un demi-million de présences enregistrées et plus de 65.000 entreprises individuelles. Il s’agit d’une valeur ajoutée incroyable pour le système social et économique italien, très appréciée pour le haut niveau d’intégration atteint. Il faut renforcer davantage le réseau institutionnel qui soutient les fortes relations humaines existant entre nos pays. Nous avons lancé de nombreuses initiatives et beaucoup d’autres sont en préparation pour les années à venir. À tous les niveaux : des accords entre universités – comme celui récemment conclu par l’Université Mohammed VI Polytechnique et l’Université LUISS de Rome – à l’expansion de la coopération pour la préservation du patrimoine culturel et au renforcement de nouveaux instruments financiers pour faciliter les envois de fonds et soutenir l’entrepreneuriat de retour. L’ambassade, l’Agence pour le commerce extérieur, l’Institut de culture – en somme tout le «Système Italie» – sont pleinement engagés dans cet effort, avec l’ensemble du système institutionnel et financier italien et toutes les institutions marocaines.

Entretien réalisé par Abdelwahed Rmiche

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