Culture

Musée Yves Saint Laurent - Marrakech

Bert Flint : Plus qu’une exposition, un voyage

Souad Badri Souad Badri,

Le Musée Yves Saint Laurent - Marrakech présente une exposition qui dessine le portrait de Bert Flint, regardeur passionné, qui a su mesurer par sa proximité avec les différentes cultures marocaines et subsahariennes leur caractère paradigmatique. Elle regroupe plus de 200 œuvres de sa collection personnelle que Mouna Mekouar, commissaire de cette exposition, a volontairement sélectionnées avec la complicité de Bert Flint. Car tous ces objets témoignent de son regard sur la diversité et la richesse des traditions rurales et berbères qui se sont épanouies de l’Atlas à l’Anti-Atlas et du Sahara au Sahel. Nous vous invitons, à travers ce reportage, à découvrir les merveilles et les secrets de cette exposition qui se poursuit jusqu’au 30 mai 2021.

Pour comprendre l’esprit de cette exposition, il était indispensable de la vivre comme un voyage et un conte raconté élégamment par Mouna Mekouar. Cette histoire, elle a tenu à la commencer par un aperçu sur la vie de Bert Flint et comment il a découvert le Maroc. Bert Flint est arrivé en 1956-1957 à la recherche de l’héritage andalou vivant. Très rapidement, il va se rendre compte que le vrai patrimoine à chercher est l’héritage berbère avec sa profondeur africaine. Il va donc commencer à accumuler tout ce qu’il relevait de la culture berbère, nomade, semi-nomade et rurale. Il sera particulièrement fasciné par les fibules, c’est pour cela qu’on a choisi de les mettre dès l’entrée de l’exposition. Il y en a de toutes les formes et les tailles, car pour lui il était important d’en avoir plusieurs afin de les comparer et ainsi comprendre leur signification selon les cultures, les tribus et les régions.
En face, on découvre un ensemble de «frontaux», les bijoux que les femmes portaient et portent toujours sur le front. Sa détermination à percer l’histoire de chaque objet va l’amener à en accumuler des dizaines de différentes couleurs, motifs et matières, pas forcément précieux, mais qui vont plutôt l’aider dans cette quête identitaire.
Dans le parcours de l’exposition, Bert Flint avait absolument tenu à ouvrir une parenthèse importante à ses yeux, en proposant au visiteur une série de ceintures fassies, de la poterie fassie, une grande tenture de Tétouan et un Coran qui date de l’époque mérinide. Son message : «Oui, je suis venu à la recherche de l’héritage andalou, mais ce qui m’a intéressé le plus une fois au Maroc c’est la culture berbère et ses liens avec l’Afrique». En effet, comme nous l’explique Mme Mekouar, Bert Flint allait tout de suite se rendre compte de l’importance et la richesse des liens culturels entre le Maroc et son continent. C’est pour cela d’ailleurs qu’il va, à un moment donné, décider de vendre toute la collection d’objets andalous pour se consacrer uniquement à l’héritage berbère, touareg ou africain.
L’exposition se poursuit alors avec un voyage dans la région du Rif pour y découvrir des vanneries, des objets contemporains, simples, pas chers, mais qui traduisent toute la richesse, la dextérité et la créativité de ces artisans qui travaillent uniquement le produit, le doum. Du Rif, on passe au Moyen Atlas pour découvrir un grand tapis aux couleurs locales et une collection atypique de marteaux à sucre. «Nous avons ici le même objet, mais travaillé de multiples manières, une autre forme et une autre matière. Ce ne sont pas des objets très anciens, mais des outils que l’on utilisait il y a peu de temps et qui sont même utilisés jusqu’à nos jours. C’est encore une fois la traduction de la volonté de Bert Flint de montrer la richesse et la créativité des artisans marocains. Comme le représente aussi le travail fait sur le bois pour les supports de khôl, de pots à maquillage et de miroirs», nous explique Mme Mekouar.
Au Moyen Atlas va répondre l’Anti-Atlas avec une sélection de poteries, de capuchons brodés pour les petits garçons et qui servent à les protéger de la pluie et un voile de mariée marqué par une tache de henné au centre. Le Haut Atlas est, lui, représenté par un grand tapis aux couleurs de cette région. «En exposant ce tapis, nous évoquons aussi la donation que Bert Flint avait fait à la Fondation Majorelle. Il y a 8 ans, il a fait don de plus de 700 textiles pour permettre de mieux les préserver et les conserver dans de meilleures conditions», précise notre interlocutrice qui note, par ailleurs, qu’elle a tenu à intégrer ce tapis dans l’exposition, car il traduit un concept cher à Bert Flint, à propos de la théorie des géométries et formes. Ses voyages à travers les régions de l’Atlas l’ont poussé à chercher à comprendre la signification des motifs que les femmes tissaient dans les tapis spécifiques pour chaque douar, village ou tribu. Selon lui, chaque forme et chaque ligne peut indiquer si la femme qui l’a tissé est nomade, semi-nomade ou sédentaire, précise Mme Mekouar.    
Cette même notion de nomadisme nous amène aux Touaregs dont nous découvrons l’héritage le long d’un couloir qui représente le chemin vers l’Afrique subsaharienne. Des objets produits particulièrement en cuir avec des couleurs sublimes et une légère prédominance du vert, produit à partir de l’oxyde de fer. On y retrouve également des porte-amulettes et des sacs à provisions, caractérisés par des franges de cuir qui suggèrent l’idée de déplacement et de mouvement.
De ce couloir, l’exposition nous fait voyager au Mali et au Niger à travers des objets hauts en couleur : tuniques, bijoux, sacs, colliers, etc.  «Toujours dans sa quête de comprendre le sens des objets, Bert Flint va voyager entre le Mali et le Niger pour y découvrir que les bijoux qu’il a collectionnés ont une signification toute particulière : ils protègent les femmes du mauvais œil et il va aussi se rendre compte que ces mêmes motifs sont reproduits dans des piquets en bois utilisés comme décors de lit pour le même usage», explique Mme Mekouar. Le voyage continue vers la Mauritanie avec des objets faits en cuir, mais avec une couleur rouge tout en gardant l’idée des franges.
L’on note donc que chaque étape du parcours est en lien avec l’histoire de chaque région. Une histoire enrichie et transformée au contact des populations nomades ou semi-nomades. Riche de ces échanges, chaque objet exposé est en réalité témoin et indice de pratiques culturelles partagées et atteste la présence d’un socle culturel commun. Avec cette mosaïque qui se développe de part et d’autre, du Maroc au Sahel, il s’agit aussi de penser tous ces mondes comme une seule entité culturelle et artistique. 

Fondation Jardin Majorelle et Bert Flint, une histoire d’amitié

Cette exposition s’inscrit dans une longue histoire d’amitié, d’admiration et de collaboration entre la Fondation Jardin Majorelle et Bert Flint. Suite à la généreuse donation faite en 2015 par ce dernier au Musée Pierre Bergé des Arts berbères, il revenait à la Fondation de lui rendre hommage, avec un ouvrage exhaustif publié en 2018 et, désormais, avec cette exposition. «Comment un Hollandais qui a fait des études de langue et de littérature espagnoles se retrouve-t-il à plus de quatre-vingts ans à la tête d’un musée à Marrakech et le spécialiste incontestable de la culture marocaine ? C’est la question qui se pose à propos de Bert Flint. On trouve la réponse quand on sait qu’après un premier voyage en Andalousie, il découvrit au Maroc que bien des similitudes existaient entre l’art, l’architecture et l’art de vivre de ces deux contrées… Mais il va plus loin encore puisqu’il a reconnu les liens profonds qui unissent le Maroc au monde saharien et au continent africain. En effet, il est un des premiers à avoir fait la promotion du patrimoine rural et berbère du Maroc, comme il est un des premiers à s’être intéressé à la culture matérielle des populations de la diaspora saharienne», écrit Pierre Bergé en préface du livre «La Culture afro-berbère de tradition néolithique saharienne en Afrique du Nord et dans les pays du Sahel».


Le symbolisme de la grenouille

À la fin du parcours, le visiteur sera certainement attiré par l’importante collection d’objets variés qui comprennent tous la forme de la grenouille. Du Mali, du Cameroun, du Maroc… ce sont tous des objets avec le motif ou la forme de grenouille. «Le motif de la grenouille a toujours eu la même signification, c’est un symbole de fécondité, de fertilité et de protection. Il caractérise de nombreux objets de cette région du Maroc et du Sahel», nous explique la commissaire de l’exposition. Au fil du parcours, on comprend donc de mieux en mieux l’importance de certains motifs, tel celui de la grenouille dont on peut suivre la trace d’une catégorie d’objets à une autre, tout en observant la manière dont l’image de cet amphibien est déclinée, transposée, suggérée ou diluée dans une composition originale.


Déclaration de Alexis Sornin, directeur des Musées Yves Saint Laurent et Pierre Bergé des arts populaires 

«Le Maroc a été pour Yves Saint Laurent pendant au moins 40 ans un lieu d’inspiration puisqu’il venait y dessiner deux fois par an ses collections de haute couture, mais aussi ses collections de prêt-à-porter. Le lieu où nous sommes aujourd’hui célèbre une relation très forte entre une personne, son métier et un pays, le Maroc, et une ville, Marrakech, en particulier.  L’intention du musée installé à Marrakech est de maintenir le patrimoine d’une personne qui n’est plus mais qui a indiqué clairement les volontés d’une telle institution.  Il s’agit à la fois d’un lieu d’exposition du travail et de l’œuvre de M. Saint Laurent, mais aussi un lieu culturel puisqu’il y a derrière nous un auditorium qui durant les conditions normales sanitaires permet une programmation culturelle ouverte aux visiteurs du musée, mais aussi aux résidents marrakchis et marocains en général.  La Fondation Majorelle a pu rouvrir au mois d’octobre en respectant les consignes sanitaires pour assurer une visite sereine, saine et sécuritaire pour l’ensemble de nos visiteurs.  Pour nous, c’est un signe fort de rester ouvert sur la ville, sur le pays mais aussi à l’international.   La fondation a su maintenir le lien avec nos voisins marocains en général et marrakchis, en particulier, en révisant sa politique tarifaire. De plus, nous avons 200 collègues qui ont tous pu maintenir leur emploi durant les 12 derniers mois en dépit des conditions sanitaires difficiles et d’un contexte économique plus tendu…».

 

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