Culture

Initiatives artistiques

Digital et culture : mariage éternel ou relation d’intérêt ?

Nadia Ouiddar Nadia Ouiddar,

Pandémie Covid-19 oblige, les opérateurs du secteur culturel ont repensé leur mode de fonctionnement. Ils se sont retrouvés obligés d’associer leurs contenus aux nouvelles technologies. Les initiatives se sont multipliées. Certaines ont réussi à aboutir alors que d’autres attendent péniblement le retour à la vie normale.
Cette nouvelle expérience a engendré plusieurs interrogations et contraintes. Peut-on faire d’une expérience culturelle digitale un modèle économique réussi ? Quelles sont les disciplines artistiques adaptables au numérique ? Le contenu artistique en ligne est une forme de résilience ou une transformation obligatoire ? Si pour certains experts comme Rachid Jankari, le digital est une bouée de sauvetage pour l’écosystème culturel, d’autres pensent qu’il est difficile de rentabiliser les spectacles numériques et encore plus d’y attirer du public. Selon Martin Chénot, directeur de l’Institut français de Casablanca, il est quasi impossible d’avoir du public pour un spectacle de danse. Un autre point soulevé par les experts au niveau international, la réussite des modèles culturels digitaux nécessite la formation de compétences dans les nouvelles technologies.

Nouveaux métiers 

L’intégration du digital dans le secteur culturel est liée à la formation de nouvelles compétences et l’apparition de nouvelles professions. Il s’agit notamment de métiers comme le community manager, chef de projet web, responsable digital… La communication numérique est aussi une compétence obligatoire pour tout projet culturel.


Déclaration de Martin Chénot, directeur de l’Institut français de Casablanca

«Le digital est l’un des avenirs de la culture, mais il n’est pas le seul.»

«La culture passe d’abord par les relations et la transmission humaines. À cause des restrictions liées à la Covid-19, tous les centres et institutions culturels ont continué une activité en passant par le numérique.
À l’Institut français, on a développé des programmes de cinéma, de littérature et de spectacles en ligne. On le fait souvent en hybride entre présentiel et digital. Toutefois, on constate une grande baisse du nombre de spectateurs en ligne. Les gens regardent les programmes de l’information sur le digital mais pas les spectacles.
On a conscience que c’est une solution palliative pour une situation qui n’est pas satisfaisante mais cela nous permet de maintenir le lien avec les artistes.
Le digital est l’un des avenirs de la culture, mais il n’est pas le seul.
Il faut inventer de nouvelles formes pour la culture sur le digital tout en assurant la rentabilité pour les artistes. Néanmoins, toutes les disciplines artistiques ne peuvent pas être développées en format digital. On peut le faire pour le cinéma et la musique mais ce n’est pas faisable pour les spectacles vivants.
Il y a peu de gens qui voient des spectacles de danse par exemple en ligne.»


Avis de Mouhssine Abouzine, directeur des projets artistiques-culturels et président de l’association et du groupe «Ahfad El Ghiwane»

«L’édition 2020 du festival Transes de Casa a pris de l’expansion aux niveaux national et international  grâce à son côté digital».

«En tant qu’artiste engagé, fils du quartier mythique Hay Mohammadi, j’ai continué à travailler et à créer malgré les circonstances imposées par la pandémie de la Covid-19. Pour moi, c’est un devoir national. Mon association n’a pas bénéficié de l’aide exceptionnelle octroyée par le ministère de la Culture, de la jeunesse et des sports. Néanmoins, l’association du groupe «Ahfad Al Ghiwane» a tenu à organiser la cinquième édition du festival de Transes Casa. Cette édition numérique avait un cachet international symbolisant la tolérance et le partage interculturel. C’était notre défi face à la crise de la Covid-19.
Le cachet numérique du festival nous a permis de surpasser la crise financière. Nous avons pu inviter le public à redécouvrir la mémoire artistique de Casablanca en l’invitant à l’espace où se retirait l’artiste Mohamed Al Bahri. C’était un salon artistique qui réunissait de grands noms de la ville comme Larbi Batma, Bouderbala, Bastaoui, Khouyi, et bien d’autres. Le festival Transes de Casa a fait l’objet d’une grande couverture médiatique et a pris de l’expansion au niveau national et international grâce à son côté digital.»


Questions à Brahim El Mazned, entrepreneur et expert culturel aux multiples casquettes

«Le digital était déjà présent dans le secteur culturel, mais beaucoup d’artistes l’ont développé durant le confinement et ont compris qu’il pouvait être créateur de valeur»

Le Matin : Le secteur de la culture a été touché par la crise liée à la pandémie de la Covid-19. Comment, à votre avis, peut-on relancer ce domaine ?
Brahim El Mazned
: Il est vrai que la scène culturelle, au Maroc comme à l’international, a été fortement impactée par la crise sanitaire. Beaucoup de manifestations et activités culturelles ont été annulées ou mises en pause suite à la pandémie, et les artistes et acteurs culturels ont souffert d’un manque d’opportunités. Pour que le secteur culturel surmonte cette crise, il faut qu’il constitue une priorité pour les pouvoirs publics. Il faut re-dynamiser le secteur, renouveler la scène culturelle, et créer une véritable dynamique autour des industries créatives et culturelles, avec des activités génératrices de revenus pour les artistes et les opérateurs culturels.
Il faut se rappeler que beaucoup de grandes crises mondiales ont été surmontées en grande partie par la culture, à l’instar du New Deal aux États-Unis, auquel Roosevelt a intégré un plan de financement de projets artistiques, entre 1934 et 1938. La culture a également souvent permis de rétablir une cohésion sociale, comme lors de la réconciliation européenne à la fin de la Seconde Guerre mondiale, après quoi les initiatives culturelles se sont multipliées en Europe.
En un mot, il faut arrêter de considérer la culture comme un domaine secondaire, et la placer au centre pour qu’elle occupe les espaces publics et de rencontres.

Vous avez organisé le Festival Visa For Music malgré les circonstances actuelles. Était-ce un acte de résistance ou une première étape dans une nouvelle ère de la culture sur le digital ?
Maintenir ce rendez-vous était pour nous une nécessité, malgré les défis que cela représentait, en l’absence de financement, car la grande majorité de nos partenaires habituels ne nous ont pas soutenus. Nous avons voulu coûte que coûte honorer nos engagements en faveur de la promotion du secteur culturel et des artistes. Cela n’est pas un acte de résistance, mais de résilience. Nous voulons donner de l’espoir aux artistes, en montrant qu’il est possible de continuer à faire vivre la culture tout en respectant les mesures sanitaires en vigueur, en développant l’utilisation du digital notamment. Le digital était déjà présent dans le secteur culturel, mais beaucoup d’artistes l’ont développé durant le confinement et ont compris qu’il pouvait être créateur de valeur. Il est fort probable qu’à l’avenir, le digital occupe une place bien plus importante dans le domaine de la culture.
Mais dans le domaine musical particulièrement, le digital ne pourra jamais pour autant remplacer complètement le live, et la relation directe entre l’artiste et son public. C’est pour cela que nous avons hâte de revenir à une production et une diffusion dans les règles de l’art, dès l’an prochain, nous l’espérons, pour Visa for Music.


Conseils pour une meilleure digitalisation des projets culturels

La crise de la Covid-19 a ammené dans son sillon des mutations de certaines codes, règles et usages qui semblaient jusque-là figés dans le marbre.
De plus en plus d’institutions culturels sont sensibilisés à l’importance du digital dans leur activité. Internet  permet de créer de nouvelles formes d’interaction, plus directes avec le public. Mais comment en profiter et rentabiliser ce nouveau mode de fonctionnement ?
Selon des spécialistes dans le domaine du digital, il faut adapter le fond et  la forme des contenus à la diversité des publics. Il est aussi conseillé d’utiliser l’ensemble des canaux et supports possibles afin d’induire progressivement une approche transversale. Pour eux, la mise à disposition, en ligne, de ressources n’est pas forcément synonyme de baisse de fréquentation ; il s’agit plutôt d’un complément de services apportés aux publics.
Néanmoins, il faut veiller sur la compatibilité entre la discipline  créative et le canal de communication choisi.
Comprendre les outils digitaux utilisés par le public permet  de s’adresser à lui de manière adaptée et personnalisée. Il faut garder à l’esprit que la digitalisation de la culture nécessite beaucoup de patience et un changement d’habitudes. Elle devrait être accompagnée par un soutien de l’État et des bailleurs de fonds en attendant de rentabiliser le projet culturel.


Hicham Lasri opte pour le podcast

L’artiste conceptuel Hicham Lasri a bien profité de la période de confinement pour produire différentes créations artistiques. Récemment, il a initié un genre nouveau au Maroc et a choisi le podcast pour présenter au public «Culture Batata». Ce «podcast malpoli sur l’art (de vivre) malpropre» est diffusé sur Spotify. Il attaque toute l’hypocrisie du monde arabe et la sournoiserie de la société. 
On peut y parler de «cinéma, de musique de Georges Bernanos, de fromage rouge, du détergent Tide, de Welovebuzzebal...» Dans Culture Batata, il y a du clash et du buzz. Le premier épisode aborde déjà un sujet épineux : le féminisme. Le deuxième épisode est consacré à la mort.
Bien rythmé avec de multiples références (musicales, littéraires, cinématographiques, etc.), le podcast livre les réflexions de l’artiste sur plusieurs sujets avec la participation de Chaimae Amine, productrice de Culture Batata.

 

 

 

 

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