Culture

Complexe artisanal de l’Oulja à Salé

L’artisanat marocain, un art ancestral qui a besoin d’être mis en valeur

Ouafaa Bennani Ouafaa Bennani,

Situé au bord du fleuve Bouregreg, à cinq minutes des centres-ville de Rabat et de Salé, ce complexe de plusieurs hectares regroupe plusieurs ateliers d’artisans (potiers, dinandiers, vanniers…) et des commerces. Un savoir-faire millénaire des artisans marocains qui se transmet avec le peu de Mâalmine encore en vie. En faisant un petit tour dans les ateliers, on peut voir des ouvriers réalisant, sous les yeux des visiteurs, les produits commercialisés sur place ou vendus ailleurs. La visite de ce complexe est une véritable découverte de l’art artisanal et de la culture marocaine. Par la même occasion, on peut, également, en savoir plus sur la profession de l’artisan pas toujours reconnue, et ce, malgré le travail de certaines associations qui œuvrent pour la mise en valeur et la protection de ce patrimoine du Maroc. Comme, par exemple, l’artisanat de la poterie qui rencontre, depuis quelques années, beaucoup de difficultés.

Entretien avec Driss Tazarni, mâalem-artisan en poterie

«Si les choses ne changent pas très vite, ce sera la catastrophe pour ce complexe de l’Oulja»

Le Matin : Comment ont été vos débuts dans ce métier de la poterie ?
Driss Tazarni
: D’abord, je suis le fils d’un Mâalem potier de qui j’ai hérité ce métier, dont j’ai été imprégné depuis mon enfance. Mes frères faisaient dans le temps des études et j’étais le seul à être volontaire pour apprendre la poterie, à l’âge d’à peu près 14 ans. J’ai appris sur le tas en observant les autres ouvriers en train de travailler. En plus, moi j’ai vécu dans cet univers et je connaissais déjà beaucoup de choses sur ce métier. Donc, j’ai été bien entouré pour l’apprendre comme il faut.

Dans vos pièces de poterie, on remarque que vous avez gardé la tradition telle qu’elle a été ?
Effectivement, on ne peut pas sortir de ce qui a été fait dans l’artisanat par nos prédécesseurs. Même l’évolution dans ce créneau doit rester dans les normes traditionnelles. Je ne peux introduire quelque chose de moderne et parler de l’artisanat. Par exemple, si on travaille avec les machines, on ne peut pas parler d’artisanat. Cependant, par rapport aux formes il y a beaucoup de créativité dans la céramique. Ce n’est pas comme avant où les gens confectionnaient uniquement des ustensiles anciens, il y a eu beaucoup de pièces nouvelles. Mais, le tout est travaillé d’une manière traditionnelle.

Que pensez-vous de ceux qui réalisent ces pièces à la manière moderne dans des usines ?
Quand on fait rentrer la machine, on ne peut plus parler d’artisanat. Tout ce qui est artisanat est travaillé uniquement avec la main. Par exemple, un tissu tissé avec la main n’est pas comme celui de l’usine. Même le prix est différent. Puis, la beauté artisanale disparaît.
Il y a, comme vous avez dit, le problème du prix...
En effet, le client ne peut pas comprendre cela, car il n’a aucune idée sur la manière du travail de l’artisan. Donc, il trouve sa marchandise très chère par rapport à ce qui se vend ailleurs. Sauf quelques clients qui restent fidèles à notre artisanat parce qu’ils connaissent sa valeur.

Où se trouve le problème dans tout cela ?
Il y a peu de communication autour du produit artisanal dans les médias pour expliquer au citoyen la valeur de ce produit et son authenticité. Il faut qu’il y ait une promotion continue de notre artisanat pour qu’il ne se perde pas. Au moins pour que le client soit convaincu de ce qu’il va acheter. Donc, il doit connaître toutes les étapes de travail, depuis l’achat de l’argile des carrières, qu’on ne trouve plus aujourd’hui parce que les carrières sont fermées, jusqu’au produit final.

Comment voyez-vous l’avenir de l’artisanat au Maroc ?
En toute franchise, le secteur de la poterie ne va pas aller loin ici à l’Oulja. Il y a beaucoup de facteurs et de contraintes qui freinent ce marché. Il y a des ateliers qui sont fermés. C’est normal, il n’y a pas d’encouragement de la part des responsables. Même les artisans sont devenus rares. Il reste quelques-uns qui s’ils partent, il n’y aura plus rien. Même les enfants démunis qui venaient, de temps en temps, apprendre ce métier pour être intégrés ne viennent plus. Comment, dans ces conditions, le patron va-t-il continuer à créer et à travailler sereinement ? Car, même le respect entre le patron et son employé a disparu. Ceci a commencé depuis quelques années, avant même l’apparition de la pandémie. La Covid-19 n’a fait qu’aggraver les choses.

Y a-t-il des écoles de formation pour les jeunes ?
Il y a une école d’artisanat sur la route de Kénitra. Mais, après la formation dans cette école, les jeunes arrivent sans expérience. C’est sur le tas qu’ils apprennent le métier. C’est surtout la volonté qui fait qu’un simple artisan devienne un Mâalem.

Il n’y a pas d’association qui gère ces conflits et ce mode de travail ?
Dernièrement, il y a une association qui s’est constituée et nous espérons qu’elle fera quelque chose pour sauver ce qui peut l’être. Car, nous avons beaucoup de problèmes à résoudre. Il y a des Mâalmine qui ont vendu leur maison pour sauver ce métier. Si les choses ne changent pas très vite, ce sera la catastrophe pour ce complexe de l’Oulja.

Dernièrement, vous avez été contacté par l’artiste-styliste et designer Fatimah Al Jarrari, afin de collaborer avec elle dans de nouveaux designs faits par elle. Parlez-nous un peu de ce projet ?
Cette artiste a, en effet, beaucoup d’idées qui sont nouvelles pour nous. La première fois qu’elle est venue, elle m’a présenté ses designs. Quand je les ai vus de près, je lui ai dit qu’il lui faut d’abord un artiste qui réalise les pièces, ensuite je peux, comme artisan, continuer le travail par rapport à la décoration et aux couleurs. Son objectif est de faire une fusion entre ce qui est artistique et artisanal. Je l’ai, donc, amenée chez l’artiste Si Ahmed Kdadri qui a accepté le projet. Le travail a été fait et elle en est satisfaite. C’est l’essentiel. 


Questions à la styliste et designer Fatimah Al Jarrari

«L’objectif est de faire un design valable pour le futur et qui doit rester dans l’histoire»

Le Matin : En tant que designer internationale, quel est l’objectif de votre collaboration avec l’artisan Mâalem Driss Tazarni ?
Fatimah Al Jarrari
: Pour moi, l’artisanat que fait Driss Tazarni est aussi international. C’est vrai qu’il n’est pas académique et n’est pas basé sur les règles étudiées dans les écoles de design, mais il est fait avec dextérité, passion et cœur. Les gens quand ils vont voir la collection que j’ai réalisée avec Ahmed Kdadri et Driss Tazarni vont comprendre que le premier est un artiste et le second se base sur une conception sérieuse et une culture internationale du design. Avec Mâalem Driss, on est, également, dans la pérennité et le recyclage qui sont la base de mon projet. Celui qui voit ce qu’on a fait va comprendre que ce design est développé et doit rester dans l’histoire. Ce qui nous manque dans ce domaine c’est qu’on n’est pas conscients de son importance. Puis, on n’est pas fiers que nos enfants apprennent les métiers d’artisanat. On préfère qu’ils fassent d’autres études. Alors que l’artisanat est très important surtout dans le domaine du design. Le rôle de ce projet est de mettre la lumière sur l’importance de la créativité artistique et artisanale. Puis de faire un design valable pour le futur et qui doit rester dans l’histoire. Et ce avec le côté académique comme base.

Comment peut-on faire une connexion entre artisanat et design ?
Beaucoup de gens cultivés savent que l’artisanat est très important pour un pays. Malheureusement, avec le développement et le modernisme que connait le monde, certains croient que ce métier est dépassé. Alors que c’est le contraire, car l’artisanat est plus authentique et plus noble que ce qui se fait à la machine. Ce que nous devons garder de notre artisanat, c’est le moderne, le développer, c’est la chose la plus importante que nous devons sauvegarder et dont nous devons être fiers, puis le transmettre aux jeunes générations qui sont dans le domaine du design, car c’est la base de tout.

Mais votre projet ne s’arrête pas seulement à l’Oulja, puisque vous avez choisi d’autres Mâalmine dans d’autres domaines ?
En effet, je travaille aussi avec un artisan qui fait les babouches que je considère comme un grand professeur dans ce domaine. Il a plus de 50 ans de carrière et maîtrise bien son métier. Pour moi, c’est un professionnel international. Pour ce projet, j’ai pensé également à réaliser divers types de parfums avec le Musée du parfum à Marrakech. Car, pour moi, le parfum est très important dans notre culture islamique. Plusieurs tribus arabes ont développé ce domaine après les Pharaons. J’ai ainsi produit, avec ma collaboratrice Amina Attabi, un parfum pour femmes, un pour hommes, un pour les jeunes filles et garçons. Comme j’ai créé un autre pour le Maroc que je désire produire avec un spécialiste qui travaille avec Yves Saint Laurent. Il y a un autre créneau esthétique que je suis en train de développer : c’est celui des huiles qui sont la base de l’embellissement. Je m’y connais très bien dans ce domaine, car j’ai eu la chance d’avoir une professeure allemande qui m’a appris en Australie, pendant cinq ans, le domaine de l’esthétique, notamment l’importance des huiles. 


Témoignage du Zouaq Mohamed Zahmoun

«Quand j’ai quitté l’école j’étais à la cinquième année primaire, mes parents m’ont emmené chez mon oncle maternel Zouaq à Fès. Je suis resté avec lui jusqu’à ce que j’aie appris le métier. J’ai aimé ce travail, parce que depuis tout petit j’avais la passion du dessin. Cela fait presque vingt-cinq ans que je travaille comme Zouaq. Ce qui me plaît dans ce métier, c’est qu’on peut à chaque fois créer dans les dessins et faire quelque chose de nouveau qui n’est pas dans le marché. Même les couleurs aussi peuvent être coordonnées de différentes manières.
L’artisanat a une grande valeur pour les gens qui font du commerce avec. Mais, ceux qui le travaillent n’en profitent pas beaucoup. La majorité des ouvriers n’ont pas de papiers. Il y a seulement ceux qui font la formation de trois ans à l’école qui ont les papiers et peuvent avoir un avenir meilleur. Mais, ils n’ont pas d’expérience. Ils peuvent l’avoir après plusieurs années en passant par diverses étapes. Quand j’étais à Fès avec des Mâalmine très connus, moi aussi je suis passé par plusieurs étapes pour pouvoir réaliser une pièce moi-même et créer de nouveaux designs. Parce que ce qu’on fait est un patrimoine laissé par nos grands-parents. Tu peux, par exemple, prendre une pièce chinoise et copier son design. Mais, on ne peut pas dire que c’est un patrimoine marocain. Il y a des designs qu’on ne peut pas changer et d’autres qui peuvent être transformés sans sortir du cadre patrimonial».

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