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Loin d’occulter l’origine de la crise, la fuite en avant de l’Espagne compromet son partenariat stratégique avec le Maroc

Compte tenu de l’arrogance de Madrid, la crise diplomatique entre le Maroc et l’Espagne est partie pour durer. En effet, face aux arguments fallacieux et à la mauvaise foi du voisin ibérique, le Maroc est plus que jamais déterminé à avoir des explications valables, et sans faux-fuyants, de l’accueil sur le territoire espagnol du dénommé Brahim Ghali, un tortionnaire et un terroriste recherché par la justice. L’attitude hostile de Madrid, qui a choisi la fuite en avant comme stratégie et le discours condescendant, voire xénophobe, comme style de communication, risque de miner ses relations avec un partenaire stratégique, fiable et incontournable. Selon plusieurs experts, marocains et internationaux, le Royaume est en droit d’exiger de son voisin européen des explications et une réponse sincère, loin des réactions nourries par des complexes d’un temps révolu. Autrement, «la crise durera tant que sa véritable cause ne sera pas résolue, le Maroc refuse de recevoir ce genre d’intimidations, basées sur des clichés du passé, et restera clair par rapport à l’origine de cette crise, sa genèse et ses responsables, et notamment en ce qui concerne une question aussi stratégique que son unité territoriale», comme l’a bien souligné le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita.

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Plus d’un mois s’est écoulé depuis le déclenchement de la crise entre le Maroc et l’Espagne et qui a pour cause l’accueil, par le voisin ibérique, du dénommé Brahim Ghali sur son territoire pour des raisons «humanitaires». S’entêtant à avancer des arguments irrecevables pour cette acte aussi hostile qu’injustifiable, l’Espagne multiplie les déclarations contradictoires au lieu de corriger son erreur qui a heurté les sentiments de tout le peuple marocain. Au Maroc, en Espagne ou dans d’autres pays européens et même en Amérique, les lectures et les analyses convergent pour dire clairement que cette crise diplomatique met en péril les relations entre les deux Royaumes. En effet, en ignorant les appels du Maroc à présenter les explications valables et les motivations réelles de cet acte inamical, l’Espagne semble préférer sacrifier un partenariat basé sur la confiance et la transparence, du côté du Maroc.
D’ailleurs, la démarche de l’Espagne est vivement critiquée en Espagne même. Selon l’académicien espagnol José Miguel Zaldo, «le Maroc est important non seulement pour ce qu’il représente aujourd’hui, mais aussi pour ce qu’il représentera sur notre chemin vers l’Afrique, l’avenir de l’Europe». Un avis qu’il partage avec son compatriote, l’analyste politique espagnol Eduardo Inda. Ce dernier, dans une tribune publiée, samedi, par le journal «La Razon» a affirmé que la démarche espagnole est un «ridicule planétaire» qui met le gouvernement ibérique dans une situation difficile. Avant de prendre une telle décision, l’exécutif de coalition conduit par le socialiste Pedro Sanchez devait bien faire ses calculs et penser sérieusement que cette attitude aura des conséquences», a-t-il relevé en affirmant qu’il s’agit d’une «erreur géostratégique» de la part de l’Espagne.

De son côté, le géopolitologue et politique français Aymeric Chauprade a assuré que la responsabilité de cette crise incombe directement à l’Espagne. «Avoir accueilli et caché un chef du Polisario recherché pour de nombreux crimes est une provocation incroyable. C’est l’origine de la brouille et tout le reste en découle», a-t-il assuré. Commentant, de son côté, la réponse marocaine, son compatriote, Emmanuel Dupuy, président de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE), a mis en avant la fermeté de la position du Royaume. Une position qui «confirme que la crise avec l’Espagne est bien plus grave que ne veulent l’admettre les autorités du pays ibérique», a-t-il affirmé.

Analysant également cette situation, qui se complique après chaque jour que passe le dénommé Brahim Ghali sur le territoire espagnol sans être inquiété par la justice de ce pays devant laquelle il est poursuivi pour plusieurs crimes, les experts marocains ont, de leur côté, rappelé l’importance de la question du Sahara pour le Maroc.  Dans un article analytique, le président du Centre marocain des études stratégiques (CMES), Mohamed Benhammou, a affirmé que le Maroc, ferme sur la question de son intégrité territoriale, ne tolère plus «l’hypocrisie politique» et «le deux poids deux mesures». L’expert a rappelé, dans ce sens, le Discours de S.M le Roi, prononcé à l’occasion du 17e anniversaire de la Fête du Trône. «Nous ne céderons à aucune pression ou tentative d’extorsion dans une affaire qui est sacrée pour tous les Marocains», avait affirmé le Souverain.

Dans une analyse qui nous vient cette fois des États-Unis d’Amérique, l’avocate et universitaire américaine Elisabeth Myers a rappelé que le Maroc et l’Espagne ont été de solides alliés. «Et le gouvernement espagnol est bien conscient de l’importance de la question du Sahara pour le Maroc», a-t-elle affirmé en soulignant que les relations diplomatiques «exigent un certain niveau de transparence et de confiance qui semble manquer ici». Rappelant «le fort soutien» du Maroc à l’Espagne face au séparatisme, notamment en Catalogne, qui a plongé ce pays dans «la pire crise politique depuis des décennies», elle a estimé que Madrid ne doit nullement être «surpris que le Maroc soit consterné par l’accueil du chef des séparatistes du Polisario».
 
Gestion de la migration, le Maroc n’a rien à se reprocher
Sur la question de l’immigration, l’Europe a «traditionnellement compté» sur le Maroc pour réguler le flux migratoire. Selon l’avocate et universitaire américaine Elisabeth Myers, le Royaume «fait sa part bien avant 2015, lorsqu’il a commencé à régulariser les immigrés subsahariens sans papiers sur son sol». Toutefois, Rabat insiste que «sa vocation n’est pas de jouer le gendarme» de la Méditerranée.  «Les pays européens doivent aussi assumer leur part, spécialement en ces temps difficiles de pandémie», a-t-elle dit en rappelant l’ampleur de la crise sanitaire et ses répercussions socio-économiques, particulièrement en Afrique.

En tout cas, le Maroc n’a rien à se reprocher dans ce domaine. Les chiffres européens sont éloquents. L’agence européenne de gardes-frontières et de garde-côtes, Frontex, souligne que les flux migratoires via le détroit de Gibraltar ont accusé un recul de 58% après deux années records en 2017 et 2018, «une performance attribuée à la bonne coopération entre Rabat et Madrid en matière de lutte contre l’immigration irrégulière». Au total, 139.000 candidats à l’immigration irrégulière ont foulé le sol européen en 2019, en recul de 6% en comparaison avec 2018, le chiffre le plus bas depuis 2013. En Espagne, 24.000 migrants ont essayé de rejoindre les côtes andalouses durant l’exercice précédent, contre 64.000 en 2018. L’apport du Maroc était si primordial dans ce fléchissement que les mafias des réseaux migratoires ont redirigé leur activité vers l’Europe orientale, porte d’entrée la plus convoitée l’année dernière par les migrants irréguliers, ou encore vers les Iles Canaries.
Le Maroc fait donc preuve d’une capacité reconnue dans la gestion des affaires de la migration. Analysant la question de la migration et les flux migratoires enregistrés récemment, le vice-doyen de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Tanger, Abdelhamid Aboulas, a mis en garde contre la volonté de certaines parties d’exporter leurs problèmes intérieurs dans la gestion du dossier migratoire et de pousser le Maroc à jouer le rôle de «gendarme». Il a souligné, dans ce sens, que la nature des flux migratoires a changé durant ces dernières années et que le Maroc ne constitue plus un passage, mais plutôt une terre d’accueil des migrants, ce qui requiert une plus grande réactivité des partenaires européens, surtout l’Espagne, vis-à-vis des réclamations du Maroc à cet égard. 

Crise Maroc-Espagne : les dates clés

En accueillant le dénommé Brahim Ghali sur son territoire, en catimini et sous une fausse identité, l’Espagne a déclenché une cascade d’événements qui compromettent ses relations avec le Maroc. Depuis le 21 mai, date de l’accueil du chef des séparatistes du polisario dans un hôpital espagnol, cette affaire a connu un développement rapide, dont voici les principales étapes :
• 23 avril : Les avocats des victimes des actes criminels commis par le dénommé Brahim Ghali déposent plainte auprès de la justice espagnole pour l’activation du mandat d’arrêt européen émis à son encontre.
• 25 avril : Le Maroc déplore l’attitude de l’Espagne d’accueillir le chef séparatiste, poursuivi pour des crimes de guerre et des atteintes graves aux droits de l’Homme.
• 30 avril : la mesure entreprise par l’Espagne suscite une première réaction de condamnation et de rejet au sein du Parlement européen.
• 1er mai : Le ministre des Affaires étrangères, de la coopération africaine et des MRE, Nasser Bourita, affirme que le Maroc attend toujours «une réponse satisfaisante et convaincante» de la part du gouvernement espagnol.
• 7 mai : Le Forum canario-sahraoui, une association espagnole regroupant des citoyens du Sahara marocain et des Iles Canaries, dénonce «le silence et l’ambiguïté» dont fait montre le gouvernement espagnol.
• 8 mai : Les dirigeants des partis politiques marocains représentés au Parlement expriment leur refus de l’accueil par l’Espagne du chef du «polisario», appelant à rectifier cette erreur en le traduisant devant la justice.
• 18 mai Le Maroc décide de rappeler son ambassadeur en Espagne pour consultation.
• 19 mai : Le juge de l’Audience nationale espagnole Santiago Pedraz décide de rouvrir un dossier pour crimes contre l’humanité contre le chef des séparatistes du polisario.

 

Ali Bouabid : «L’Espagne a depuis bien longtemps érigé la duplicité en principe directeur de sa relation avec le Maroc»

Sur la question du Sahara, l’Espagne a depuis bien longtemps érigé la duplicité en principe directeur de sa relation avec le Maroc, a écrit Ali Bouabid, chercheur et délégué général de la Fondation Abderrahim Bouabid. «Qu’elle accueille aujourd’hui pour des “raisons humanitaires” le chef du polisario, après avoir abrité des représentations de cette organisation et autorisé un activisme hostile au Maroc, participent somme toute de la même logique», a-t-il souligné dans un post publié sur sa page Facebook. Et d’ajouter que le condamnable et l’inacceptable dans l’affaire tient surtout à l’étendue de cette duplicité rendue manifeste par la volonté de tromper la vigilance d’un voisin, dit «ami», en recourant à des procédés indignes et peu avouables. Pour lui, «une évidence s’impose désormais, dont il nous faut sereinement prendre acte : l’Espagne n’est plus un pays ami, mais un simple partenaire.

Et avec un partenaire ne comptent que les intérêts “bien compris” sur le contenu desquels une actualisation est désormais nécessaire pour nous réaccorder». Dans cette perspective, a-t-il affirmé, «la question migratoire, récente dans nos accords avec l’UE, doit être soumise à un réexamen systématique». Pour y parvenir, a-t-il relevé, le Maroc doit au préalable, et avant la signature du prochain accord avec l’UE (2021-27), remettre sur le métier l’arsenal législatif et les conventions sur les migrations, pour en réévaluer certaines des dispositions à l’aune des développements récents et de leur mise en perspective au regard de nos intérêts. 

 

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