Culture

Rue des Consuls à Rabat

Une longue histoire diplomatique et une activité commerciale en régression ces dernières années

Ouafaa Bennani Ouafaa Bennani,

La rue des Consuls à Rabat compte parmi les plus anciennes et les plus célèbres allées de la capitale classée monument historique et qui donne sur la Casbah des Oudayas. Elle abritait des ambassades et des consulats européens jusqu’en 1912. Au fil du temps, il y avait tout un ensemble de bâtiments habitables, d’hôtels, de mosquées, sur les côtés de la rue. Aujourd’hui, la rue est réputée en tant que souk artisanal où on peut trouver de la maroquinerie, la poterie, le travail du bois ou de la pierre, des métaux pour les bijoux et le tapis Rbati, entre autres. Rénovée ces dernières années à deux reprises, la rue des Consuls représente une belle promenade dans la capitale et un pont de passage vers le reste de l’ancienne médina de Rabat. Cette artère commerciale est l’extension du premier noyau de la ville islamique de Rabat, situé en 
arrière-plan de la rue, représenté par la Casbah des Oudayas. Elle se distingue par son emplacement stratégique, à proximité du port et souk «al-Ghazl» adjacent à la Casbah, qui était aussi un marché de vente de laine. La rue des Consuls est riche d’un legs historique important qui éclaire une partie importante de l’histoire de l’ancienne médina de Rabat, notamment la relation étroite qui s’est établie entre les activités artisanales et commerciales, d’une part, et l’activité diplomatique, d’autre part. Mais il est à noter que l’activité commerciale dans cette rue, en ces temps de pandémie, a totalement chuté, au point que les commerçants et les artisans ont été très touchés. 


Questions à Brahim El Khiari, commerçant des huiles cosmétiques

«Ces dernières années, ce lieu a perdu toute sa notoriété d’antan»

À quel moment remontent vos souvenirs avec la rue des Consuls ?
Depuis que j’étais encore très jeune dans les années 1968-69, alors que j’étais encore au Mssid. Mon père avait à l’origine un magasin d’habits traditionnels marocains. Je me rappelle de cinq ou six commerçants juifs, dont un bijoutier, un qui vendait les fils à coudre, un commerce de droguerie… la rue des Consuls était connue dans le temps pour la vente des tissus au mètre, les habits traditionnels… Donc, tous ceux qui voulaient acheter ces marchandises devaient obligatoirement venir dans cette rue, en plus de la «Kissaria» où venaient les gens pour acheter les tissus pour faire les smokings, les djellabas, les tailleurs, et autres. Il y avait aussi les «Fondouks» où la confection du cuir a juste commencé par des petites pièces comme les portefeuilles, les porte-monnaie, et autres.

Mais quand est-ce que l’artisanat a connu un vrai épanouissement ?
C’est à partir des années 1970, notamment avec le tapis Rbati qui est arrivé à se faire connaître au niveau international. D’ailleurs, certains vendeurs ont fait fortune avec le tapis Rbati. Puis la maroquinerie qui a commencé à prendre place avec tout ce qui est nouveau et l’imitation de grandes marques. Il y a eu une grandes évolution de ce côté, dans toute la rue d’ailleurs, avec l’explosion de bazars et de boutiques de cuir. Certains commerçants ont commencé à maîtriser les langues étrangères pour communiquer avec les touristes. Ainsi, la période des années 1980 a été très glorieuse pour cette allée. Moi personnellement, j’ai eu affaire à certaines personnalités, comme George Buch père, le prince Hassan Ben Talal, la mère de Cheikh Zayd, la Reine de la Suède, S.M. le Roi 
Mohammed VI quand il était Prince héritier… C’était une place incontournable à Rabat.

Est-ce que ce lieu garde toujours cette notoriété ?
Non, il a tout perdu. Et ce parce qu’actuellement chaque quartier de Rabat s’est doté de ses magasins où on peut trouver toutes les marchandises. Donc ce qui faisait la particularité exclusive de la rue des Consuls n’existe plus. Tout est maintenant à proximité. Le citoyen n’a plus besoin de venir jusqu’ici pour acheter ce qu’il désire.

N’y a-t-il pas une autre raison en relation avec le produit artisanal ?
Effectivement, car il y a l’artisan qui est un vrai artiste créateur, puis il y a ceux qui font de l’imitation, en plus la concurrence non loyale. Par exemple, il y a la vraie babouche de Fès qui nécessite beaucoup de temps pour être fabriquée, de la broderie par les femmes jusqu’à sa confection par Lmâalem, puis celle qui vient  de Chine, réalisée avec des machines. C’est normal qu’il y ait une grande différence dans les prix. Alors que dans la forme, on ne peut pas les différencier. Mais on ne peut rien faire pour contrecarrer cela.

Est-ce qu’il n’y a pas de soutien pour le petit artisan, afin de sauvegarder notre artisanat ?
Si on parle, par exemple, de ces derniers temps de l’épidémie du coronavirus où un soutien a été proposé aux artisans et aux commerçants, on peut dire que c’est un vrai parcours du combattant pour ces derniers. Car il faut voir le dossier et les paperasses qu’ils sont censés préparer. Quelque chose d’incroyable avec pleins obstacles, c’est-à-dire qu’on ne peut jamais le constituer totalement. Ce qui fait que très peu d’artisans peuvent en bénéficier. Donc, la plupart dépendent de leurs moyens personnelles ou de leurs proches. Mais le plus touché est l’artisan, parce qu’il vit au jour le jour. D’autant plus qu’après la réhabilitation des magasins, les Habous demandent aux locataires des boutiques de faire un nouveau contrat avec une augmentation du loyer.

Comment voyez-vous ce monde de l’artisanat dans l’avenir ?
Pas très brillant. Sachant que plusieurs artisans, dans les années 1980-90, ont migré vers l’étranger. Plusieurs pièces de notre artisanat se font en France, en Allemagne, à Las palmas… Ce sont des artisans qui ont fait des études et ont acquis une expérience. 


Haj Sidi Abdelkamel Tadili 

«Le tapis Rbati était très réputé dans cette rue»

Haj Sidi Abdelkamel Tadili est un commerçant de tapis qui fréquente cette rue depuis 1939, vendant des tapis de tous genres. Selon lui, ce commerce a connu plusieurs années de gloire. «Avant, il n’y avait pas tous ces magasins. La vente du tapis était très réputée dans ce lieu. Le jour de la vente aux enchères, les acheteurs venaient de différentes villes du Royaume, notamment d’Agadir, de Fès et de Meknès. Certains arrivaient avec leurs tapis pour les vendre et d’autres pour acheter le tapis Rbati qui était très réputé dans cette rue. Ces ventes se faisaient chaque lundi et jeudi». Haj Tadili poursuit que dans cette rue il y avait, dans le temps, des tailleurs juifs d’habits traditionnels, une bibliothèque, un café… qui sont tous devenus des bazars. «C’est vers les années 1970 que les choses ont commencé à changer pour évoluer vers ce qu’on voit actuellement. D’ailleurs, toutes les personnes qui occupaient les anciennes échoppes sont décédées.»


Questions à Khair Eddine Chekrouni, commerçant de tapis

«Les femmes tisseuses sont les plus touchées dans la chaine du tapis»

Parlez-nous un peu du commerce du tapis dans la rue des Consuls ?
Juste avant la pandémie, le tapis marchait bien dans cette rue des Consuls. Tout le monde venait se le procurer ici, notamment le citoyen marocain qui cherche la qualité. On peut aussi dire que le tapis Rbati est plus prisé par les clients. Sauf qu’actuellement, la production a régressé de manière claire.

Quelle en est la raison ?
D’abord, la main d’œuvre n’est pas bien payée. Ce qui n’est pas de nature à motiver ces personnes et les inciter à continuer à travailler dans ce secteur. Puis, il y a la confection des autres tapis qui a contribué à affecter le rayonnement du tapis artisanal. Avant, les gens économisaient de l’argent pour acheter un tapis Rbati. Maintenant, ils trouvent un tapis confectionné à la machine qui coûte beaucoup moins d’argent. Ce facteur a énormément aidé à la régression de ce commerce. Mais ce qui est étonnant, c’est qu’on trouve dans ce tapis de machine les motifs du tapis Rbati. Ce qui n’est pas normal. Car c’est un patrimoine qui doit être préservé par le ministère de l’Artisanat. Plus encore, beaucoup de nos motifs sont fabriqués en Afghanistan, en Turquie, en Iran, en Chine… sans qu’on gagne quelque chose.

Qu’en est-il de la structuration de ce secteur ?
Le secteur de l’artisanat n’est pas structuré. L’artisan est le dernier maillon auquel on ne pense pas. Quelque 95% de ceux qui exercent le métier sont des mono-artisans et travaillent dans l’informel. Par exemple, pour le tapis, la femme le tissait à Salé et venait ensuite à Rabat pour le cacheter, puis le vendre au Souk. Depuis que ce circuit s’est arrêté, puisque le tapis doit être cacheté à Salé, il n’y a plus beaucoup de produits. C’est pourquoi ces femmes deviennent de plus en plus rares et il n’y a pas de relève. Car il n’y a plus de rendement. Même les outils de tissage ont été vendus parfois au kilo. Ces femmes sont les plus touchées dans cette chaine du tapis. Elles préfèrent faire autre chose. Quand j’étais dans le bureau de l’Association nationale des producteurs de tapis en 2010, je leur disais toujours qu’il fallait améliorer la situation de ces femmes. Puis, il fallait qu’elles aient l’assurance médicale.

Cela veut-il dire que le tapis marocain est en danger ?
Dans les années 1990, on exportait en Allemagne 2 millions de m² de tapis manufacturés, rien que de la région de Rabat. Actuellement, ce chiffre a chuté jusqu’à 50.000 m², parce qu’il n’y a pas de travail. Il y a une demande de l’Europe, mais il n’y a pas de main-d’œuvre. Pour cela, il faut augmenter les salaires. Le comble est qu’il n’y a pas de relève dans ce métier.

Quelle est la solution ?
Il faut organiser des Journées d’étude sous le Haut Patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, en présence de tous les professionnels du secteur pour en discuter et trouver des solutions. C’est vrai qu’il y a un fonds de soutien dans ce secteur, mais ce ne sont pas les artisans qui en bénéficient. Ils sont 60 acteurs de référence qui accaparent ce soutien. Il y a aussi des études qui se font, mais sans jamais voir le jour sur le terrain. Ce secteur est marginalisé et les gens qui dirigent les Chambres ne sont pas des professionnels. Par exemple, le président de la Chambre de Rabat n’est pas du métier, il ne peut donc pas aider le secteur. Il y a aussi le problème des loyers dans la rue des Consuls. Beaucoup de commerçants sont, actuellement, menacés de non renouvellement du bail par les Habous et d’autres auxquels on demande d’augmenter le loyer. C’est une décision très difficile, surtout en ces moments de pandémie. 

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