Culture

Station thermale Sidi Harazem

Quand la musique et le théâtre ressuscitent le patrimoine

Souad Badri Souad Badri,

Il est des lieux que le temps et certaines circonstances relèguent aux oubliettes et que l’engagement et la volonté des enfants du pays les font revivre et avec la plus distinguée des manières… L’un de ces lieux est la station thermale de Sidi Harazem qui est en voie de retrouver son lustre d’antan.

Zevaco et le jeu de lumière, de béton, d’eau et de son

Véritable oasis brutaliste conçue entre 1959 et 1975 par Jean-François Zevaco, la station thermale de Sidi Harazem est un des fleurons architecturaux qui transporte le visiteur à l’époque du Maroc post-indépendance. À une quinzaine de kilomètres de Fès, la station et son hôtel mythique offrent un vrai voyage dans le temps qui semble s’être arrêté dans ce lieu à l’époque des années 1970 et 1980 qu’on qualifie de parenthèse enchantée.
Doté d’une architecture en béton brut époustouflante de poésie et de prouesses techniques, ce vaste ensemble s’étale sur 14,5 hectares, entre oasis luxuriante et collines arides. Zevaco y propose une promenade architecturale, au milieu d’une eau ruisselante renouant avec les trois axes fondateurs de l’oasis : le soin, la spiritualité et la villégiature. Qualifiée de brutaliste, cette architecture embrasse le site à travers un jeu de bétons de formes audacieuses, aux structures saillantes, de jeux d’ombre et de lumière. Ce complexe thermal, doté d’un hôtel, de bungalows, de piscines et d’une cour centrale, parvenait alors à attirer des visiteurs durant deux décennies.
Zevaco, assimilateur de formes, est un architecte français qui a vécu au Maroc et y a introduit une nouvelle génération d’architecture notamment à Casablanca, ville en quête de modernité. C’était donc le terrain d’expérimentation dont Zevaco va se saisir pour produire une œuvre moderne et éclectique. Zevaco défendait un langage moderne marocain, notamment lors de la reconstruction d’Agadir après le tremblement de terre de 1960. Ses immenses blocs de béton dialoguent avec le soleil par de multiples saillies, fines ouvertures et décrochements. On lui doit, entre autres, la Foire internationale de Casablanca (1954), le Passage souterrain de la place Mohammed V,  le Haut-Commissariat à la reconstruction à Agadir, ou encore les villa et atelier Zevaco à Casablanca (1975). 


La Station thermale Sidi Harazem, un patrimoine à réhabiliter

Après une période faste où la station thermale était un haut lieu de villégiature, celle-ci est peu à peu tombée dans la désuétude, suite à la fermeture de nombres de ces programmes et à l’ajout de nouvelles piscines et de marches informelles, construites à la va-vite, sans considération pour l’architecture de Zevaco. Grâce au fonds Getty Keeping It Modem reçu en 2017, une étude de réhabilitation de la station thermale a pu être menée par Aziza Chaouni et son équipe en collaboration avec les propriétaires des lieux, la CDG et la Municipalité de Fès. En attente du début des travaux de réhabilitation, ce site d’exception est aujourd’hui quasi à l’abandon. Une mobilisation générale est donc nécessaire pour redonner au site ses lettres de noblesse et valoriser son patrimoine architectural exceptionnel. 


La source Sidi Harazem, une légende

Située à une quinzaine de kilomètres de la cité impériale de Fès, la source de Sidi Harazem était déjà fréquentée depuis l’époque romaine. Selon la légende, elle s’appelait «Khalouan» qui signifie havre de paix permettant de s’isoler pour méditer à la façon soufiste de Sidi Harazem, philosophe, voyageur et fin linguiste. Il aurait été en son temps l’héritier d’une fortune qu’il aurait cédée aux pauvres. C’est à son honneur que l’eau qui jaillit depuis 100 mètres de profondeur porte ce nom. Plus tard, le Sultan mérinide Abou Hassan Ali y a édifié des thermes dont les vestiges sont encore visibles sur place.
En raison de sa situation géographique, la source bénéficie d’une protection géographique naturelle avec plus de 500 mètres de couverture de marne qui la protègent des risques d’infiltration de tout type de pollution. Puisée dans les profondeurs de la terre, l’eau de la source s’enrichit tout au long de son parcours en oligoéléments essentiels à la santé. 


Aziza Chaouni, architecte

«Je suis ravie de voir que la résidence d’artistes, qu’on a lancée avec Hamza Slaoui, porte ses premiers fruits. Cette résidence d’artistes a permis à de jeunes talents marocains de vivre nos lieux, donc d’être inspirés par ce patrimoine et ce trésor national d’architecture moderne. Nous sommes également ravis de recevoir la virtuose du piano Dina Bensaïd qui a inauguré cette série d’événements artistiques.
Je tiens à remercier la Fondation CDG qui nous a soutenus durant tout le processus nous permettant ainsi de faire aboutir ce projet. Le projet est porté par la Fondation Getty dont le but est la conservation des joyaux architecturaux modernes. L’idée, c’est aussi d’intégrer des artistes et de redonner vie aux lieux tout en poursuivant le projet de réhabilitation. L’aspect technique associé à un œil artistique fera renaitre le potentiel de ce lieu. C’est une approche peu  orthodoxe, qui n’est pas habituelle, mais qui, pour moi, porte un sens profond et prouve que l’architecture est une discipline qui peut s’ouvrir très facilement sur la culture pour s’enrichir mutuellement. Ces lieux d’architecture exceptionnelle ne peuvent qu’inspirer les artistes et ces derniers amènent de la vie à ces lieux.» 


«L’eau de la vie», un voyage dans le temps signé El Jai

Un rendez-vous a été donné aux participants à cette résidence au marché d’origine de Zevaco avec un concert inédit qui mêle musique et théâtre. Hassan El Jai a interprété «L’eau de la vie», un conte d’Olivier Py, dans une version inédite mise en musique pour l’édition Zevaco. Chopin, El Jai était accompagné de Dina Bensaïd et des jeunes du programme socio-culturel Mazaya. «Le choix de la pièce m’a été inspiré par ces lieux. Un thème qui s’identifie à cet univers autour de la source de Sidi Harazem. Avec Dina Bensaid, nous avons discuté des compositions musicales qui iront le mieux à ce texte. Nous sommes également accompagnés par ces jeunes de l’initiative Mazaya qui sont juste remarquables. Nous avons voulu ce spectacle spontané et pur, c’est pour cela que nous n’avons pas fait beaucoup de répétitions, ça aura l’effet d’un jaillissement comme l’inspire cette source», indique Hassan El Jai. 


De l’art pour redonner un second souffle à Sidi Harazem

Une résidence artistique agissant pour la protection du patrimoine moderne marocain en présence d’un public à la recherche d’authenticité. C’est le projet que défendent une équipe d’architectes, d’artistes et de responsables locaux pour sensibiliser au fort potentiel du patrimoine architectural moderne du site afin d’en assurer la protection. La résidence a aussi pour but d’activer le site et sa région à travers des manifestations et des projets culturels s’inscrivant dans le long terme et qui impliquent la population locale. «L’activation de ce site par la culture est avant tout un acte citoyen qui met en avant aussi bien un patrimoine délaissé et méconnu que des jeunes talents marocains, leur offrant la station thermale comme espace de réflexion, de création et d’action», indique Mme Chaouni.
La résidence, fruit d’une étroite collaboration entre Hamza Slaoui, deputy general manager chez Mafoder Group, et l’architecte Aziza Chaouni, s’étalonnera sur trois temporalités : des évènements ponctuels, la production d’objets de design fabriqués avec la population localement, et un parcours artistique regroupant les œuvres d’artistes jalonnées à travers la station thermale. 


Sauver le patrimoine en élevant le social

Tout au long de ce projet de réhabilitation du site de Sidi Harazem, comme le raconte avec fierté Mme Chaouni, le volet social a été placé au cœur des préoccupations. «J’attache toujours une place importante à l’aspect social dans mes projets parce que je pense que le rôle d’un architecte est avant tout un rôle citoyen. Ce rôle est aussi de pouvoir améliorer les espaces publics et l’environnement», explique l’architecte. Bien au-delà de cette mission liée à son métier, elle a tenu à soutenir la population de Sidi Harazem au même moment que le projet de réhabilitation du site. «Les riverains de la station vivaient en parfaite harmonie avec ce lieu, mais depuis qu’il est à l’abandon, les populations ont été impactées. Des gens à travers tout le Maroc viennent voir le saint, boire l’eau de source, se baigner, etc. Le site a un très fort potentiel pour la population locale. Donc, beaucoup ont souffert de la dégradation des lieux, du fait qu’une partie des lieux est abandonnée aujourd’hui. Il m’est apparu très important de les intégrer à l’aventure pour réfléchir ensemble au projet de réhabilitation et de réactivation du site», explique l’architecte. 


Musique et Acolytes, une autre manière de sauver le patrimoine

Une poignée d’artistes, autour d’un moment de musique, dans un lieu insolite, voilà ce que promet Musique et Acolytes, initiative lancée par la pianiste Dina Bensaïd. «Le concept est donc simple : un concert, suivi d’une dégustation gastronomique. Quelques artistes se réunissent dans un lieu emblématique, et s’expriment à travers leur art autour d’un thème commun, dans le but de faire découvrir des personnalités, des mélodies et des lieux», explique la virtuose du piano.
Cette initiative naît tout d’abord de l’envie de faire découvrir des personnalités atypiques. Un musicien, un chef gastronomique, un artiste peintre, un designer, un auteur... l’art n’a de limites que celles qu’on lui inflige. «Le Maroc et le monde recèlent de personnalités qui ne demandent qu’à être découvertes», ajoute la pianiste qui a présenté durant les deux jours de la résidence de jeunes musiciens en herbe bénéficiaires d’un programme d’aide aux démunis qui vise à les intégrer par la musique. La troisième édition de cette initiative a été donc dédiée à un architecte et à un site hors normes : Zevaco et sa station thermale de Sidi Harazem. Musique et Acolytes a ainsi proposé un weekend d’immersion dans cette architecture durant lequel la musique se fera un fil conducteur de découverte des différents espaces du complexe, invitant les mélomanes à profiter de l’acoustique singulière de chaque alcôve pensée par Zévaco. 

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