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Place Jamaâ El Fna : Ces conteurs populaires qui ont perdu la voix...

Abdelhakim Hamdane Abdelhakim Hamdane,

Longtemps lieu riche en couleurs, en saveurs et en sonorités, la Place Jamaâ El Fna de Marrakech n’est plus que l’ombre d’elle-même. Depuis 15 mois, la place mythique, classée patrimoine culturel immatériel par l’Unesco, a perdu tous ses éclats et ne présente plus qu’un spectacle de désolation. Un sentiment de frustration particulièrement ressenti par des centaines de femmes et d’hommes, tous talents artistiques confondus, qui l’animaient, qui lui donnaient vie et qui en vivaient. Aujourd’hui, ils n’ont plus droit de cité. La fermeture de la Place à toutes sortes d’activités, le 15 mars 2020, dans le cadre des restrictions sanitaires décrétées par les autorités suite à l’apparition du nouveau coronavirus, a coupé court aux revenus de centaines de familles, sans leur accorder aucune indemnité liée à la particularité de leur métier. Depuis quelques mois, les «calèches» à jus d’orange ont repris du service et, tout récemment, les gargotes amovibles ont retrouvé leur clientèle. Seul absent dans l’histoire, le conteur populaire, le «hlayqi» pour lequel aucune date de reprise d’activité n’a été, à ce jour, annoncée. Les autorités locales sont fortement pointées du doigt. Cri de détresse.


Deux poids, deux mesures

Gargotier, oui ! Conteur populaire, non !

Scène inédite ! Du moins, depuis l’inoubliable 15 mars 2020, lors de l’instauration du confinement et de l’état d’urgence sanitaire au Maroc. Nous sommes lundi 7 juin 2021, aux alentours de 22 h. La Place Jamaâ El Fna grouille de monde. Une foule impressionnante déambule dans l’immense place, principalement autour des restaurateurs qui ont été autorisés, tout récemment, suite à l’allègement de l’état d’urgence sanitaire et du couvre-feu établi désormais à 23 h, à reprendre leurs activités. Piétons et motocyclistes pour la plupart, ils ont redonné vie à ce lieu ô combien mythique.
Vue d’en haut, la Place semblait renaître de ses cendres, suite au black-out qui l’avait frappé de plein fouet pour prévenir la propagation de la pandémie de la Covid-19. La Place Jamaâ El Fna est, en effet, désormais illuminée par les spots de ces petites gargotes comme lors de son temps de gloire, avec des fumées s’évadant vers le ciel, produites par les différentes viandes passées aux braséros.
Cependant, la vie n’a pas réellement repris dans la fameuse place. Certes, les herboristes et autres marchands de tout autre chose, étalant leurs articles à même le sol, sont de retour aussi. Les spécialistes du henné sont également de la partie. Pourtant, les véritables personnes qui ont fait connaître la Place Jamaâ El Fna et qui ont érigé et propagé sa réputation aux quatre coins du globe ne sont pas de la partie.
Il s’agit des conteurs populaires, des musiciens, des Ghiwani, des charmeurs de serpents, des dresseurs de singes, des comiques, des «Âïssaoua» et bien d’autres. Cette caste d’animateurs, grâce auxquels la Place Jamaâ El Fna a reçu sa consécration de patrimoine culturel immatériel par l’Unesco, est toujours absente. Lors d’une réunion tenue lundi 1er juin 2021 avec les responsables locaux de la cité ocre, on leur a tout bonnement fait savoir qu’ils n’étaient pas encore autorisés à reprendre leurs activités, sous prétexte que la nature de leur travail est à l’origine d’attroupements et qu’elle ne pouvait pas permettre de respecter et de contrôler la distanciation physique.
Pendant ce temps-là, les gargotiers de la Place continuent de faire «bancs combles», avec un laxisme criant s’agissant du respect des règles sanitaires, notamment la fameuse distanciation physique et le port du masque. Visiblement, à Marrakech, la panse passe avant la pensée. 


Schizophrénie

Une reprise... le temps d’une journée !

L’annonce avait fait l’effet non seulement d’une traînée de poudre, mais plutôt celui d’une bombe à neutrons, avec toutes les caractéristiques tactiques qu’elle renferme. Jeudi dernier, au soir, selon plusieurs «hlayqia» de la Place Jamaâ El Fna, ils auraient reçu un message de la part de l’autorité locale dont relève la place, leur annonçant que le lendemain, à savoir le vendredi 5 juin, ils pourraient reprendre leurs activités. Une véritable liesse s’était emparée de la communauté des conteurs et autres artistes qui évoluent dans la place, qui pensaient que c’était la fin d’un calvaire qui n’a que trop duré. Cependant, c’était crier victoire trop tôt. 
«J’ai appris la nouvelle le jour même lors d’un appel téléphonique d’un confrère de la place. J’en avais les yeux qui brillaient. Je suis parti ce vendredi en milieu de journée pour occuper ma place et reprendre mon travail, sauf qu’à ce moment, les autorités relevant de l’arrondissement de Jamaâ El Fna, dont le caïd, m’ont signifié, de même qu’ils l’ont fait avec les autres hlayqia, que ce soit Âïssaoua ou autres artistes et chanteurs qui avaient eu vent de la nouvelle, qu’il fallait évacuer les lieux et que nous n’étions pas encore autorisés à reprendre nos activités», explique ce troubadour de la Place qui n’a plus gagné un sou de son métier depuis 15 mois.  
Selon un autre hlayqi, qui a également préféré garder l’anonymat, l’histoire est tout autre. «Les artistes ont été appelés à reprendre leurs activités car un groupe de touristes américains devait visiter, ce vendredi, la Place Jamaâ El Fna. Une fois que le groupe en question a effectué sa visite, et après avoir assisté aux différentes représentations, les artistes ont été invités à quitter la place, sans autre forme de procès», a-t-il expliqué. Et d’ajouter : «J’avais moi-même prévu un spectacle ce jour-là, sauf que les agents d’autorité sont intervenus pour le faire avorter dans l’œuf». 
Contactés à ce sujet, plusieurs responsables locaux de la ville de Marrakech étaient aux abonnés absents et n’ont donné aucune suite aux sollicitations du quotidien «Le Matin». 


État d’urgence sanitaire

Les «hlayqia»... de Charybde en Scylla

Sentence terrible que celle prononcée, le 15 mars 2020, à l’encontre de différentes catégories de la population marocaine, suite à l’instauration de l’état d’urgence sanitaire lié à la propagation de la pandémie de la Covid-19. Dans le lot figure une frange de la population marrakchie, qui vit au jour le jour, moyennant ce qui est communément appelé, aujourd’hui, spectacle de rue. Les conteurs populaires, qu’ils soient narrateurs, chanteurs, musiciens ou autres, rassemblés sous le terme de «hlayqia» dans la langue locale, travaillaient sur la Place Jamaâ El Fna pour gagner ce dont ils allaient vivre le lendemain. Une notion aussi simple que cruelle qui résume la situation de près de 400 personnes, qui sont dans l’obligation de retrousser leurs manches tout au long d’une journée pour rentrer à domicile, le soir, éreintés après une journée passée sous les dards des rayons de soleil, avec un petit «pactole» qui dépasse rarement les 100 DH.
«Le 15 mars 2020 a été une véritable calamité pour moi, lorsque les agents d’autorité sont venus me déloger de l’espace que j’occupais à Jamaâ El Fna et m’annoncer que je n’avais plus le droit d’exercer le seul métier que je sais faire. Comment allais-je vivre et subvenir aux besoins de mes trois neveux, devenus orphelins en décembre 2020, et que je prenais déjà en charge avant le décès de ma sœur ?» s’exclame Mariam Amal alias «Soua’âd», présidente de l’Association professionnelle de la halqa pour le spectacle et le patrimoine.
Mariam était loin d’imaginer le pire, qui n’allait pas tarder à venir. Sans aucun métier en poche, sans aucune rentrée d’argent, et après expiration de l’aide du Ramed de 800 DH qu’elle a touchée durant les trois premiers mois du confinement, elle s’est retrouvée avec 5 bouches à nourrir sans le sou. «Je me suis retrouvée à maintes reprises sans rien à manger, avec mes neveux, pendant toute la journée, ça nous arrive encore et nous ne voyons toujours pas le bout du tunnel», raconte-t-elle, en larmes.
Native de 1966, Mariam Amal a fait ses débuts dans la halqa en 1980, avec le célèbre «Miki», communément appelé à l’époque «Sultan du rire». Après le décès de son mentor en 1998, Mariam a fait équipe avec ses deux frères, Abderrahim et Abderrazaq, pour constituer la formation ghiwanie baptisée «Espoir de la Place». «Durant la belle époque, on pouvait gagner entre 150 et 200 DH par jour chacun, mais ça ne représentait pas grand-chose comparativement à toutes les charges inhérentes au loyer, aux dépenses quotidiennes, notamment pharmaceutiques de ma défunte mère», conclut Mariam. 


Patrimoine immatériel 

Point sur l’état d’avancement des travaux du futur musée​

Une réunion de travail a été tenue, mercredi dernier au siège de la wilaya de Marrakech, pour dresser l’état d’avancement du projet du futur musée dédié au patrimoine immatériel au cœur de la Place Jamaâ El Fna, en présence des parties concernées par ce projet. La réunion, à laquelle ont pris part le wali de la région de Marrakech-Safi et gouverneur de la préfecture de Marrakech, Karim Kassi-Lahlou, le président de la Fondation nationale des musées (FNM), Mehdi Qotbi, le directeur du Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain, Abdelaziz El Idrissi, la conservatrice des Musées de Marrakech, Salima Aït Mbarek, et le commissaire scientifique, Hamid Triki, avait pour objectif de dresser l’état des lieux des travaux en cours au sein du futur musée, et qui prendront fin au mois d’août, a indiqué la FNM dans un communiqué.
Le musée jouera le rôle de gardien de la mémoire et du patrimoine national matériel et immatériel. Il sera en dynamique avec la Place et constituera un vecteur de diffusion de la culture et de l’art. Les visiteurs du futur musée auront droit à une expérience immersive qui met à leur disposition les derniers supports multimédias et une approche basée sur la médiation culturelle, afin de s’aligner avec les fins de toute institution muséale, à savoir l’étude, l’éducation et la délectation. 


Black-Out

Le terrible destin des stars de Jamaâ El Fna​

«J’ai dû faire l’aumône pour gagner quelques sous afin de subvenir aux besoins de ma famille.» La formule est signée, dans la douleur et les larmes, de l’une des figures emblématiques de la Place Jamaâ El Fna. Homme très cultivé et star d’antan dans la Place, avant l’apparition de la Covid-19, il faisait le bonheur des masses populaires. Il s’est retrouvé, du jour au lendemain, sans aucune ressource. «J’ai une épouse et des enfants à nourrir et à entretenir, en plus des charges du loyer, de l’eau et de l’électricité, sans parler des soins de santé si besoin est», explique-t-il, la mort dans l’âme.
«Je n’ai aucune source d’argent à part mon métier, mon épouse est femme au foyer, et je me devais d’apporter de quoi vivre à ma famille. Je quittais le domicile conjugal le plus normalement du monde, comme lors d’un jour ordinaire, puis je changeais de vêtements en cours de route vers le souk où je me dirigeais, enroulant une grosse écharpe autour de mon visage… J’avais honte mais je n’avais aucune autre issue. Il n’y avait plus de travail, plus de halqa, plus de ressources pour subvenir aux besoins de ma famille. J’aurai voulu travailler comme serveur, porteur ou faire n’importe quel travail, mais toutes les issues étaient fermées. Tout le monde souffrait et souffre encore de cette crise sanitaire», raconte-t-il.
Après une journée où il pratiquait la mendicité dans différents souks, et en cours de route vers le quartier où il vit, il prenait le temps de se changer à nouveau. «Je devais remettre des vêtements corrects pour ne pas être remarqué, tant par les voisins que par mon épouse et mes enfants…», explique-t-il. En racontant son terrible vécu autour d’un verre de thé, dans un café, il portait ses vêtements de grand jour, sommes toutes modestes, très modestes. Il pouvait ne pas les changer et faire sa besogne, ça passait. C’est triste. C’est dire à quel point est profonde la misère dans laquelle vivent ces hommes et ces femmes qui, sous d’autres cieux, auraient bénéficié d’une considération meilleure, de par leur statut d’artistes, de créateurs et de diffuseurs de culture et de joie… 


Revalorisation 

Lancement des travaux de mise à niveau de la Place Jamaâ El Fna

Une délégation composée de représentants des autorités locales de Marrakech a effectué, vendredi dernier, une visite de terrain pour constater l’état d’avancement des projets de développement et de mise à niveau de la Médina de la cité ocre, lancés par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. En ce sens, après le lancement des travaux de la mise à niveau de la première tranche de la Place Jamaâ El Fna, qui concerne la restauration des façades, le wali de la région de Marrakech-Safi et gouverneur de la préfecture de Marrakech, Karim Kassi-Lahlou, accompagné du secrétaire général et des chefs des services de la wilaya, des chefs des services de la Direction régionale de l’habitat et de la politique de la ville, de l’Agence urbaine, de la société Al Omrane, de la Régie autonome de distribution d’eau et d’électricité de Marrakech, de la Direction régionale de la culture, ainsi que de la Nedharat des Habous, a visité plusieurs chantiers au niveau de la Médina, histoire de prendre connaissance du déroulement des travaux et des délais fixés pour leur achèvement.
Ces projets concernent le quartier Jnane El Âfia, les circuits Al Biyada, celui reliant Ben Youssef à Dar Si Saïd en passant par Foundouq Ellebbane, Sémarine, le circuit touristique Dar Al Bacha-Bab Doukkala et celui reliant l’avenue Fatima Zahra et Dar Al Bacha, ainsi que R’mila. Une visite a également été effectuée aux Fondouks où les travaux ont été achevés, à savoir Sarsar 1, Sarsar 2 et Kharbouch, ainsi qu’aux Fondouks dont les travaux de restauration sont en cours d’achèvement, en l’occurrence Tadlaoui et Mizane. 

 

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