Nation

Entretien avec Khalid Aït Taleb, ministre de la Santé

«La post-vaccination est très importante et doit être gérée avec beaucoup de doigté et de délicatesse»

Brahim Mokhliss Brahim Mokhliss,

Le bilan de la gestion de la crise pandémique liée à la Covid 19, l’état d’avancement de l’acquisition des vaccins Sinopharm et AstraZeneca, les préparatifs de la campagne de vaccination, les réajustements apportés suite aux opérations de simulation et bien d’autres points ont été au cœur de l’entretien que le ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, a accordé au «Matin». Le responsable gouvernemental, qui a particulièrement insisté sur la logistique lourde et complexe que nécessite la campagne vaccinale, a relevé par la même occasion l’importance de la période post-vaccination ainsi que l’utilité du vaccin qui peut être efficace même contre la nouvelle variante de la Covid-19.

Le Matin : Pouvez-vous, tout d’abord, nous dresser le tableau de la situation de la gestion de la crise pandémique sur le plan sanitaire ? Notamment en comparaison avec ce qui se passe dans le monde ?
Khalid Aït Taleb : C’est une question vaste. la gestion de la crise a été menée dès le départ selon une approche proactive conformément aux hautes orientations de S.M. le Roi. Nous avons été dans une logique anticipative depuis la déclaration du premier cas et nous sommes entrés rapidement dans le confinement, ce qui nous a permis de prendre un temps suffisant pour nous préparer éventuellement à des situations compliquées ou hors de contrôle. C’est pourquoi nous avons commencé par augmenter notre capacité litière hospitalière et la capacité de réanimation. Nous sommes arrivés à passer de 987 lits jusqu’à 3.160 lits aujourd’hui. C’est une évolution importante qui nous a permis, au jour d’aujourd’hui, de prendre en charge une bonne partie de la population qui est en situation critique, sachant que le taux d’occupation aujourd’hui est à seulement 38%. À côté de cela, il y a bien sûr tout un dispositif d’accompagnement allant des préparatifs logistiques et d’approvisionnement, à la restriction imposée au trafic aérien et à  la circulation au niveau interne et internationale. Parallèlement, le Maroc a fait un excellent travail  en matière d’approvisionnement des marchés en denrées nécessaires. Nous n’avons pas enregistré de ruptures à ce niveau. Ainsi, malgré le fait qu’on a été critiqué là-dessus, je pense que le Maroc a bien géré cette crise sur tous les plans.

Les autorités sanitaires chinoises ont donné les autorisations nécessaires pour la commercialisation du vaccin Sinopharm. Il en est de même concernant le vaccin d’AstraZeneca, qui sont tous deux attendus pour démarrer la campagne de vaccination marocaine. Mercredi dernier, une autorisation provisoire a été donnée concernant le vaccin d’AstraZeneca. La question est de savoir si vous avez reçu le dossier relatif au vaccin Sinopharm ?
Les deux dossiers ont été traités en parallèle. Nous avons reçu l’autorisation à l’international du vaccin AstraZeneca, notamment des autorités britanniques et des autorités indiennes. Nous avons aussi reçu les données préliminaires de la phase trois qui ont permis à la commission marocaine qui s’est attelée à cette question et a statué sur la position du vaccin d’AstraZeneca, qui a bénéficié de l’autorisation temporaire de l’utilisation en urgence. De même, pour Sinopharm, implicitement, il y a un accord puisqu’il a été utilisé en essais au Maroc et nous connaissons et maîtrisons très bien ce vaccin. C’est un vaccin à virus inactivé qui a été essayé au Maroc sur 600 volontaires. On en connaît donc l’efficacité, l’innocuité et aussi l’immunogénicité. Nous attendons, pour rester conforme à la procédure réglementaire, les résultats préliminaires qui sont en cours d’achèvement et qui vont arriver incessamment.

Il n’y a pas d’informations sur ces 
résultats ?

Justement, comme je viens de le dire, nous attendons ces résultats préliminaires pour statuer sur la question. Mais nous sommes en pourparlers et nous avons l’idée que c’est bon. Mais nous avons besoin, quand même, d’un document officiel.

Des simulations de la réception et de la distribution des vaccins ont eu lieu. Quelles sont les scénarios du déroulement de l’opération de vaccination une fois les vaccins reçus ?
Il y a d’abord un travail scientifique et technique qui a été fait et il y a aussi un travail d’ordre logistique et organisationnel. Le comité de vaccination s’est attelé à la question parce quand nous parlons de campagne de vaccination il faut parler d’abord de stratégie de vaccination. Dans la stratégie, il y a le programme de vaccination et les ressources nécessaires à mobiliser pour accompagner ce projet d’envergure. Tout cela est mené en tenant compte d’un certain nombre de facteurs : à quel moment faut-il administrer le vaccin, combien de doses, à quel moment et intervalle de temps, chez quelle population l’utiliser et quelle population éviter, quelles seraient les actions à entreprendre en cas d’effets indésirables, quels types d’effets indésirables maximums s’il y a une allergie et faire la différence chez les patients quand on parle d’allergie, quelle traitement chez les femmes enceintes ?… Tout cela a été étudié.
Le deuxième volet est logistique. Nous avons travaillé dans ce sens de concert et de manière étroite avec le ministère de l’Intérieur pour préparer les choses avec une approche régionale et même provinciale et locale, avec une approche fixe et mobile. Il s’agit aussi du dispositif à entreprendre et à mobiliser depuis l’approvisionnement.  Ce volet a été pris en charge par le ministère des Affaires étrangères. Parce qu’il va falloir mobiliser toute une flotte aérienne pour aller chercher le vaccin, le ramener au Maroc et le faire déployer au niveau des stocks. Et à partir du stockage, il faudra le déployer à l’échelle provinciale puis procéder à la distribution vers les points de vaccination. Tout cela est un travail très complexe qui exige une assistance technique avec un monitoring, un traçage, tout en prenant en compte des contraintes liées à la préservation des vaccins. Nous avons choisi les produits qui sont logistiquement les plus maniables. Car il y a d’autres produits qui nécessitent une logistique plus complexe, notamment une conservation au froid à moins 80 degrés ou de moins 20 degrés, ce qui serait très difficile dans une campagne de vaccination de masse. Nous, nous avons choisi ceux qui sont les plus maniables, commodes et pratiques.

Justement, après ces simulations, est-ce qu’il y a eu des réajustements qui ont été opérés ?
Évidemment, tout l’intérêt de l’opération de simulation c’est de montrer quels seraient les insuffisances ou les défaillances à corriger. Il y a eu beaucoup d’exercices et nous avons tiré beaucoup de leçons et réajusté beaucoup d’insuffisances. C’est en rapport notamment avec la mobilisation des ressources humaines, avec les stations de vaccination, le débit d’internet, par rapport aussi au déploiement des outils informatiques et aux itinéraires de distribution. Car c’est important de savoir comment distribuer et quel serait l’itinéraire le plus à même de permettre d’acheminer le vaccin et est-ce qu’il faut le transporter de jour ou de nuit. Ce sont des questions qui peuvent paraître banales pour certains, mais qui sont d’une complexité extraordinaire.

Est-ce qu’il y a eu de la synergie avec les autres acteurs qui interviennent aussi à ce niveau ?
C’est cela l’intérêt de la simulation. Nous avons effectivement travaillé en parfaite synergie. Car c’est un devoir national et tout le monde s’implique pour le faire réussir.

Outre l’opération de vaccination, comment imaginez-vous la suite de la gestion de la crise pandémique ?
C’est le plus gros lot. La post-vaccination est de la plus grande importante parce qu’elle doit être gérée avec beaucoup de doigté et de délicatesse. Il faudrait faire un suivi de vaccinovigilance, qui est très important, de toute la population vaccinée. Il y a des incertitudes qui persistent aujourd’hui puisque qu’on ne sait pas si le pouvoir protecteur du vaccin va durer dans le temps ou non. Il y a des incertitude aussi  concernant la saisonnalité du virus. Faudra-t-il prévoir une vaccination l’année prochaine ou faire un rappel cette année. On n’en sait rien. Donc, cela nécessite quand même une surveillance de près et un maximum de vigilance. Dans ce cadre, des ressources seront dédiés à cette vaccinovigilance et elles sont aujourd’hui désignées et déployées au niveau régional. Ces ressources vont travailler de concert avec le centre de pharmacovigilance au niveau du ministère de la Santé. Elles doivent relever toutes les anomalies et les effets indésirables et essayer d’établir les liens de causalité ou non entre le vaccin et l’effet indésirable constaté. Parce qu’il se peut qu’il y ait demain quelqu’un qui tombe malade et qui peut attribuer cela au vaccin, alors que cela n’a rien à voir. C’est pourquoi cette vaccinovigilance est très importante. De même, il y a l’immunogénicité qui sera créée au sein de notre population. Il faut donc un suivi par la direction de l’épidémiologie pour faire des prélèvements de sérum, donc des tests sérologiques et voir s’il y a une réelle couverture ou non et jusqu’à quel niveau et avec des périodes de prélèvements réguliers.

Mais la nouvelle variante de la Covid-19, découverte au Royaume-Uni, même si elle n’a pas encore été détectée au Maroc, finira par toucher tous les pays du monde. Est-ce que le vaccin sera suffisant pour faire face aussi à ce nouveau revirement de la pandémie ?
Au jour d’aujourd’hui nous n’avons pas cette variante au niveau du Maroc, c’est ce que confirment les études que nous sommes en train de mener. Nous avons pu avoir les premiers livrables à partir de l’étude génomique qui a été faite au niveau de l’Institut de Pasteur qui n’a pas montré cette nouvelle souche au niveau du Maroc. Mais on reste quand même très vigilant. On fait des dépistages élargis. Puisque cette souche touche la population jeune et active, on est en train, d’un commun accord avec le ministère de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur, de dépister les jeunes et adolescents pour savoir s’il y a une éventuelle présence de cette souche. Maintenant, est-ce que cette souche va affecter la vaccination ? on peut dire qu’il suffit qu’il y ait une immunité de groupe collective pour permettre de limiter la transmission. Dans notre choix, nous avons opté pour un vaccin dont la nature garantit que l’immunité ne sera pas très affectée, même avec une souche variante.

Est ce qu’il y a des actions prévues pour faire face aux informations erronées qui circulent en lien avec les vaccins ? Notamment pour rassurer les citoyens encore hésitants ?
Nous sommes en train de faire de notre mieux pour sensibiliser les gens et les avertir de leur rôle et de leur responsabilité vis-à-vis du devoir national et interpeller leur conscience. Car c’est quelque chose qui intéresse l’intérêt général et qui exige la contribution de tout le monde. En termes de désinformation, nous sommes en train de travailler dans la communication pour essayer de combattre les rumeurs et faire participer tout le monde. Mais c’est un phénomène qui persiste et qui existe partout dans le monde. Ainsi, à chaque fois qu’il y a une désinformation, il faut essayer d’y faire face et de la corriger. Mais je pense que la désinformation a diminué ces derniers temps.

Est-ce qu’il y a des sondages qui ont été effectuées dans ce sens ?
Avant de commencer la pré-communication sur la campagne de vaccination, il y avait un niveau de désinformation et de réticence qui était très important. Aujourd’hui, la remontée de l’information que je reçois montre qu’il y a pratiquement une forte demande de vaccination. Car l’impact négatif que vit le pays sur le plan social et économique est très important et nous interpelle tous.

On parle d’égoïsme vaccinal qui s’est révélé dans toute sa splendeur, dont l’image est produite par la course des pays pour avoir le vaccin. Dans ce sens, est-ce que le Maroc a un rôle à jouer pour aider les pays africains à avoir le vaccin dans de bonne conditions ?
Si le Maroc est entré en partenariat avec les partenaires chinois c’est dans un triple objectif. Le premier objectif, c’est d’abord le transfert d’expertise. Nous avons fait dans ce cadre les essais du vaccin. Bien sûr, il y a aussi le côté approvisionnement en vaccin. On cherche à être positionné pour avoir le vaccin parmi les premiers pays. Et, il y a, bien sûr, le transfert technologique, parce que nous devons être producteurs de vaccin. Nous avons le potentiel et tous le capital scientifique nécessaire pour le faire. Il suffit qu’il y ait un transfert technologique et c’est devenu aujourd’hui un impératif, parce que demain nous devrons être producteur de vaccin. À ce moment-là, nous aurons la capacité d’aider aussi les pays qui sont amis, riverains et partenaires.

Quelles sont donc les enseignements à tirer de la gestion de cette pandémie, notamment sur le plan sanitaire et des priorités des politiques publiques ?
La première leçon c’est d’admettre que même les pays qui sont forts économiquement et socialement et qui sont dotés d’un système de santé puissant ont eu beaucoup de mal à gérer cette crise imprévue et aucun d’eux n’a été épargné. Cela veut dire que demain le système de santé doit être au centre de l’intérêt et figurer parmi les priorités. Il n’y aura pas de pays économiquement et socialement fort, sans système de santé fort. C’est la moralité qu’il faut retenir. La santé n’est plus un secteur consommateur, c’est plutôt un secteur producteur et productif qui doit bénéficier d’un regain d’intérêt. 

 

Entretien réalisé par Brahim Mokhliss

Khalid Aït Taleb, ministre de la Santé. Ph. Sradni

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