Le livre de Abdelaziz Benabdeljalil a été édité en 2020, à l’occasion de la célébration du 90e anniversaire de la fondation du Club Jirari, afin d’enrichir les connaissances dans ce domaine et de donner aux professionnels et passionnés du Melhoun un outil fiable pour approfondir davantage leurs connaissances de ce genre musical. À ce propos, le président de l’Association Sana Samaa, Soufiane Guedira, a précisé que cet ouvrage est parmi les premières recherches qui évoquent l’enracinement de la théorie musicale du Melhoun. «Ce dictionnaire regroupe un ensemble de termes musicaux dans la rythmique, la composition, la poésie et dans l’enseignement musical. Il met en exergue les mécanismes de communication entre les professionnels du Melhoun. De ce fait, ce livre ouvre la voie pour faire d’autres recherches plus poussées dans ce sens, du point de vue de l’histoire de la musique, de la musicologie analytique ou d’autres approches pour une analyse profonde du Melhoun», explique Soufiane Guedira. Sachant que le sujet de cette recherche est, dans sa profondeur, en relation étroite avec les intérêts scientifiques du doyen de la littérature marocaine, le docteur Abbès Jirari qui encourage toutes les initiatives dans ce sens.
Questions au musicologue et écrivain Abdelaziz Benabdeljalil
«Il est temps que les chercheurs s’intéressent à l’étude du patrimoine musical marocain, de le classer et le structurer»
Racontez-nous un peu l’histoire de ce livre ?
L’idée de réaliser ce livre a commencé à germer dans mon esprit depuis les années 1970, quand j’avais entamé l’écriture sur la musique marocaine. Mon premier livre sur ce sujet a été publié en 1982. C’était pour moi une introduction aux études et recherches que j’allais faire par la suite. Cet ouvrage était une introduction pour parler du Melhoun, du Samaa, de la musique andalouse, de la musique populaire, entre autres. Ceux qui sont venus par la suite sont plus recherchés et plus approfondis dans chaque style de musique. Ainsi, celui qui vient d’être publié ne pouvait voir le jour qu’après lecture des écrits de feu Mohamed El Fassi et le docteur Abbès Jirari. Je ne pouvais avoir l’audace d’écrire sur ce sujet après ces deux grands maitres. Car je sentais que ce n’était pas un nouveau sujet. Mais quand j’étais au Congrès de la musique au Caire, il y a eu une recommandation aux membres participant au Colloque scientifique, pour la publication de dictionnaires pour la musique arabe, chacun selon la réalité de son pays.Comment avez-vous procédé pour la réalisation de ce travail ?
J’ai commencé par rassembler quelques termes du Melhoun. Surtout ceux qui possèdent des concepts musicaux et linguistiques. C’était la première phase de ce travail qui a été très salué par les participants au Congrès. Ce qui m’a encouragé à aller plus loin dans cette démarche pour réunir ces termes dans un livre. Ces termes sont au nombre de 300, mais ce chiffre peut augmenter si on creuse plus loin. Cela me rappelle, également, mon séjour à Errachidia, à l’occasion de son Festival du Melhoun, où j’ai découvert l’expression «Khamsa ou Khmiss».J’ai présenté mon rapport aux chercheurs participants, dont feu Mohamed El Fassi qui m’a encouragé à approfondir ma recherche dans ce terme afin d’enrichir le champ du Melhoun. Ce qui s’est passé à Errachidia compte parmi les raisons qui ont poussé à la naissance de cet ouvrage. Je ne pourrais jamais remercier assez le Dr Abbès Jirari qui a introduit ce livre dans la série des livres qu’il a édités à l’occasion du 90e anniversaire du club Jirari.Sur quoi vous êtes-vous basé pour réaliser cet ouvrage ?
Pour la réalisation de ce livre, je me suis basé sur plusieurs choses, notamment les professeurs qui travaillent au Conservatoire de musique, alors que j’étais directeur de cet établissement, à leur tête Al Mounchid feu Haj Houssein Toulali, puis le visionnaire et poète Ahmed Agoumi, ainsi que le musicien virtuose Mohamed El Ouali, qui étaient mon pilier dans ce livre. Ensuite, j’ai fait appel à des références qui sont très rares, à leur tête ce qui a été écrit par Mohamed El Fassi et le Dr Abbès Jirari. Ce qui m’a aidé aussi dans ma recherche, c’est la lecture des recueils, à savoir le recueil du poète de Salé Al Mesfioui où j’ai trouvé à peu près 50 termes. Avec tout cela, puis la lecture des «Qssaid» du Melhoun, j’ai découvert que les gens du Melhoun étaient passionnés par la musique andalouse.Il est temps que les chercheurs s’intéressent à l’étude du patrimoine musical marocain, afin de le classer et mettre en relief les structures de ces styles musicaux, leurs formes mélodiques et rythmiques, puis leurs outils musicaux, ainsi que la manière de leur interprétation.
